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Une feuille de route pour accélérer la rénovation des passoires énergétiques

L'initiative "Rénovons!", portée par la Fondation Abbé Pierre, propose son scénario pour rénover les 7 millions de logements privés énergivores en 2025, selon les objectifs de la loi de transition énergétique. A la clé : des économies et des emplois.

Bâtiment  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com

Une coalition d'associations et fondations sociales et environnementales, opérateurs et acteurs économiques, regroupée au sein de l'initiative "Rénovons !", "veut en finir avec les passoires énergétiques". L'alliance présente ce mardi 21 février son scénario pour atteindre l'objectif ambitieux fixé par la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV), de rénover, en 2025, les 7,4 millions de logements "passoires énergétiques" du parc résidentiel privé que compte aujourd'hui la France. Ces logements très énergivores atteignent la classe énergétique F (entre 331 et 450 kilowattheures (kWh) de consommation par an) et G (plus de 450 kWh par an).

La loi prévoit aussi de rénover énergétiquement 500.000 logements par an à compter de 2017 dont au moins la moitié est occupée par des ménages aux revenus modestes. Elle vise une baisse de 15% de la précarité énergétique d'ici 2020.

En 2014, seulement 288.000 rénovations énergétiques performantes (sur les 500.000 visées) ont été réalisées dans le secteur privé, selon une étude de l'Ademe. Si la rénovation énergétique se maintient à ce rythme "beaucoup trop faible", les objectifs de la loi "seront très loin d'être atteints", préviennent les acteurs, dans leur étude réalisée par SIA Partners.

Or, éliminer les passoires énergétiques nécessitera "un plan ambitieux de rénovation" en 2025 pour atteindre l'étiquette énergétique D (entre 151 à 230kWh par an), selon la trajectoire définie par la loi et visée par cette étude. C'est-à-dire "la moyenne de performance énergétique du parc actuellement".

Objectifs de la LTECV Scénario tendanciel
Rénovations lourdes chaque année 500.000 288.000
Logements privés rénovés chaque
année, occupés par des ménages en
situation de précarité énergétique
130.000
(près de 29.000 passoires énergétiques
rénovées en 2015 grâce au programme
"Habiter Mieux" pour des ménages aux
déciles de revenus 1 à 5)
Moins de 20.000
(Passoires énergétiques occupées par
des ménages de déciles de revenus 1 à
3)
Elimination des passoires
énergétiques à horizon 2025
7,4 millions
Soit environ 820 000 par an
500.000 passoires
énergétiques éliminées
Soit 54.000 par an en moyenne
Baisse de la précarité énergétique à
horizon 2020
-­15% -­5% au maximum

Comparaisons des objectifs de la LTECV et des résultations de la projection du scénario tendanciel

Améliorer l'efficacité des aides publiques

Un rythme de rénovation "en cloche" a été utilisé dans l'étude, en partant des 500.000 rénovations prévues pour 2017. Puis une augmentation progressive du nombre annuel de rénovations jusqu'à 980.000 en 2021. Suivie d'une diminution en vue d'aboutir aux 7,4 millions de logements rénovés en 2025.

Le coût total des rénovations des passoires représenterait un investissement de près de 80 milliards d'euros de 2017 à 2025, dont plus de la moitié issue du secteur privé (propriétaires bailleurs ou occupants), chiffre l'étude. L'investissement public, via les subventions "Habiter Mieux" de l'Agence nationale de l'habitat (Anah), le crédit d'impôts transition énergétique (Cite), et l'éco-prêt à taux zéro (Eco-PTZ), atteindrait les 36 milliards d'euros. Soit 4 milliards d'euros par an en moyenne sur la période 2017-2025.

Pour ce faire, les auteurs préconisent d'augmenter les budgets alloués au programme "Habiter Mieux" de l'Anah, et de les garantir sur trois ans, de faire évoluer le dispositif pour qu'il tende vers des opérations de type BBC (bâtiment basse consommation), ou encore de renforcer les interventions sur le locatif. L'étude recommande aussi de "pérenniser l'investissement public sur plusieurs années afin de sécuriser" les aides disponibles, et d'ouvrir les possibilités de financement bancaire des opérations en les liant aux marchés obligataires type obligations vertes. De même, les subventions devront être complétées en mobilisant les banques (prêts à taux zéro/très bas, SEM de tiers-financement, prêt hypothécaire viager), tout en aidant le financement du reste à charge des travaux de rénovation des ménages modestes.

Un retour sur investissement économique, sanitaire et environnemental d'ici 2055

"Cet investissement limité dans le temps et rentable pour l'Etat induira des conséquences positives permanentes pour les familles précaires en France et plus largement pour tous les habitants", soulignent les acteurs. L'étude a analysé les bénéfices générés à la fin du plan de rénovation jusqu'à 2055.

Ce plan devrait permettre la création directe de 126.000 emplois nets et non délocalisables d'ici 2025, dans les secteurs liés à la rénovation énergétique et leurs sous-traitants (fabrication de chaudières et matériaux isolants, vente de gros et de détail, pose et installation, etc.). A long terme, le plan générerait 18.000 emplois (en équivalent temps plein) supplémentaires entre 2026 et 2047.

Les logements ayant une classe énergétique F ou G, propices à l'apparition de moisissures toxiques, ont aussi des impacts sur la santé respiratoire des occupants. "En prenant uniquement en compte les 6,3 millions de personnes précaires occupant des passoires énergétiques, ces coûts s'élèvent à près de 666 M€ par an pour la Sécurité sociale", indique l'étude. Ce plan permettrait  d'éviter ces dépenses de santé à hauteur de 758 millions d'euros par an à partir de 2025.

Le plan de rénovation économiserait également plus d'1Md€ sur la facture gazière et pétrolière par an à partir de 2026. Soit des économies d'électricité de l'ordre de 7,1 TWh à partir de 2026 (-4,7% par rapport à 2015) et des économies de gaz de 12 TWh (- 5,9%). 512 euros par an et par ménage seraient aussi économisés.

L'investissement de l'Etat sera rentable à partir de 2043. "Il s'agit d'un investissement d'avenir, qui porte ses fruits à long terme. Le délai de récupération est de 26 ans". Le plan assurerait ainsi à l'Etat 1,06 euro de bénéfice net pour chaque euro investi, grâce "aux recettes fiscales générées par les emplois nets créés ainsi que les économies sur la santé".

A partir de 2026, le plan de rénovation permettrait également d'éviter l'émission de plus de 6 millions de tonnes d'équivalent carbone chaque année, soit une baisse des émissions de CO2 de 12,5% par rapport à 2014. Il permettrait aussi d'éviter le rejet de 7.255 tonnes d'émissions d'oxydes d'azote (NOx) annuellement dès 2026, soit une réduction de 12,7% des émissions de NOx par rapport à 2014.

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