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Aprochim : l'Anses n'écarte pas le risque de contamination aux PCB des riverains cultivant un potager

L'Anses estime que la contamination aux PCB autour de l'usine Aprochim n'a pas significativement diminué en 2011. Le risque sanitaire ne peut être écarté pour les populations consommant certains légumes issus des potagers.

Eau  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

L'Agence nationale de sécurité sanitaire, de l'environnement et du travail (Anses) fait état d'inquiétudes quant aux taux de polychlorobiphényles (PCB) dans certaines denrées alimentaires produites à proximité de l'usine Aprochim à Grez-en-Bouère (Mayenne). Les résultats des deux campagnes d'analyses menées au printemps et à l'automne 2011 suggèrent que la contamination à la dioxine et aux PCB ne décroit pas sensiblement.

Si l'Anses juge "difficile, sur la base des données disponibles, de proposer des recommandations argumentées et quantitatives de consommation concernant les viandes issues des élevages familiaux", elle recommande des mesures de vigilance pour les œufs, les fruits et les légumes en autoconsommation. La consommation de fruits et légumes semble particulièrement problématique, le risque sanitaire lié à la surexposition des consommateurs ne pouvant être écarté.

L'avis de l'Anses, publié le 19 décembre, s'appuie sur les travaux du comité d'experts spécialisés (CES) Résidus et contaminants chimiques et physiques qui s'est réuni en juillet 2011 et en mai 2012 suite à la saisine de la direction générale de la santé (DGS).

En janvier 2011, la préfecture de Mayenne avait révélé une contamination aux PCB au voisinage de l'usine Aprochim spécialisée dans la collecte et le retraitement de déchets industriels contaminés par ce polluant organique persistant (POP). "Les contrôles environnementaux et les analyses réalisées entre janvier et mai 2011 dans les exploitations agricoles situées dans un rayon de 3 km autour de l'entreprise [avaient] mis en évidence une contamination en dioxines et PCB de certains prélèvements de lait, de graisse animale, de produits de vente directe, de fourrage et d'ensilage de maïs", rappelle l'Agence.

L'usine de la filiale de Chimirec a fait l'objet de mesures de restriction et de contrôle de son activité depuis janvier 2011.

Contamination des fruits et légumes à proximité de l'usine

En août 2011, l'Anses recommandait de bien laver et éplucher les fruits et légumes des potagers cultivés dans la zone de vigilance et d'assurer un plan de surveillance des végétaux ne faisant pas l'objet d'un épluchage avant consommation et présentant les plus grandes surfaces de contact avec l'atmosphère ou le sol au niveau des parties consommées (choux, légumes feuilles, pommes de terre nouvelles, radis…).

"Lesrésultats d'analyses complémentaires portant sur des échantillons non lavés et épluchés de légumes feuilles (scarole et romaine) et de choux (choux pommes et choux verts) situés respectivement entre 330 et 2.960 m de l'entreprise (…) ont mis en évidence des niveaux de contamination en [dioxines] et PCB dioxinlike (PCBDL) d'autant plus élevés que l'on se rapproche de l'entreprise", indique l'avis de l'Anses , ajoutant que "tous les échantillons prélevés dans un rayon de 1 km présentaient des niveaux de contamination supérieurs (compris entre 10 à 30 fois) aux moyennes de contamination « bruit de fond » (hors pollution accidentelle) observées dans les plans de contrôles" établis entre 2001 et 2009.

Les résultats de ces analyses "indiquent qu'un risque sanitaire lié à l'exposition aux dioxines et PCBDL ne peut être exclu sur la base des seuls apports alimentaires", estime les experts de l'Anses qui précisent que "sur la seule base des niveaux de contaminations mesurés auprès du site sur les légumes issus de potagers contaminés, et en considérant que l'autoconsommation desdits produits n'est pas différente du profil de consommation issu de la population générale, il peut être estimé que le risque de surexposition, même si celui‐ci apparaît faible, ne peut être écarté". Les recommandations émises en août sont donc maintenues.

Les œufs sous surveillance

Est‐il possible de définir des recommandations quantitatives (quantité, fréquence) de consommation concernant les œufs et les viandes issus des élevages familiaux ? La réponse de l'Anses à cette question posée par la DGS distingue les œufs et les viandes.

S'agissant des œufs, les premières analyses réalisées en 2011 "ont mis en évidence que les œufs issus des jardins privatifs situés dans la zone de vigilance sont plus contaminés (…) que la moyenne observée au niveau national", rappelle l'Agence, précisant que "les niveaux de contamination indiquaient un taux de nonconformité [à la règlementation européenne] de l'ordre de 75%". L'Anses avait alors recommandé d'éviter la consommation des œufs produits dans les basse‐cours privatives, d'assurer le respect des bonnes pratiques d'élevage et de poursuivre les analyses.

"La deuxième campagne d'analyse réalisée [à l'automne 2011] n'a pas mis en évidence de diminution significative de ces niveaux de contamination avec le temps", ajoute l'Anses, précisant que ce constat "suggère un maintien des niveaux de contamination environnementale au cours du temps ou un niveau de contamination initiale des poules pondeuses suffisamment élevépour ne pas permettre une dépuration significative des œufs sur une aussi courte période". En conséquence, le CES maintient les recommandations émises en août.

Doutes sur les viandes

Quant aux viandes et volailles issues d'élevages familiaux, "les résultats observés varient d'une exploitation à l'autre et selon la nature et la date du prélèvement sans qu'aucune tendance temporelle ou spatiale ne puisse toutefois être dégagée", indique l'avis, précisant qu'"une alternance de résultats conformes et non conformes est observée essentiellement sur les prélèvements de graisses (les résultats obtenus sur les viandes étant plus souventconformes) mais aucun lien évident ne peut être établi entre la localisation de l'exploitation et la source de pollution".

Face à cette "absence de données robustes d'autoconsommation", l'Agence juge impossible d'évaluer le lien entre la contamination et la source de pollution et s'abstient de faire des recommandations sur la consommation de ces denrées.

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