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La France fait le pari d'une relance minière "responsable"

En allouant les premiers permis de recherche depuis 30 ans, l'Etat relance l'exploration minière en métropole. Objectif : assurer l'approvisionnement en minéraux, dans une approche qui se veut responsable d'un point de vue social et environnemental.

Biodiversité  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com

Six permis d'exploration minière ont été accordés en métropole par le ministère de l'Economie à ce jour. Une dizaine de demandes est encore à l'étude. C'est la première fois, depuis trente ans, que des travaux sont relancés pour identifier le potentiel minéral du sous-sol métropolitain en vue d'une exploitation. Et ce, avec l'appui de l'Etat.

Pourtant, "au début, on nous a ri au nez, se souvient Jack Testard, ancien du BRGM et DG de la société Variscan qui a obtenu quatre permis de recherches. Depuis les années 90, on avait tendance à considérer que l'on pouvait s'approvisionner en minerais ailleurs dans le monde". Mais, depuis, le marché des minerais a évolué. Le repli nationaliste des pays fournisseurs, les tensions sur l'approvisionnement et la hausse des coûts des matières premières ont conduit à reconsidérer le potentiel français. Pour le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, la relance minière "se conçoit aussi comme une opportunité de revitalisation, de création de valeur et d'emplois dans les territoires ruraux".

Un contrat de filière avec l'industrie extractive a été conclu en juin 2014 et des travaux ont été lancés pour définir la mine de demain, qui devra être responsable, c'est-à-dire inscrite "dans un projet de territoire et [veillant] à réduire et à prévenir les impacts environnementaux et sociaux". D'ici fin 2015-début 2016, un livre blanc sera publié afin de servir de référentiel pour les travaux futurs. L'Etat s'est engagé, de son côté, à "œuvrer à la mise en place d'un code minier opérationnel et attractif pour le domaine minier national" et à "mettre en place et développer la Compagnie nationale des mines de France". Mais ce dernier point ne semble plus à l'ordre du jour...

L'exploration a démarré

"L'objectif n'est pas de créer des mines supergéantes mais néanmoins de chercher des gisements significatifs", explique Jack Testard. Sa société, Variscan Mines, a déposé huit demandes de permis de recherches, dont quatre ont été validées pour l'instant. Pour les permis de Merléac (Côtes d'Armor ) et Tennie (Sarthe), la société recherche des amas sulfurés (cuivre, zinc, plomb). A Saint-Pierre (Pays de la Loire), l'or est principalement ciblé. A Beaulieu (Loire-Atlantique), les recherches portent sur l'étain. "Avec ces quatre permis, nous couvrons toute la gamme des métaux de base et des métaux stratégiques. Nous cherchons des amas de métaux, cela permet une rationalisation de la mine : ces gisements sont plus durables dans le temps".

Les travaux d'exploration ont déjà démarré pour les permis délivrés en 2013 et 2014 (Tennie, Saint-Pierre). Ils seront lancés très prochainement pour Merléac et Beaulieu. Les premières investigations sont menées grâce à la géophysique aéroportée (électromagnétisme) et la géochimie des sols. Cette deuxième technique consiste à prélever le sol superficiel et plus profond (jusqu'à 1 m 50) tous les 200 m afin d'évaluer la présence de minéraux dans le sous-sol. "Ces prélèvements fournissent un indice des éléments chimiques liés aux roches plus profondes", explique Jack Testard.

Cinq ans de recherches… Et après ?

Si les signaux sont aux verts (c'est le cas à Tennie et Merléac), les recherches se poursuivent par des méthodes plus invasives : les sondages. Selon l'Ineris, cette étape a un impact environnemental non négligeable : "La réalisation de sondages de reconnaissance fera appel à des techniques lourdes de forage impliquant la réalisation d'infrastructures routières adaptées et l'implantation de campements de longue durée". Ces travaux produisent également des déchets : "Le volume de cuttings extraits sera de l'ordre de la centaine de mètres cubes par forage, ce qui nécessitera - du fait de leur volume et de leur nature - une prise en charge".

Ce n'est qu'à l'issue de cette phase d'exploration que l'industriel pourra envisager le lancement d'une mine. "Il faut cinq ans de travaux de recherche pour bâtir un projet définitif, qui nous dira si le gisement est économiquement exploitable ou pas. Sur les huit projets de recherche envisagés, nos chances de transformation en exploitation sont au minimum d'un, voire plus", estime le DG de Variscan.

Tous les permis de recherche n'aboutiront pas sur une exploitation, malgré les sommes engagées sur chaque permis (10M€ en moyenne) : "Notre stratégie est celle du stop or go. Si nous ne trouvons rien d'intéressant, nous arrêtons", insiste l'industriel.

Trouver les conditions de l'acceptabilité

L'Etat et les futurs exploitants devront néanmoins faire accepter leurs projets par les populations riveraines. Or, les premières demandes de permis de recherche ont été rapidement contestées à l'échelle locale.

"Le vrai drame, c'est la méconnaissance de ce qu'est une mine aujourd'hui. Tout le monde est resté sur l'image de Germinal, où la fermeture et l'après-mine ont été mal gérées, analyse Jack Testard. Nous devons changer cette image liée à des comportements d'il y a trente ans, en suivant des règles strictes. Aujourd'hui, nous nous engageons dans des conditions acceptables environnementalement, en créant une filière industrielle pérenne sur plusieurs décennies, et en anticipant l'après". Dans ses demandes de permis, la société indique que l'un des critères de faisabilité de projet est la durée d'exploitation sur plusieurs décennies et le potentiel de reconversion du site (géothermie, fourniture d'eau…).

Variscan s'engage à créer des mines souterraines "pour minimiser l'impact environnemental en surface, dans la biosphère". Les cent premiers mètres devraient être préservés. Pour limiter l'impact souterrain, la société mise sur "la technique du backfilling, qui vise à remettre en place les roches extraites".

Sur le plan social, Jack Testard estime que l'exploitation peut conduire à la création de 100 à 300 emplois directs, sans compter les sous-traitants : "La mine est un peu comme un grand bateau : tous les métiers y sont représentés".

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