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Perturbateurs endocriniens : un plan d'actions musclé réclamé au Gouvernement

Les inspections générales de trois ministères plaident pour un plan d'actions renforcé pour prendre à bras le corps cet enjeu prioritaire de santé que sont les perturbateurs endocriniens. Elles soulignent les insuffisances de la stratégie actuelle.

Risques  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com

La nouvelle stratégie sur les perturbateurs endocriniens (PE) "doit se concrétiser dans un plan d'action qui contienne des mesures précises avec un objectif à atteindre, des actions à mettre en œuvre selon un calendrier établi, des responsables chargés de ces actions, des moyens affectés et des indicateurs de suivi". Telle est la conclusion du rapport établi par les inspections générales de trois ministères (écologique, santé, agriculture) qui ont évalué à la demande des ministres la première stratégie sur les perturbateurs endocriniens (SNPE) lancée en 2014.

Si les hauts fonctionnaires missionnés recommandent une action musclée, c'est que la stratégie actuelle se révèle largement insuffisante. Ce qui ne les empêche pas de souligner la pertinence d'avoir lancé ce premier programme, qui a permis de faire émerger les nombreuses questions posées par ces substances. Les PE, rappelle le rapport, se retrouvent dans un large spectre de produits de consommation courante, mais aussi dans les pesticides ou encore les médicaments. De nombreuses affections sanitaires leur sont potentiellement imputables : baisse de la qualité du sperme, anomalies du développement des organes ou de la fonction de reproduction, abaissement de l'âge de la puberté, cancers hormono-dépendants, diabète, obésité, autisme... Sans oublier leurs impacts sur la faune, comme la féminisation des populations de poissons.

Les raisonnements classiques de la toxicologie remis en cause

Quelles sont les insuffisances relevées par la mission ? Elles portent tout d'abord sur la recherche : manque de financement et insuffisances des méthodes d'évaluation du caractère PE d'une substance. Et ce, alors que les raisonnements classiques de la toxicologie sont remis en cause par ces substances du fait d'une dissociation entre dose et effet, et en raison de leurs effets "cocktail". D'où la recommandation des inspecteurs de donner une place à la thématique des PE dans la stratégie nationale de recherche, de développer l'expertise scientifique et d'y mettre les moyens nécessaires.

Les hauts fonctionnaires réclament également de renforcer la surveillance sanitaire et environnementale. Dans l'environnement, cette surveillance se révèle hétérogène. "La surveillance des sols est quasi inexistante, la surveillance de l'air est très en retard comparée à la surveillance de l'eau, cadrée par une directive européenne et financée par des fonds dédiés", soulignent-ils. Au niveau sanitaire, la mission préconise de surveiller également les produits alimentaires et d'amplifier les études de biosurveillance.

La mission réclame ensuite d'améliorer la caractérisation des dangers et la gestion des risques liés à ces substances. Si l'Anses a respecté l'objectif fixé par l'actuelle stratégie d'évaluer cinq substances par an, ce n'est pas le cas de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) qui n'a pas respecté le sien d'évaluer chaque année trois substances présentes dans les produits cosmétiques.

Insuffisances de la réglementation européenne

Le rapport pointe également les insuffisances de la réglementation européenne. La Commission a publié avec quatre ans de retard les critères d'identification des perturbateurs endocriniens pour les produits biocides. Le règlement publiant ces critères pour les pesticides n'est toujours pas paru, même si un vote des Etats membres a eu lieu sur cette question en décembre. Les auteurs prennent acte de l'interdiction du bisphénol A (BPA) dans les tickets thermiques mais ils pointent en revanche la fin de non-recevoir de l'exécutif européen à la demande de réexamen de 21 substances phytopharmaceutiques formulée par la France en 2013, tout comme l'absence de soutien public aux démarches de substitution.

Enfin, la mission demande de former les professionnels sur les risques associés à ces substances et d'informer population et consommateurs. Les actions d'information restent pour l'instant "insuffisantes" et "dispersées", pointe en effet le rapport.

Les hauts fonctionnaires mentionnent trois conditions pour assurer la réussite de la stratégie : mobiliser les territoires à travers les agences régionales de santé et les Dreal, renforcer la coordination entre les agences sanitaires et disposer d'indicateurs pour l'évaluation.

"Passer du stade du constat à celui de l'élimination"

Pour l'Union des industries chimiques (UIC), ce rapport ne fait que souligner "le peu de certitudes et le besoin de recherche" sur le sujet des perturbateurs endocriniens.

Le son de cloche est différent du côté des associations. Le Réseau Environnement Santé (RES), qui a oeuvré à l'interdiction française du BPA dans les biberons en 2010 puis dans tous les contenants alimentaires en 2011, "se réjouit de voir confortée l'action qu'il mène depuis sa création en 2009". Pour l'ONG, "la deuxième phase de la SNPE doit passer du stade du constat au stade de l'élimination de ces substances de notre environnement".

Générations Futures salue également les orientations proposées par les auteurs du rapport. "Nous serons très vigilants à la mise en œuvre de ces recommandations avec l'espoir que ce rapport ne finisse pas au fond d'un tiroir", prévient toutefois son directeur François Veillerette.

Ce qui ne devrait pas être le cas si l'on en croit le communiqué des trois ministres concernés. Ceux-ci annoncent s'engager dès à présent à la construction d'une nouvelle stratégie sur la base de ce rapport d'évaluation dans le cadre du Groupe national santé environnement qui doit se réunir le 13 février prochain. L'objectif est d'adopter cette nouvelle stratégie "d'ici la fin de l'été 2018", indiquent-t-ils. Reste à savoir si le plan d'actions et les moyens affectés seront à la hauteur de ceux préconisés par la mission.

Réactions2 réactions à cet article

 

"Pour l'Union des industries chimiques (UIC), ce rapport ne fait que souligner "le peu de certitudes et le besoin de recherche" sur le sujet des perturbateurs endocriniens."
Mais il ne leur ait pas venu à l'esprit qu'ils pourraient déjà commencer par montrer l'inocuité des produits qu'ils utilisent et qu'ils créent... plutôt que de renvoyer cette responsabilité sur l'Etat... et ses finances...

Tombour | 06 février 2018 à 10h53
 
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YAKA demander à l'industrie chimique de produire des biocides qui ne tuent pas. Vaste programme.
PS: je suis personnellement favorable à l'utilisation de produits chimiques tant pour la santé publique (traitement de l'eau potable, crise du chikungunya,...), pour l'agriculture (protection des plantes, même au cuivre (cf."bio"), protection des récoltes...), que privée (traitement de l'épilepsie, chimiothérapies...)
Non, je ne suis pas un horrible suppôt financé par l'industrie chimique.

Albatros | 06 février 2018 à 17h34
 
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