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Perturbateurs endocriniens : une nouvelle stratégie sur fond de chiffres alarmants

Elisabeth Borne et Agnès Buzyn ont lancé ce mardi 3 septembre la deuxième stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens. Simultanément, Santé publique France publie une étude alarmante sur l'imprégnation du public aux polluants.

Risques  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com

Les deux annonces se télescopent. Le gouvernement lance sa deuxième stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE 2), au moment où Santé publique France (SPF) publie les résultats de l'étude Esteban sur l'imprégnation aux polluants de la population française. L'exécutif entend ainsi montrer son volontarisme alors que les résultats de cette étude, qualifiée de "vrai tournant dans les politiques publiques" par Agnès Buzyn, se révèlent alarmants.

Imprégnation générale des Français

Les bisphénols (A, F et S), les phtalates, les parabènes, les éthers de glycol, les retardateurs de flamme bromés et les composés perfluorés sont "présents dans l'organisme de l'ensemble des adultes et des enfants", assène froidement Santé publique France. Les niveaux d'imprégnation les plus élevés sont retrouvés chez les enfants. Certaines de ces substances sont des perturbateurs endocriniens (PE) ou des cancérigènes, avérés ou suspectés, précise l'établissement public.

Cette étude révèle que l'alimentation n'est pas la source exclusive de l'imprégnation. Celle-ci résulte également de l'utilisation de produits cosmétiques pour ce qui concerne les parabènes et les éthers de glycol. L'étude pointe aussi le manque d'aération du logement comme facteur d'imprégnation aux composés perfluorés et aux retardateurs de flamme bromés. Le niveau d'imprégnation se révèle comparable à ceux constatés dans d'autres pays, cherche à rassurer SPF. Ce n'est toutefois pas le cas pour les bisphénols S et F pour lesquels elle est supérieure. Dans son communiqué, l'établissement public reste muet sur les risques sanitaires liés à cette imprégnation générale.

"Contrairement à ce qu'affirme Santé publique France le risque sanitaire lié aux perturbateurs endocriniens est clairement établi. On dispose de milliers d'études expérimentales ainsi que de nombreuses études chez l'humain", réagit le Réseau Environnement Santé (RES).

Publication d'une liste des perturbateurs

Face à cette imprégnation générale aux produits chimiques, les ministres de la Transition écologique et de la Santé lancent la deuxième stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens. Ce plan de bataille, qui couvre la période 2019-2022, est constitué de trois axes, déclinés en 50 actions, dédiés à la formation/information, à la protection de l'environnement et de la population, et à l'amélioration des connaissances.

Parmi les actions les plus notables est annoncée pour 2020 la publication d'une liste officielle des substances perturbatrices endocriniennes classées en trois catégories : avérées, probables et suspectées. Cette liste doit permettre d'informer le public et, pour les industriels, d'anticiper les substitutions qui s'avèreront nécessaires. "Une réunion avec l'industrie du textile est programmée pour janvier", précise Philippe Bodenez, chef du service des risques sanitaires au ministère de la Transition écologique. La liste sera toutefois loin d'être exhaustive. "Il est hors de portée d'analyser toutes les substances", explique Matthieu Schuler, directeur de l'évaluation des risques à l'Anses, qui souligne la complexité scientifique et l'incertitude liée aux perturbateurs endocriniens.

Le gouvernement souhaite porter devant la Commission européenne la révision de la réglementation, en priorité les règlements sur les cosmétiques et sur les jouets. L'objectif est de "définir rapidement et de façon cohérente les PE dans toutes les législations européennes concernées afin d'assurer un niveau de protection approprié pour tous les modes et voies d'exposition", précise le plan d'action.

Réduire la contamination des milieux

"Il s'agit aussi de réduire la contamination des milieux", explique la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne. La stratégie prévoit la collecte et l'exploitation des données sur l'imprégnation des milieux en lien avec le futur Office français de la biodiversité. Les ministres annoncent la centralisation des données sur les contaminations environnementales sur le portail de données ouvertes data.gouv.fr. En ce qui concerne le vecteur alimentaire, la stratégie prévoit le renforcement de la connaissance de l'exposition aux PE dans le cadre de la nouvelle étude de l'alimentation totale (EAT3).

La stratégie prévoit aussi de renforcer la formation des professionnels de santé et des agents des collectivités locales sur les bonnes pratiques permettant de limiter l'exposition aux PE. Enfin, Santé publique France lance à destination du grand public un site consacré aux risques liés à l'utilisation des produits chimiques dans la vie quotidienne, dont les perturbateurs endocriniens.

"Les 50 actions sont dans l'ensemble pertinentes mais leurs financements n'est toujours pas précisé", réagit le Réseau Environnement Santé, qui réclame un financement équivalent à celui du plan cancer (1,5 Md€ sur 5 ans). Plus critique, l'association Générations futures demande au gouvernement de prendre la mesure de l'urgence. "Il faut (…) que les ambitions de la 2e stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens et du nouveau plan national santé environnement soient revues à la hausse pour faire de la disparition rapide des substances pointées par ces rapports (…) une priorité de santé publique absolue ! Nous demandons la mise en œuvre d'un plan d'urgence pour protéger les populations de ces polluants dangereux", réclame François Veillerette, directeur de l'ONG.

Réactions2 réactions à cet article

 

"Il est hors de portée d'analyser toutes les substances" : bel aveux d'impuissance de l'Etat ! Pourtant, les ministères concernés (industrie, agriculture, santé, environnement...) n'ont jamais rechigné à autoriser la mise sur le marché de composés et produits chimiques dont on ne connaissait de toute évidence rien quant à leur potentiel toxique sur le long terme.
Il n'y a qu'à voir (et sentir la fraction détectable par le nez humain) les revêtements utilisés depuis des décennies dans les crèches, maternelles et autres classes d'école pour être convaincu qu'on n'est pas sorti de l'auberge en matière de contamination chimique. Les ministères de l'éducation nationale et de la santé, n'ayant rien voulu voir d'autre que l'aptitude de ces revêtements au nettoyage quotidien et à la désinfection periodique, portent une lourde responsabilité dans cette lente mais permanente et donc insidieuse intoxication des enfants scolarisés.
Quant à la contamination généralisée des milieux naturels, on ne fait que lever le voile, vu les quantités de chimie déjà dispersées, celles encore à venir, leur écotoxicité et la rémanence de bon nombre de molécules et de leurs recombinaisons.

Pégase | 04 septembre 2019 à 10h02
 
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J'ai participé à la fabrication de produits cosmétiques dans les années 80, qui comprenaient encore beaucoup de composés naturels, et je ne comprends pas aujourd'hui quand je lis la composition d'un simple shampoing ou d'une lotion, ce que viennent y faire toutes ces molécules chimiques supplémentaires, en tant que chimiste, je peux vous affirmer qu'il est tout à fait possible de fabriquer des cosmétiques sains sans tous ces additifs dont on ne connaît effectivement pas du tout la toxicité, c'est qd même hallucinant. Les jeunes empoisonnés jusqu'à la moelle risquent de ne pas vivre bien vieux, il faut s'attendre à ce que la durée de vie moyenne baisse significativement dans les décennies à venir.

gaia94 | 08 septembre 2019 à 00h12
 
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