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Pesticides contre abeilles : le combat continue sur tous les fronts

La santé des abeilles est au cœur de nombreux débats en France et en Europe. 2015 pourrait être un tournant dans la protection de ces pollinisateurs via la limitation des pesticides. L'Unaf attend des décisions politiques fortes.

Risques  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com

"2014 est la pire des années qu'a connu l'apiculture française", a constaté Henri Clément porte-parole de l'Union nationale de l'apiculture française (Unaf) jeudi 19 mars devant la presse. Les 1,3 million de ruches en activité en France ont produit 10.000 tonnes de miel l'année dernière, soit trois fois moins qu'en 1995 alors que leur nombre est quasi-identique. "La mortalité des colonies atteint dans certaines régions entre 50 et 80%", précise Gilles Lanio, président de l'Unaf. Les raisons invoquées par le syndicat ? A une dégradation de l'environnement se sont ajoutées des conditions climatiques détestables sur une longue période.

Le double langage du gouvernement français

La question des pesticides est bien entendu au cœur des inquiétudes de l'Unaf qui ne se sent pas vraiment soutenue par le Gouvernement. "Nous sommes constamment face à un double langage entre les prises de position publiques et les décisions réelles sur le terrain", explique avec agacement Gilles Lanio. Le syndicat en donne pour preuve l'échec du plan écophyto et le retard pris dans la révision de l'arrêté sur l'épandage de pesticides en présence d'abeilles.

En avril 2014, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll annonçait que certains pesticides ne pourraient être épandus qu'après le coucher du soleil. "La consultation publique sur le projet d'arrêté est terminée depuis décembre. Mais l'arrêté n'a toujours pas été publié et la dernière mouture prévoit des dérogations pour les vignes et le maïs", s'insurge Bertrand Auzeral, vice-président de l'Unaf. "Il est urgent de publier cet arrêté pour qu'il rentre en vigueur avant les premiers semis", ajoute-t-il.

La façon dont a été accueillie la résolution proposée par le sénateur Joël Labbé et le député Germinal Peiro est également symptomatique selon l'Unaf. Le texte invitait le gouvernement français à agir auprès de l'Union européenne pour une interdiction de toutes les utilisations des insecticides néonicotinoïdes neurotoxiques. "Alors que quelques jours avant le vote le sénateur semblait confiant, sa résolution n'a pas été votée. Et aucun sénateur PS ne l'a appuyée. Une consigne a été clairement donnée dans ce sens", estime Gilles Lanio.

Dans le cadre de la loi sur la biodiversité en cours d'examen à l'Assemblé nationale, les députés ont adopté, contre l'avis du gouvernement et de la rapporteure du texte Geneviève Gaillard (PS), un amendement de Gérard Bapt et Delphine Batho (PS) interdisant l'utilisation des pesticides néonicotinoïdes à compter du 1er janvier 2016. Une "bonne nouvelle" saluée par de nombreuses associations alors que commence la semaine des alternatives aux pesticides. Encore faut-il que le texte soit maintenu au Sénat.

2015, une année charnière pour les abeilles en Europe

La position française sur le plan européen est également scrutée avec attention par le syndicat. La ministre de l'Ecologie Ségolène Royal s'est engagée à appuyer la mise en révision, dès cette année, de l'interdiction des trois néonicotinoïdes en 2013 (l'imidacloprine, la clothianidine et le thiaméthoxam) plus le fipronil.

Les Etats membres via leur ministre de l'Agriculture, doivent également se prononcer sur les nouvelles lignes directrices d'évaluation des pesticides proposées par l'Agence européenne de sécurité sanitaire (Efsa). En discussion depuis deux ans, ce document marque une rupture avec les conflits d'intérêts de l'European and mediterranean plant protection organization (EPPO), organisation intergouvernementale chargée de la coopération européenne en matière de santé de la plante et rédactrice des lignes directrices appliquées a l'heure actuelle.

Le nouveau document prend désormais en compte la toxicité sublétale (désorientation des abeilles) et les effets sur les autres pollinisateurs comme les bourdons et les abeilles sauvages. "Il répond surtout et enfin aux critères définis par le règlement européen 1107/2009 relatif à la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques", explique Martin Dermine, coordinateur abeille pour l'ONG Pesticides Action Network (Pan) Europe. "Mais le document présente aussi des défauts, ajoute-t-il, en posant le principe d'une acceptation de 7% de mortalité dans les colonies d'abeilles. Plusieurs pays freinent des quatre fers comme le Royaume-Uni mais la Commission européenne semble vouloir rester ferme, ce qui peut nous laisser espérer une adoption courant 2015", prévoit Martin Dermine. La France, quant à elle, ne s'est pas prononcée officiellement sur cette question.

Tribunaux : l'Unaf en première ligne judicaire

Suite à sa décision d'interdire trois néonicotinoïdes en 2013 (l'imidacloprine, la clothianidine et le thiaméthoxam) plus le fipronil, la Commission européenne a été attaquée par les fabriquants Syngenta, Bayer et BASF. L'Unaf s'est portée volontaire pour appuyer la défense de la Commission. Une proposition acceptée par le Tribunal européen. Le syndicat compte bien mettre à disposition du tribunal toute l'expérience accumulée depuis les années 90 sur la question de la dangerosité des néonicotinoïdes.
 La procédure doit encore durer un an.

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