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Pesticides : vers une méthode française d'estimation de l'exposition ?

Le Cancéropôle Lyon Auvergne Rhône-Alpes a lancé des travaux pour valider une méthodologie géographique visant à évaluer les expositions environnementales aux pesticides.

Agroécologie  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com
Pesticides : vers une méthode française d'estimation de l'exposition ?
Environnement & Technique N°359 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°359
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"Nous sommes exposés à une multitude de facteurs, à de faibles doses chroniques, tout le long de la vie, a pointé Béatrice Fervers, du département cancer et environnement du Centre Léon Bérard à l'occasion d'une conférence de presse du Cancéropôle Lyon Auvergne Rhône-Alpes (Clara), mardi 26 avril. Cette exposition multifacteurs est un enjeu pour investiguer les facteurs environnementaux en lien avec les cancers". Si certains liens entre l'environnement et des risques de cancer ont pu être démontrés, le nombre de cancers attribuables à ces derniers ainsi que la causalité restent toujours délicats à déterminer.

"Le nombre de cancer a plus que doublé en 35 ans en France. Toutefois, il n'y a pas que l'environnement qui est responsable", souligne la scientifique. Selon elle, près de la moitié serait liée à l'augmentation et au vieillissement de la population ainsi qu'à une meilleure prise en charge des personnes. L'amélioration des méthodes de diagnostic, les facteurs génétiques, les infections, des facteurs de risque comme l'obésité ou le tabac, et enfin les facteurs environnement contribuent à la seconde moitié. Ce risque est toutefois modulé par des facteurs socio-économiques. "Dans le cas du cancer du poumon, sur le plan individuel, les facteurs comportementaux, par exemple de gros fumeurs, entraînent dix fois plus de risque que pour des non fumeurs. Dans le cas d'une exposition professionnelle, le risque sera multiplié par deux ou trois tandis que pour des facteurs environnementaux, comme la pollution atmosphérique, l'augmentation du risque ne sera que de 10%", détaille Béatrice Fervers.

Et d'un point de vue global, ces plus faibles risques sont difficiles à mettre en évidence. Délais entre l'exposition et l'apparition de la pathologie, effets synergiques des agents cancérogènes, possibles conséquences différentes pour une même substance, quantification difficile de la distribution des niveaux d'exposition dans une population : l'établissement de lien se heurte à de nombreux obstacles.

16% des pesticides retrouvés sont à usage agricole pur

Pour valider une méthode d'estimation de l'exposition basée sur l'utilisation d'un système d'information géographique (SIG), le Centre Léon Bérard en collaboration avec le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) ont travaillé en 2012 sur l'exposition des populations aux pesticides agricoles en région Rhône-Alpes. 

Ils ont prélevé dans 239 foyers situés à moins d'un kilomètre d'une surface agricole des échantillons de poussières. Cette étude s'est intéressée à trois cultures : la viticulture, les cultures céréalières et l'arboriculture dans trois zones agricoles (Rhône, Ain, Drôme). "L'approche avec un SIG permet de superposer la localisation des cultures, les reliefs et des barrières topographiques végétales pour étudier la répartition des pesticides, précise Béatrice Fervers. Nous avons aussi introduit des données sur la direction des vents".

Au final, sur les 406 pesticides recherchés, 120 ont été retrouvés au moins une fois dans les poussières (en moyenne cinq à six pesticides par maison). Parmi ces derniers, 16% étaient à usage agricole pur, 28% à usage domestique, 24% à usage mixte et 32% interdits d'usage. "Sur la base de ces résultats, nous avons conçu le projet Sigexposome pour valider nos données et évaluer l'impact de ces expositions ainsi que la variabilité saisonnière", complète Béatrice Fervers.

Une prochaine étude dans le vignoble beaujolais

Les équipes souhaitent désormais caractériser l'exposition aux pesticides de la population dans un vignoble du beaujolais. Ils sont en cours de recrutement d'habitants de cette zone : environ 50 viticulteurs et 100 volontaires de la population générale. "Nous recherchons des hommes non fumeurs dans un souci d'homogénéité des données, explique Béatrice Fervers. Le tabac perturbe en effet des effets métabolomiques comme génomiques et chez les femmes nous retrouvons des signaux hormonaux", note Béatrice Fervers.

Trois campagnes de prélèvements seront réalisées pour recueillir le sang, les urines, les cheveux des volontaires (juillet, octobre 2016 et février 2017) ainsi que les poussières de leurs domiciles (juin, septembre 2016 et janvier 2017). Les participants devront également répondre à un questionnaire pour notamment déterminer leurs habitudes alimentaires.

"Nous avons établi une liste de pesticides attendus en fonction de la fréquence des traitements sur les vignes. S'y ajoutent les pesticides détectés dans les habitations de la précédente étude ainsi que les pesticides pour lesquels il y a une attention particulière. Au total, nous sommes arrivés à une soixantaine de substances", indique Augustin Scalbert, responsable du groupe biomarqueurs du Circ.

Cette étude devrait également permettre d'identifier des biomarqueurs qui signeraient un impact moléculaire de l'exposition aux pesticides. Ces derniers pourraient ensuite être utilisés dans des études épidémiologiques sur le risque de développement de cancer. "En analysant l'ADN, nous pouvons savoir le pesticide avec lequel la personne a été en contact quelques années auparavant", pointe Joël Lachuer, professeur du Centre de recherche en cancérologie de Lyon. Les phytosanitaires pourraient en effet générer des modifications du génome (introduire ou supprimer des groupements méthyl) et induire ainsi des réactions différentes dans les cellules. Ces transformations pourraient se transmettre entre les générations.

Si la notion d'exposition tout le long de la vie, exposome, est désormais prise en compte d'un point de vue politique à travers la loi santé, la question de l'exposition aux pesticides et de leur lien avec le risque de développer des cancers reste un sujet sensible. La dernière grosse étude française (Agrican) assurait, en septembre 2011, que les agriculteurs français étaient ''en meilleure santé que le reste de la population française''. Un an plus tard, un rapport de la mission commune d'information du Sénat sur les pesticides dénonçait une sous-évaluation des risques liés à ces produits. Ces éléments ainsi que la récente polémique déclenchée par l'enquête de Cash Investigation montrent que le besoin de données sur ce sujet demeure une nécessité.

Réactions1 réaction à cet article

 

Quelle belle étude, espérons qu'elle ira à son terme

Levieux | 28 avril 2016 à 16h22
 
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