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Pesticides néonicotinoïdes : la contamination des cours d'eau fait un bond

Pour la première fois, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes fait son entrée dans le "top 15" des pesticides les plus détectés dans les cours d'eau français. Cela témoigne d'une "tendance préoccupante", alerte le ministère de l'Ecologie.

Eau  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
Environnement & Technique N°354 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°354
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Comme tous les deux ans, les services du ministère de l'Ecologie mettent à jour les données concernant la contamination des cours d'eau par les pesticides. Cette année, l'inventaire réalisé à partir des données collectées en 2013 recèle une surprise de taille : l'imidaclopride, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, apparaît pour la première fois parmi les 15 substances les plus fréquemment détectées. Sa progression est fulgurante, puisque cet insecticide n'apparaissait qu'au-delà de la 50ième place cinq ans auparavant…

Telle est la principale conclusion du bilan relatif aux pesticides dans les cours d'eau français en 2013 publié le 20 novembre dernier par le Service de l'observation et des statistiques (SOeS) du ministère de l'Ecologie. Plus globalement, la note confirme que "des pesticides sont présents dans la quasi-totalité des cours d'eau français", 92% des points de surveillance révélant la présence d'au moins un pesticide. "Les rares bassins exempts de pesticides se concentrent dans les zones montagneuses ou dans les zones dont l'agriculture est peu intensive", explique le SOeS.

L'entrée remarquée de l'imidaclopride

La grande nouveauté du bilan tiré des mesures réalisées en 2013 est l'apparition pour la première fois de l'imidaclopride dans la liste des 15 pesticides les plus fréquemment détectés dans les cours d'eau de France métropolitaine. C'est aussi (et surtout) la première fois qu'un pesticide de la famille des néonicotinoïdes (insecticide de type neurotoxique à large spectre d'action et forte persistance), apparait à une telle place. "Depuis 2007, l'imidaclopride se classe en moyenne au 30ième rang des pesticides les plus fréquemment détectés dans les cours d'eau mais son rang ne cesse de monter au fil du temps, jusqu'à faire partie des 15 les plus détectés en 2013", explique le SOeS. Plus précisément, il se classait au-delà de la 50ième place en 2007 et a oscillé autour de la 30ième place entre 2008 et 2011, avant de bondir à la 12ième place en 2013.

Certes, une partie des détections d'imidaclopride provient d'une amélioration des outils d'analyse, néanmoins, la progression des teneurs moyennes confirme qu'il s'agit bien d'un mouvement de fond. Ce n'est d'ailleurs pas une réelle surprise que la contamination des cours d'eau par cette molécule progresse, puisque "l'imidaclopride est la substance la plus vendue et la plus emblématique des néonicotinoïdes", relève le SOeS. D'où la préoccupation des services ministériels qui prévoient d'"examiner de près" les prochains résultats compte tenu "des effets délétères soupçonnés de cette substance sur les pollinisateurs".

Plus globalement, la note indique que "les 15 pesticides les plus détectés en 2013 dans les cours d'eau de France métropolitaine représentent la moitié des détections de pesticides". Quant au trio de tête des substances les plus présentes, il est constitué depuis 2009 par le glyphosate, l'AMPA (principal produit de dégradation du glyphosate) et l'atrazine déséthyl (produit de dégradation de l'atrazine). La note souligne que les détections du glyphosate "sont en hausse constante depuis 2011", comme celles de l'atrazine et de ses produits de dégradation, "pourtant interdite d'usage depuis dix ans". Quant à l'AMPA, les détections sont "plutôt stables", mais les teneurs sont particulièrement élevées avec une moyenne de plus de 0,2 microgramme par litre (μg/l). Il s'agit d'ailleurs de la seule substance qui dépasse, en moyenne sur l'ensemble des échantillons dans lesquels elle apparaît, le seuil de potabilité par pesticide (0,1 μg/l).

Une carte de France des pratiques agricoles

S'agissant de la répartition territoriale des cours d'eau contaminés par les pesticides, le ministère de l'Ecologie confirme les chiffres des précédentes livraisons : des pesticides ont été détectés dans 92% des 2.950 points de surveillance de la qualité des cours d'eau français. Dans 60% des cas, dix pesticides différents ou plus ont été retrouvés, la moyenne étant de 16 pesticides par point de surveillance pour l'ensemble de la France métropolitaine.

A noter que le bassin Artois Picardie présente les plus mauvais résultats des six bassins métropolitains : l'intégralité des 57 points de surveillance sont contaminés et en moyenne 29 substances ont été décelées par point. Il s'agit du bassin qui présente la moyenne la plus élevée de substances décelées par point de mesure, alors que le nombre de substances recherchées est le plus faible des six bassins (107 substances recherchées, près de 400 pour les bassins Seine Normandie et Rhône Méditerranée Corse).

Plus globalement, "les bassins très touchés correspondent aux zones de grande culture, de type céréales et assimilées, à l'instar de la Beauce, du Bassin parisien, du Nord-Pas-de-Calais ou du centre de la région Midi-Pyrénées", pointe le SOeS, ajoutant que "sont aussi concernés les secteurs viticoles, à l'image du pourtour méditerranéen, ou encore les territoires à filières spécifiques, comme en Martinique, qui subit une pollution historique au chlordécone employé dans les bananeraies, insecticide interdit d'usage depuis 20 ans". Ainsi, la nature des pesticides retrouvés dans l'eau traduit les pratiques agricoles : les herbicides sont les plus détectés en métropole (83,2% des détections), alors que les insecticides sont les plus présents dans les départements d'outre mer (41,3% des détections).

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