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Une étude de l'Ineris confirme la pollution de l'air intérieur par les pesticides

Suite à une étude réalisée sur des enfants franciliens, l'Ineris démontre la présence de pesticides dans l'air intérieur même si les liens sont difficiles à définir entre produits utilisés, molécules présentes et impacts sur la santé.

Agroécologie  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
Pour mieux connaître le degré d'exposition humaine aux polluants environnementaux, l'Institut National de l'Environnement industriel et des Risques (Ineris) a réalisé, avec la Faculté des Sciences Pharmaceutiques et Biologiques de l'Université Paris V, une campagne de mesure évaluant l'exposition d'enfants franciliens à certains pesticides présents dans l'environnement intérieur. Démarrée en 2006 et baptisée EXPOPE, l'étude a porté sur 31 composés actifs parmi lesquels des insecticides, herbicides ou fongicides sélectionnés en fonction de leur utilisation, de leur toxicité et de leur rémanence. Les analyses ont été menées sur plus de 130 enfants âgés de 6 et 7 ans et répartis en Ile-de-France, habitants des pavillons et des appartements, avec et sans jardin, propriétaires ou non d'animaux domestiques. L'exposition des enfants a été évaluée avec des questionnaires, des prélèvements d'air, de poussières déposées sur les sols au domicile, des résidus cutanés présents sur les mains et des recueils d'urines.

Résultat : au moins un pesticide a été détecté dans 94% des foyers, la majorité étant constituée par les insecticides. L'alpha-HCH, le propoxur et le lindane sont les pesticides les plus fréquemment retrouvés dans l'air bien qu'interdit pour certains (lindane).
S'il est encore difficile d'identifier les sources précises de ces pesticides, quelques liens ont pu être mis en évidence. Précisons notamment que durant l'année précédant l'enquête, 87% des familles ont déclaré avoir utilisé au moins un pesticide, le plus souvent un insecticide et plus d'un quart des familles a rapporté l'intervention d'un professionnel de la désinsectisation au domicile.
Le type de logement et son ancienneté sont également des facteurs influençant les concentrations aériennes notamment en lindane et en alpha-HCH. Commercialisé à partir de 1938 pour le traitement des charpentes notamment, le Lindane a été totalement interdit en France en 1998.
La saison, le type de logement ainsi que la présence de plantes à l'intérieur du domicile sont aussi associés aux niveaux de résidus cutanés d'insecticides organophosphorés. Enfin, le fait d'habiter une maison est associé à des concentrations plus importantes en propoxur.
Certains métabolites issus de molécules pesticides ont également été retrouvés dans les urines.

Mais l'Ineris se veut prudent : il est difficile de faire la corrélation entre produits utilisés dans la maison et molécules retrouvés, explique Corinne Mandin, de la direction des risques chroniques. On ne sait pas si çà vient de l'extérieur et notamment de l'agriculture ou des usages intérieurs, ajoute-t-elle. Les molécules utilisées en milieu domestique ou professionnel sont en effet les mêmes et leurs origines sont difficiles à identifier. L'INERIS n'a pas non plus souhaité qualifier les concentrations en pesticides qui sont pour les plus présents de l'ordre de plusieurs centaines de nanogrammes par m3 : il n'existe pas de valeurs guides auxquelles on pourrait faire référence, explique Corinne Mandin. Seuls deux pesticides auront prochainement des valeurs guides, ce sont l'aldrine et la dieldrine, précise-t-elle. La scientifique de l'Ineris précise néanmoins que ces ordres de grandeur sont bien inférieurs à ceux retrouvés pour d'autres polluants intérieurs comme le formaldéhyde qui se mesure plutôt en µg/m3.
Pas question non plus pour l'Ineris d'en déduire les impacts sur la santé. Pour certaines molécules il n'a pas été trouvé de lien entre présence dans l'air et présence dans les urines, explique Madame Mandin. L'institut rappelle toutefois que si le lien entre l'exposition aux pesticides présents dans les environnements intérieurs et l'impact sur la santé n'est pas encore précisément établi, la toxicité de ces produits est avérée.

Bref, la présence de pesticides dans l'air intérieur est confirmée mais on reste aux prémices de la recherche sur la qualité de l'air intérieur et ses impacts sur la santé. D'ailleurs de nouvelles disciplines apparaissent comme l'expologie qui évalue l'exposition humaine aux polluants environnementaux. Le principe fondamental de cette nouvelle science est de mesurer là où sont les personnes comme c'est le cas dans l'étude de l'Ineris. Cette nouvelle discipline a permis de mettre en évidence que les sources de pollution étaient disséminées, proches des personnes et échappant à toute réglementation alors que la vision des 70 se concentrait sur l'idée d'une pollution d'origine industrielle provenant des cheminées d'usine et se répandant dans les milieux environnants. Le biomonitoring humain (BMH), ou biosurveillance, fait également son apparition. Outil d'identification, de contrôle et de prévention de l'exposition des populations aux substances chimiques, le BMH est basé sur l'analyse de tissus ou liquides organiques pour évaluer l'exposition humaine aux polluants environnementaux et leurs effets sur la santé.
Et les enjeux sont importants, lorsqu'on sait qu'un Français passe en moyenne 22 heures sur 24 en espace clos ou semi-clos. Pour l'instant, les seuls conseils diffusés pour limiter ces expositions se cantonnent à aérer les locaux et limiter autant que possible l'utilisation de produits chimiques.

Réactions2 réactions à cet article

 
Enfin !

Si nous pouvons être satisfaits de la naissance de cette nouvelle discipline qu'est l'expologie, il est à regretter que les premiers résultats de cette étude consistent à conseiller de ne pas utiliser de "produits chimiques" dans un espace clos. Outre un terme générique qui frise le ridicule par la largeur de son spectre, une telle imprécision qui ne peut plus porter de sens paraît futile.

Mon métier me met en contact régulier avec des intérieurs de maisons ou d'appartements à l'occasion de sinistres (eau et incendie). J'ai constaté systématiquement une indifférence étonnante à l'égard des émanations dégagées dans ces lieux, notamment après incendie (gaz chloré par combustion de PVC) tant par les usagers que par les experts de compagnies d'assurances.

DURIEU | 15 mai 2008 à 09h36
 
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Vêtements

A-t-on fait une mesure de la qualité de l'air à l'intérieur de certains magasins de vêtements?
Je me suis toujours demandé s'il n'y avait pas des produits ajoutés lors du transport de ces vêtements emballés d'ailleurs dans des plastiques ?

Anonyme | 18 mai 2008 à 12h50
 
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