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La finance carbone est pleine d'avenir

Philippe Coste, qui vient de rejoindre la direction de Carbonium, nous propose un avis d'expert confiant sur l'avenir de la finance carbone après l'accord intervenu à la Conférence de Doha.

Avis d'expert  |  Gouvernance  |    |  Actu-Environnement.com

L'accord intervenu à la Conférence de Doha suscite beaucoup de critiques. Du moins s'est-il achevée sur un résultat essentiel : l'accord des 194 pays participants pour prolonger le Protocole de Kyoto jusqu'en 2020. C'est le délai estimé nécessaire pour négocier et adopter un nouveau Protocole qui devra prendre en compte les changements majeurs intervenus depuis 30 ans dans le secteur.

Réviser le Protocole de Kyoto

Cette mise à jour est indispensable. Aujourd'hui, après la défection de plusieurs des plus gros responsables des rejets de Gaz à Effet de Serre (GES) dans le monde, il ne reste plus que les Européens et quelques autres à demeurer fermement engagés vis-à-vis de l'ensemble de la communauté internationale à respecter les disciplines de Kyoto. Or, par rapport à la situation de 1990 qui a servi de base de référence pour définir ces obligations, le paysage s'est profondément modifié.  Les pays engagés – et c'est une bonne chose - utilisent certes davantage des technologies qui leur permettent de mieux maîtriser leur consommation d'énergie, mais aussi - et c'est moins glorieux - leur croissance s'est ralentie dans les vingt dernières années. Le contenu en produits industriels a nettement diminué du fait des délocalisations qui ont affecté particulièrement le continent européen au bénéfice des Emergents. Résultat, les rejets de GES de ces pays ne représentent plus maintenant qu'une partie très réduite de l'ensemble des rejets de la planète : 4 milliards de tonnes par an sur un total de 32. Tout se passe donc comme si le Protocole de Kyoto - seul instrument contraignant à notre disposition pour lutter contre le réchauffement climatique - ne traitait que d'un huitième du problème. Il faut donc d'urgence élargir son périmètre et sans doute, à cette occasion, réviser ses moyens d'intervention.

Un acquis substantiel

Pour autant, cet aggiornamento devra nécessairement s'appuyer sur l'acquis déjà considérable qui s'est constitué depuis l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto.

Tout au long de ces dernières années, les Nations Unies et les Etats liés par le Protocole se sont livrés à de considérables travaux législatifs, réglementaires, normatifs et statistiques pour faire en sorte de traduire leurs engagements en obligations concrètes. L'Union Européenne a fait preuve à cet égard d'une belle créativité, notamment en créant un marché carbone opérationnel dès 2005 et en adoptant en décembre 2008 un ensemble de directives qui constitue ce qu'on a appelé le « paquet énergie-climat ». Elle a de la sorte donné corps au principe du « cap and trade », c'est-à-dire à l'idée de fixer aux entreprises des quotas de rejets qu'elles peuvent ensuite échanger entre elles : c'est le Système Communautaire d'Echange de Quotas d'Emissions (SCEQE). De même a-t-elle assorti de règles précises les différentes souplesses imaginées par le Protocole : Mise en Œuvre Conjointe (MOC) et Mécanisme de Développement Propre (MDP). De leur côté, les Nations Unies ont défini les procédures applicables à l'homologation des projets MOC et MDP, mais pour les forêts avec le programme « Reducing Emissions from Deforestation and forest Degradation » (REDD). Et naturellement, l'ensemble de ces règles ont donné lieu à toute une série de décisions nationales : bien sûr au niveau des Etats membres de l'Union Européenne mais aussi de la part des pays bénéficiaires de la MOC ou du MDP.

D'autre part, au-delà de cet acquis « direct », divers institutions ou instruments dérivés de Kyoto ont fait leur apparition. Je pense notamment aux différents systèmes d'échanges plus ou moins inspirés du SCEQE qui fleurissent depuis peu aux Etats-Unis (le RGGI qui regroupe 9 Etats du Nord Est dont celui de New York et plus encore le marché institué récemment en Californie), au Québec, en Nouvelle-Zélande, en Australie et sans doute bientôt en Chine. Je pense aussi aux certificats verts ou blancs, qui viennent reconnaître les efforts réalisés spontanément par les consommateurs d'énergie et qui eux aussi sont échangeables sur un marché volontaire. On peut également rapprocher de cela une idée à laquelle réfléchissent actuellement certaines grandes entreprises multinationales et qui consisterait à fixer des quotas de consommation énergétique à leurs différents établissements et à instituer entre eux un marché interne.

Au bout du compte, on est en présence d'un foisonnement de règles de toute nature qui existent bel et bien et qu'on ne fera pas disparaitre. Aussi bien, lorsque nous nous plaignons – à juste raison – du grand manque de visibilité de ce que pourrait devenir la matière d'ici deux ou trois ans, il faut bien voir que c'est sur la base de ces règles que la suite se construira : le génie est sorti de la bouteille et n'y rentrera plus. L'avenir, c'est le considérable acquis de Kyoto moyennant un certain nombre de distorsions, d'adaptations, de perfectionnements, de compléments mais qui tous ne pourront plus s'écarter beaucoup de ce que nous connaissons.

Un foisonnement baroque

Cela dit, il faut bien le reconnaitre, ce que nous connaissons est un ensemble d'une rare complexité. Il s'agit en fait de différents corpus de règles : le corpus des Nations Unies, celui de l'Union Européenne et ceux constitués à titre national par chacun des 27 Etats membres, ceux des Etats non liés par le Protocole de Kyoto, ceux des Etats liés par lui mais qui ne font pas partie de son annexe I, avec pour chacun des définitions spécifiques qui ne correspondent pas nécessairement entre elles, avec aussi différents dispositifs qui s'appliquent pour des durées limitées, elles-mêmes à chaque fois différentes. D'un autre point de vue, ce système normatif peut se décomposer en différents stades qui obéissent chacun à une logique particulière : celle des scientifiques d'un côté, de l'autre, celle des organisations internationales qui n'est pas tout à fait la même que celle des Etats, celle des assujettis européens et, au bout de la chaîne, celle des traders.

D'autre part, ce système est très jeune. Pour l'essentiel les règles qui le constituent ont moins de dix ans. Beaucoup ont été adoptées sur la base de connaissances – scientifiques mais aussi économiques – qui ne sont pas toujours parfaitement assurées : d'où le besoin qu'on éprouve de les perfectionner, voire de les corriger, pour tirer progressivement les leçons de l'expérience acquise. Mais si ces tâtonnements sont naturels et compréhensibles (et fondamentalement sains), le résultat pratique est celui d'une forte instabilité source chez le praticien d'un réel sentiment d'insécurité : les opérateurs ont souvent l'impression très désagréable de marcher sur des sables mouvants.

Eclaircir le maquis

Etant au moins aussi complexe que la législation fiscale par exemple, la réglementation applicable à la finance carbone exige d'être maitrisée par des multi-spécialistes, aussi familiers de chimie organique ou de swaps de quotas que de négociations onusiennes. A défaut de pouvoir s'entourer de ce genre de merles blancs, une entreprise active dans le conseil carbone se doit en tous cas de réunir des équipes pluri disciplinaires de haute qualité. C'est ce qu'a fait – parmi d'autres – Carbonium. Créée il y a cinq ans à l'initiative d'un ancien de la Banque Mondiale, Carbonium anime un réseau qui s'étend du spécialiste de la capture du méthane dans les décharges publiques au fin connaisseur du marché chinois en passant par l'expert en éoliennes rabattables, une autorité africaine en matière de MDP ou encore un trader de carbone parmi les plus reconnus de la place. Opérationnelle depuis plusieurs années, notamment dans l'optimisation de la gestion d'actifs CO2, cette équipe dispose collectivement d'une haute qualité d'information mais surtout, parvient à une compréhension profonde des logiques à l'œuvre dans ce monde si particulier.

Aujourd'hui, le point crucial est le prix du carbone. Au niveau actuel, il est incapable de jouer le rôle qu'on attend de lui, de freiner le réchauffement de la planète. Et en attendant que les choses s'améliorent, la bombe à retardement du changement climatique continue son tic-tac. Il faut donc de toute urgence trouver une solution qui prendra de toute façon du temps à mettre en œuvre. Comment taxer le carbone ? Comment soutenir les prix sur le marché ? Comment abonder le Fonds climat ? A travers ses activités au jour le jour, Carbonium s'efforce – très modestement – d'y contribuer. Et en ce sens, oui, vraiment, la finance carbone est pleine d'avenir.

Avis d'expert proposé par Philippe Coste, Vice-président de Carbonium

Réactions4 réactions à cet article

 

Beaucoup d'avenir pour les financiers du carbone, certainement. Mais pour les industries émettrices, l'avenir est de se délocaliser plus vite encore des pays qui "donnent l'exemple" comme l'UE, pour aller vite fait émettre dans des pays qui n'ont pas institué cette finance. De surcroît, nos intellectuels financiers du carbone ont construit les moyens de se faire enfumer avec les MDP qui accélèrent le processus.
Bien joué Monsieur l'expert trader de carbone.

Albatros | 15 janvier 2013 à 10h56
 
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Je cite la conclusion de cet intéressant "Avis d'expert" ! : Et en ce sens, oui, vraiment, la finance carbone est pleine d'avenir.
La logique (marchande ou financière ?) voudrait alors que tous s'emploient à accroitre la production de CO2.
Suis-je le seul à ressentir cela comme un paradoxe ?

Jean-Claude Herrenschmidt | 15 janvier 2013 à 11h19
 
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Il est vrai que le MDP est - ou a été, c'est selon - le seul mécanisme financier qui a permis un transfert Nord Sud de plus de 4 milliards d'Euros par an pour réduire les émissions de GES dans les pays du Sud. Reste à trouver d'autres pistes. Ce n'est malheureusement pas l'APD qui permettra d'accroître les transferts d'un tel montant... les idées innovantes sont les bienvenues.

Gregory Mund | 16 janvier 2013 à 17h04
 
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que faire des entreprises qui se sont appuyées sur le crédit carbone comme bionersis et qui sont en quasi faillite maintenant alors qu'elles apportaient une solution partielle?

Le système de taxe carbone livré à la loi du marché ne pouvait que s'écrouler car ce sont ceux là même qui polluent qui le gèrent via l'offre et la demande. Seuls les bons élèvent jouent le jeu et les "payeurs" eh bien ne payent pas comme la chine par exemple.

Que compte faire l'europe pour les situations d'urgence telles que celle de bionersis qu'elle a créée avec ses directives à 2 balles, cette société s'étant appuyé sur la parole des élus....

lolo32 | 05 février 2013 à 14h48
 
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