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“Certaines offres d'autoconsommation brident le développement du photovoltaïque”

L'association Hespul n'est pas favorable à l'autoconsommation pure et lui préfère l'autoproduction. La nuance ? La première vise à répondre seulement à des besoins individuels, alors que la deuxième vise une approche collective et décentralisée.

Interview  |  Energie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°359 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°359
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“Certaines offres d'autoconsommation brident le développement du photovoltaïque”
Mélodie de l'Epine
Coordinatrice du pôle photovoltaïque d'Hespul
   

Actu Environnement : Vous défendez un point de vue assez particulier sur l'autoconsommation…

Mélodie de l'Epine : Notre objectif est d'aboutir à une filière photovoltaïque pérenne, en recherchant le moindre coût global, pour qu'il n'y ait pas de perdants. Le photovoltaïque, par ses nombreuses qualités, peut contribuer de manière importante à la transition énergétique. Et, contrairement à d'autres sources d'énergie, il permet de mobiliser de l'investissement diffus. Tout le monde peut et doit participer à la transition énergétique.

Notre objectif est de développer un réseau de producteurs résilient et décentralisé. Nous défendons une approche plus collective de l'autoconsommation (on parle d'ailleurs plutôt d'autoproduction), où le surplus réalisé par l'autoproducteur va être consommé par le voisin. Il y a ainsi une mutualisation de la production sur le territoire.

Le gisement photovoltaïque diffus, sur les toitures résidentielles et tertiaires, est très important et pourrait contribuer pour moitié aux objectifs de développement du photovoltaïque. Pourtant, depuis le moratoire de 2010 sur le tarif d'achat, le seul secteur qui a poursuivi son développement est celui des grandes centrales au sol… D'autres pays ont fait des choix différents. L'Allemagne, par exemple, s'est appuyée sur les agriculteurs pour accroître le parc photovoltaïque avec des installations de moyenne puissance.

AE : Les offres destinées aux particuliers proposent de plus en plus une autoconsommation totale. Qu'en pensez-vous ?

ME : Ces offres ont tendance à brider artificiellement les installations et ne permettent pas d'exploiter correctement le gisement photovoltaïque. Elles sont très différentes selon les acteurs qui les portent. Les installateurs indépendants tendent à répondre à une demande des particuliers, séduits par l'idée d'autoconsommer. Ils proposent généralement des petites installations, de 1 à 2 kWc. Or, sur une toiture en résidentiel, on peut facilement développer jusqu'à 3 kWc. Il y a donc une perte de gisement potentiel. Il faudrait que ces installateurs soient mieux formés et puissent présenter une offre de qualité. Les fournisseurs, quant à eux, vendent des kits en vue d'une autoconsommation totale. Là, le discours est parfois malhonnête car, sur des installations de 3 kWc dans le résidentiel, 100% d'autoconsommation est surréaliste. Cela peut pousser les particuliers à augmenter leurs consommations électriques ou à les déplacer pour mieux utiliser leur production photovoltaïque. Par exemple, le chauffage du cumulus peut être déplacé dans la journée alors que, jusque-là, il rendait un service réseau en absorbant le surplus de production nucléaire la nuit. Enfin, il y a des démarcheurs complètement malhonnêtes qui vendent des installations sur des puissances de 3 à 5 kWc à des coûts importants.

AE : Quels mécanismes incitatifs faut-il mettre en place selon vous pour développer des installations bien dimensionnées ?

ME : L'objectif est que le photovoltaïque se rémunère sur la consommation évitée. Si l'on veut mobiliser les toitures résidentielles et tertiaires, il faut dans l'idéal que la part autoconsommée rémunère les coûts de l'installation et que la vente du surplus prenne en charge les coûts de réseau… Aujourd'hui, le prix de production du kilowatt heure photovoltaïque a beaucoup baissé, il est donc facile d'atteindre une rentabilité sur quinze ans, en autoconsommant une partie et en vendant le surplus.

Un tarif d'achat au surplus de 6 c€/kWc permet par exemple de couvrir les frais de mise en service, d'accès au réseau et d'offrir une petite marge au producteur, pour une installation de 3 kWc, avec 30% de production autoconsommée et 2.000 kWc en surplus. De plus, ce niveau de tarif incite à réduire sa consommation pour vendre davantage de surplus.

AE : Et dans le tertiaire ou le collectif ?

ME : Dans le tertiaire, l'autoconsommation totale peut déjà être rentable et représenter une bonne décision économique. L'idéal, c'est une installation sur un local de stockage avec production de froid. L'autoconsommation collective est également un sujet à creuser, car cela ne bride pas les installations. Par exemple, dans une collectivité qui compte plusieurs sites de production (crèche, école…) et de consommation. Certains pays autorisent également l'autoconsommation dans une copropriété, avec un comptage virtuel qui répartit la production entre différents logements. Mais il reste des barrières juridiques à lever en France pour déployer ces modèles.

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