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“Nous sommes à un tournant de l'histoire du photovoltaïque”

L'entreprise allemande SMA est, depuis près de trente ans, présente sur le marché du photovoltaïque. Avec 15GW de capacité de production, ce fabricant d'onduleurs est désormais implanté en Asie et sur le continent américain. Le président de SMA France nous livre sa perception du marché mondial.

Interview  |  Energie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
Environnement & Technique N°331 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°331
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“Nous sommes à un tournant de l'histoire du photovoltaïque”
Pierre Genin
Président de SMA France
   

Actu-Environnement : Le marché du photovoltaïque connaît de nombreux bouleversements. Où en est-on ?

Pierre Genin : Au plan mondial, le marché photovoltaïque est toujours en croissance très forte, avec une évolution du chiffre d'affaires supérieure à 10-20% par an. Dans les années à venir, la croissance devrait être du même ordre. Mais les évolutions sont très variables selon les continents et les pays.

En effet, l'ensemble du marché mondial est basé sur des aides publiques. Il est donc soumis à la mise en place, à l'évolution ou à la suppression de ces soutiens. Dans la décennie 2000-2010, il y a eu un boom énorme car de nombreux pays ont mis en place des dispositifs de soutien. En France par exemple, l'idée de tarif d'achat est apparue en 2006. Conséquence : un marché florissant. SMA a doublé son chiffre d'affaires en un an à la fin de cette décennie.

Actuellement, on vit plusieurs phénomènes. Il y a une forte baisse des prix des systèmes photovoltaïques et donc, parallèlement, des aides qui paraissent moins nécessaires. Mais selon que la baisse des aides est contenue ou brutale, les effets sont plus ou moins bénéfiques pour le marché. En Allemagne par exemple, la baisse a été contenue, donc le marché a continué à bien se porter. En revanche, en France, depuis 2010, la baisse des tarifs d'achat a été plus forte que la baisse des prix des systèmes photovoltaïques, ce qui a engendré des impacts importants sur le marché national.

AE : Parallèlement, d'autres marchés explosent…

PG : En effet, on continue à voir des pays qui mettent en place des soutiens au photovoltaïque, notamment en Asie, où les marchés connaissent une forte croissance. C'est le cas au Japon qui, après la catastrophe de Fukushima, a décidé de relancer sa politique en faveur du photovoltaïque, mais aussi de la Chine. Cette dernière est devenue le premier marché mondial, avec une progression du photovoltaïque qui se compte en gigawatts chaque année ! L'ambition de la Chine est énorme. Certains observateurs avancent des objectifs de 10 à 12 GW par an, ce qui représente le tiers du marché mondial.

On a donc des pays où les marchés explosent et d'autres où ils sont en forte régression. C'est le cas des marchés allemands et italiens qui, pourtant, étaient jusque-là leaders du marché mondial. Il y a un véritable transfert géographique des marchés, de l'Europe, qui représentait 80% du marché mondial, vers l'Asie et les Etats-Unis.

AE : Comment fait une entreprise comme SMA pour s'adapter à ces fortes évolutions ?

PG : SMA est une entreprise allemande et, jusqu'il y a deux ans, l'Allemagne représentait 50% du marché mondial. Nous étions donc dans une position très forte. Mais nous avions conscience que cette situation n'était pas durable car le marché allemand n'est pas infini et le pays ne bénéficie pas d'un ensoleillement maximum !

Nous nous sommes donc positionnés sur une échelle internationale, avec plusieurs filiales qui nous permettent de détecter très vite les marchés porteurs et de développer des produits qui correspondent à ces marchés. C'est une organisation nécessaire pour pouvoir y accéder. Près de 1.000 personnes travaillent à la R&D chez SMA, sur l'évolution des systèmes photovoltaïques mais aussi sur l'adaptation des produits aux marchés émergents. Le Japon, par exemple, est très protectionniste. Nous devons retravailler nos produits pour qu'ils correspondent aux normes réglementaires.

En Europe, notre activité commerciale a fortement diminué et de manière très rapide. Par exemple, le marché allemand a baissé de moitié en un an. Cependant, l'essentiel de la production et de la R&D de SMA est basée en Allemagne et alimente les autres marchés.

AE : On a plutôt tendance à dire que c'est le marché asiatique qui abreuve le marché européen dans le solaire…

PG : Nous sommes sur un produit, les onduleurs, qui est complexe et nécessite un service tout au long de la durée de vie de l'installation. Ce qui constitue un frein à l'arrivée de produits low cost. En 2012, nous avons cependant racheté la société chinoise Zeversolar pour mieux nous positionner sur les marchés low cost. En effet, en Chine par exemple, il est difficile de pénétrer le marché et d'être compétitif sans production locale.

AE : L'avenir du secteur se situe donc hors Europe ?

PG : Au niveau mondial, le marché devrait poursuivre sa croissance à deux chiffres. Mais pendant quatre à cinq ans, le temps que le photovoltaïque atteigne la parité réseau, cette énergie aura besoin de soutiens publics. Quand on aura franchi ce cap, le marché sera relativement mature, la parité réseau sera atteinte dans les bâtiments, on pourra donc se passer de toute aide à l'investissement dans un système photovoltaïque. Nous sommes donc très optimistes pour la suite.

Pour le marché français, l'avenir est plus difficile à prévoir, même à très court terme ! On attend la loi sur la transition énergétique. Pour l'instant, le discours est très favorable. Philippe Martin a parlé de 800 MW par an. On s'accroche à ça ! Mais sans feuille de route, difficile de se projeter. D'autant que, même si tous les experts s'accordent pour dire qu'il va augmenter de 5% par an, pour l'heure, nous ne savons pas comment va évoluer le prix de l'électricité. Les prévisions tablent sur une parité réseau dans le sud de la France en 2016-2017, donc à l'horizon, le ciel est bleu. A moyen terme, nous sommes convaincus que le potentiel et le marché seront importants. C'est pourquoi les entreprises continuent à être présentes et à investir sur le marché français. Mais ce qui est difficile, c'est le très court terme.

AE : Le ministre de l'Ecologie a annoncé une concertation sur les dispositifs de soutien. Quelles sont vos attentes ?

PG : Le tarif d'achat est arrivé à bout de souffle, nous en sommes conscients. Financer sur vingt ans le photovoltaïque en pesant sur la CSPE, ce n'est plus possible. C'était utile auparavant, mais désormais, le prix des systèmes a baissé, et la parité réseau est proche. Il faut aider autrement la filière, avec d'autres mécanismes, d'autres objectifs. Nous sommes à un tournant de l'histoire du photovoltaïque.

Philippe Martin a annoncé une réflexion sur l'autoconsommation, c'est plutôt positif. Mais cela doit arriver avant la loi sur la transition énergétique, qui est attendue fin 2014. Dans la profession, nous travaillons déjà sur différents scénarios pour développer l'autoconsommation. L'une des orientations est la régionalisation de la compétence énergie. Comme le font déjà les régions Aquitaine et Poitou-Charente, il s'agirait d'utiliser le Fonds européen de développement régional (Feder) pour appuyer le développement des énergies renouvelables. Il faut soit des aides à l'investissement au départ, qui ne grèvent pas les budgets publics pendant vingt ans, soit des aides en fonction des prévisions de l'atteinte de la parité réseau.

Réactions2 réactions à cet article

 

Bonne interview de PG !

''...réflexion sur l'autoconsommation, c'est plutôt positif. Mais cela doit arriver avant la loi sur la transition énergétique, qui est attendue fin 2014.'' --> Faut donc y regarder de près et ASAP, puisque AVANT avril 2014!

Et comme je disais dans un commentaire à un article A-E du 6/11:
Auto-consommation au niveau d'un îlot autour du bâtiment producteur !
Voilà qui pourrait être un bon plan: un grand toit bien orienté au milieu d'un ensemble d'utilisateurs individuels et/ou tertiaires, par ex des toits d'une grande surface ou grand bâtiment, en ville ou à proximité.
Auto-consommation du bâtiment producteur d'une part, et injections dans le réseau pour le bénéfice des proches voisins. Faudrait mettre au point un système permettant de vendre les kWhs à ces voisins....
Une ID à explorer !
A+ Salutations
Guydegif(91)

Guydegif(91) | 12 novembre 2013 à 08h21
 
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Monsieur Genin peut-il nous faire part du temps de retour carbone de ses produits pour installation en France ?
A ne pas confondre avec le temps de retour financier, ni avec le temps de retour énergie.
Bien sûr l'objet est de comparer ce temps de retour avec la garantie.

VD69 | 14 novembre 2013 à 11h59
 
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