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Gestion quantitative de l'eau : le plan d'actions du Gouvernement pour faire face aux tensions

Les ministres de la transition écologique et de l'agriculture ont présenté ce matin leur plan pour faire face aux épisodes de stress hydrique. Il préconise notamment le développement d'une agriculture économe en eau et la mise en place de retenues.

Eau  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°373 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°373
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"Alors qu'un important épisode de sécheresse touche de nombreux départements, le Gouvernement veut apporter des solutions pour résorber durablement les situations de tension hydrique et associer pleinement les territoires à la politique de gestion de l'eau", indiquent dans un communiqué de presse commun, Nicolas Hulot, ministre d'Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire, et Stéphane Travert, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation. Ces derniers ont présenté ce matin en Conseil des ministres leur plan d'actions sur la gestion quantitative de l'eau.

De nombreux départements doivent en effet faire face à une situation tendue concernant leur ressource : selon le site Propluvia, 82 territoires sur 96 ont dû mettre en place des mesures allant de réduction des prélèvements d'eau pour certains usages (par exemple agricoles, arrosage des espaces verts, nettoyage des voitures, etc.) jusqu'à l'arrêt de ces derniers (pour trente d'entre eux). Dans des situations de pénurie d'eau, le code de l'environnement donne en effet une priorité aux besoins pour des enjeux de santé, de sécurité civile, d'approvisionnement en eau potable et de préservation des écosystèmes aquatiques. Au total, 205 arrêtés de restriction d'eau afin de préserver ces usages ont été pris. La situation la  plus critique est observée dans l'ouest de la France.

Plusieurs indicateurs étaient dans le rouge. Météo France alertait déjà en juin dernier sur la sécheresse superficielle des sols liée au déficit pluviométrique des derniers mois. Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) indiquait en juillet que deux tiers des nappes phréatiques (74%) affichent un niveau modérément bas à très bas. "Cette situation, assez dégradée, est la conséquence du déficit de recharge hivernale de cette année", expliquait alors l'établissement public. Seuls quelques secteurs affichaient des niveaux autour de la moyenne par exemple, au sud du Bassin parisien et sur le secteur de Nîmes et Montpellier.

Deux axes principaux : sobriété des usages et recours à des solutions locales

"Cette situation exceptionnelle pourrait devenir commune à partir de 2050 en raison du dérèglement climatique, notent les deux ministres. Aussi, au-delà des mesures de restriction en périodes de crise, la politique de gestion de l'eau doit prendre en compte les changements de long terme pour préserver durablement les ressources naturelles, notamment pendant la saison des basses eaux". Pour cela, ils souhaitent mettre en place deux axes d'actions : d'un coté, encourager la sobriété des usages et réguler en amont la ressource, de l'autre permettre à des solutions adaptées aux besoins et aux contextes locaux d'émerger.

Pour réduire la consommation de l'eau potable, les deux ministères envisagent plusieurs pistes. Ils proposent tout d'abord des mesures plutôt consensuelles : un soutien et une valorisation de la recherche d'organismes scientifiques ainsi que de pôles de compétitivité hydrique, le lancement de campagnes de sensibilisation aux économies d'eau en direction des citoyens, des entreprises ainsi que des administrations et des services publics. Ils ont également assuré poursuivre leurs investissements pour réduire les fuites dans les canalisations avec les collectivités.

Mais les deux ministres ont également présenté des pistes d'actions plus polémiques. Ils ont ainsi indiqué qu'ils favoriseraient la réutilisation des eaux usées traitées, "quand cela est pertinent".

Cette pratique en France suscite à la fois l'intérêt d'acteurs du marché de l'eau et de certains départements (comme la Vendée), la prudence des agences régionales de santé et une faible acceptabilité sociale.

Reste à voir désormais les mesures qui seront prises concrètement par le Gouvernement. Auditionné par la Commission des affaires économiques du Sénat en juillet dernier Nicolas Hulot avait noté à propos du plan d'action : "Il faut s'éloigner de certaines situations aberrantes, notamment en matière d'utilisation des eaux usées. Dans le cadre de mes anciennes fonctions, il m'avait, par exemple, été interdit d'installer un réseau d'eau de pluie pour alimenter les toilettes d'une école du Morbihan".

Réaliser des projets de stockage hivernal de l'eau

Les deux ministres ont également proposé une autre mesure sujette à débat, en tentant de satisfaire l'ensemble des protagonistes : ils veulent ainsi à la fois encourager une agriculture moins consommatrice d'eau (notamment grâce à de l'assolement et une amélioration des solutions d'irrigation) et ne pas fermer la porte à des projets de retenues d'eau agricole "là où c'est utile et durable". "Certains secteurs connaissent une utilisation importante d'eau dont la justification varie parfois, a souligné Nicolas Hulot lors de son audition au Sénat. La possibilité d'en stocker doit se faire dans le cadre d'une utilisation rationnelle de la ressource".

La création de solution de réserve d'eau est une demande de longue date de certains acteurs du monde agricole comme la FNSEA ou Irrigants de France. Le financement de ces dernières avait été gelé par Delphine Batho, alors ministre de l'Ecologie avant d'être rétabli en octobre 2013 par son successeur Philippe Martin. Un rapport de la délégation à la prospective du Sénat publié en juin dernier préconisait également la mise en place de tels ouvrages. "S'interdire de créer de nouvelles réserves est contraire à toute l'histoire de l'humanité quand elle est confrontée au risque de pénurie", considérait-il.

Une étude menée par l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) pointait quant à elle en 2011 que la création des réservoirs artificiels ''d[evai]t être traitée avec la plus grande prudence en fonction du contexte hydrographique local. (…) Les périodes de crues font partie du fonctionnement normal du réseau hydrographique et même si celles-ci peuvent être avantageusement régulées, on ne peut pas considérer que toute l'eau qui retourne à la mer peut être stockée''. L'institut soulignait également que cette option augmentait la demande et retardait la recherche de solutions alternatives.

Différentes structures et associations environnementales argumentent également sur la nécessité de modifier le modèle agricole. ''Pour une année comme celle que nous vivons actuellement, ce système [de réservoirs de stockage] n'est pas viable : comme les précipitations ont été faibles, ces réservoirs n'auraient pas été remplis, avait noté Lorraine Levieuge, chargée de mission eau pour FNE interviewé par Actu-environnement. Il faut que chacun fasse des efforts pour s'adapter aux conditions climatiques actuelles''.

Elaborer un deuxième Plan national d'adaptation au changement climatique

Le second axe du plan de gestion de l'eau décline des actions pour faire émerger des solutions locales. Les ministres comptent ainsi sur l'élaboration un deuxième plan national d'adaptation au changement climatique d'ici fin 2017 pour ajuster les réponses proposées aux différents enjeux. Ils prévoient pour initier des projets de territoires intégrant les besoins locaux en eau de mobiliser des préfets coordonnateurs de bassin. Ils souhaitent également soutenir le déploiement du plan d'actions eau et assainissement en outre-mer.

Autre mesure qui devrait susciter de l'espoir pour certaines collectivités locales : le plan envisage un accompagnement de la préservation de l'eau et des milieux aquatiques, ''notamment via les Agences de l'eau''.

Enfin, les deux ministres ont annoncé la mise en place une cellule d'expertise qui se concentrera plus particulièrement sur la gestion de la ressource en eau en agriculture. ''D'ici le 31 octobre, la cellule d'expertise examinera les cas de tous les projets de territoires en cours pour voir s'il est possible d'accélérer leur réalisation, et rendra compte aux ministres des conséquences à tirer de cet exercice'', précisent-ils.

Réactions1 réaction à cet article

 

Je trouve "pas du tout mauvais" l'arbitrage du Gouvernement, qui transparaît à la lecture de cet article. Un deuxième plan national d'adaptation au changement climatique d'ici fin 2017 devrait même préciser "les réponses proposées aux différents enjeux" - O, qu'en termes galants...

"Petite Bête", qu'en pensez-vous?

Euplectes

Euplectes | 11 août 2017 à 19h08
 
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