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Plan climat de Nicolas Hulot : les acteurs attendent du concret

Les associations environnementales et les élus politiques sont mitigés après l'annonce du plan climat du ministre de la Transition écologique et réclament des actions concrètes. Les industriels comptent sur le soutien du gouvernement.

Gouvernance  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com

Le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot a présenté le 6 juillet le très attendu et ambitieux Plan climat de la France à l'horizon 2040. Fin des ventes de voitures essence et diesel à cette échéance, éradication dans dix ans des logements privés "passoires thermiques" ou encore sortie de la production d'hydrocarbures en 2040 et neutralité carbone à l'horizon 2050Les premières réactions contrastées voire sévères à cette feuille de route ont fusé.

Pas d'annonces "très concrètes" et des reculs pour les ONG

Les ONG environnementales et les élus n'ont pas manqué de regretter un manque de précision sur les moyens alloués pour parvenir à ces objectifs. Nicolas Hulot l'a pourtant déclaré lui-même : ce plan climat "n'est pas une fin en soi", mais une "colonne vertébrale à laquelle on pourra ajouter des vertèbres", un "cap" appelé à être décliné en plan d'actions tout au long du quinquennat.

"Pour l'essentiel, ce plan climat se contente surtout d'identifier les chantiers prioritaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre mais il renvoie les mesures concrètes à des concertations ultérieures comme les Etats Généraux de l'agriculture et de l'alimentation ou encore le projet de loi de finances pour 2018", déplore toutefois Simon Coquillaud du Réseau Action Climat (RAC). "Nous restons sur notre faim quant à la manière d'atteindre les objectifs et tenir les promesses parfois ambitieuses : c'est le cas sur la voiture, sur le développement des renouvelables et sur la baisse du nucléaire", ajoute Cyrille Cormier de Greenpeace France.

Les ONG dénoncent en effet "le nucléaire et les financements climat, grands absents" dans ce plan. "Celui-ci passe totalement sous silence la nécessaire fermeture des centrales nucléaires, indispensable à l'atteinte des objectifs de la loi de transition énergétique pour laisser la place aux énergies renouvelables", estime le RAC. Le ministre a pourtant réaffirmé la réduction "mécanique" de la part du nucléaire à 50% d'ici 2025, comme le prévoit la loi. "La baisse de la part du nucléaire ne sera pas "mécanique" telle qu'annoncée par le ministre. C'est aux pouvoirs publics de décider dès maintenant des réacteurs à fermer, sans quoi la politique énergétique restera aux mains d'entreprises privées comme EDF", pointe le RAC.Un avis partagé par Greenpeace : "le cœur du problème reste la marge de manœuvre du ministre de l'Environnement par rapport à l'avenir industriel d'EDF.”

Le RAC, Oxfam, Attac, le WWF ainsi que la Fondation pour la nature et l'homme (FNH créée par Nicolas Hulot) dénoncent aussi "l'impasse" sur la question d'une taxe européenne sur les transactions financières (TTF), annoncée pourtant début juin par le Président Emmanuel Macron pour aider les pays les plus vulnérables à lutter contre les changements climatiques et leurs impacts. "Si Emmanuel Macron veut être un véritable leader dans la lutte contre les dérèglements climatiques, il doit cesser son opération de greenwashing et s'affranchir du lobby de la finance pour faire enfin pencher la balance du côté des citoyens et de la planète", déclare Armelle Le Comte, porte-parole d'Oxfam France. La TTF pourrait rapporter "jusqu'à 35 milliards d'euros par an si elle était appliquée à l'ensemble de l'Union européenne", rappelle Dominique Plihon, porte-parole d'Attac France.

Autre recul pointé par le RAC : le plan climat ne prévoit pas de revoir "radicalement la mauvaise position française sur les puits de carbone. C'est pourtant un marqueur de l'ambition que se donne ou non l'Europe pour respecter l'Accord de Paris."

L'objectif de la fin de la vente de véhicules thermiques d'ici 2040 envoie également "un signal utile mais on aimerait vraiment savoir quelles sont les premières étapes, et comment faire de cette ambition affichée autre chose qu'un énième espoir déçu ?", s'interroge par ailleurs Cyrille Cormier de Greenpeace. Quid également des permis d'exploration d'hydrocarbures déjà accordés ?

Du côté des associations de consommateurs, si la CLCV souligne "la tonalité positive" du plan, elle "ne [partage] pas l'idée selon laquelle la fiscalité du carburant est un bon outil de changement des comportements. La taxe carbone et l'augmentation des taxes sur le diesel auront surtout un impact difficile sur le pouvoir d'achat et nous pensons que ces recettes fiscales ne seront pas utilisées pour réduire la consommation d'énergie. Le rééquilibrage diesel/essence ne doit pas être l'alibi d'une augmentation de plusieurs milliards d'euros des impôts", fustige la CLCV.

 
Les questions du chiffrage financier, du financement et du calendrier de mise en place restent entières et constituent un flou inquiétant quand à la mise en actes de cette feuille de route  
EELV
 

Le "flou" aussi pour les politiques

Les élus politiques de tout bord veulent aussi du concret. Interrogée par le JDD, l'ancienne ministre de l'Ecologie Delphine Batho, députée Nouvelle Gauche des Deux-Sèvres, estime que le plan fixe un cap "stratégique clair avec des mesures réalisables". "Maintenant, mon expérience prouve qu'il ne suffit pas d'annoncer. Il ne suffit pas non plus d'inscrire un texte dans une loi pour qu'un objectif soit atteint. Il faudra donc ensuite des mesures concrètes suite à ses déclarations", tempère-t-elle.

L'ex-ministre de l'Environnement Corinne Lepage pointe également "deux bémols. J'aurais aimé voir davantage la patte de Nicolas Hulot et c'est encore trop flou sur le nucléaire", a-t-elle déclaré au Parisien. Un flou sur le modèle de production d'électricité (remplacement des centrales nucléaires arrivées à terme) que critique aussi Bertrand Pancher, député UDI de la Meuse, qui restera "attentif aux moyens alloués" aux objectifs. M. Pancher regrette aussi que le ministre "n'ait pas suffisamment insisté sur la stabilité fiscale et réglementaire indispensable, notamment dans le domaine du logement, et sur la nécessité de cibler le rôle des acteurs".

Si Europe Ecologie Les Verts se félicite, de son côté, des "ambitions affichées" par le plan, les écologistes attendent aussi du concret. "Les questions du chiffrage financier, du financement et du calendrier de mise en place restent entières et constituent un flou inquiétant quand à la mise en actes de cette feuille de route. Que ce soit sur la réduction de la part du nucléaire, l'objectif de neutralité carbone, la contribution climat-énergie (taxe carbone) ou sur les grands projets inutiles et imposés, aucune modalité concrète n'a été avancée. Pas plus que le montant de la prime pour l'équipement en voitures moins polluantes". L'ex-ministre de l'Environnement Ségolène Royal n'a quant à elle pas commenté ce plan.

"Positif" pour les acteurs des ENR, de l'industrie automobile et de la finance verte soutenus

Du côté des industriels, le syndicat des énergies renouvelables (SER) s'est réjoui des déclarations du ministre qui " répondent aux attentes des acteurs" de la filière. "Dans la continuité des objectifs de la loi de transition énergétique, elles apportent visibilité et stabilité, deux éléments essentiels au déploiement rapide d'un mix énergétique vertueux et à la croissance des filières industrielles", déclare Jean-Louis Bal, président du SER. Nicolas Hulot a confirmé l'objectif de 32% d'énergies renouvelables en 2030, en voulant simplifier le cadre réglementaire. Le syndicat des professionnels de l'énergie solaire, Enerplan, se félicite aussi et "souligne l'importance des équipements solaires thermiques et de production d'électricité pour la réussite de cette transition". La programmation pluriannuelle de l'énergie en révision "doit confirmer une ambition élevée pour les énergies renouvelables et poursuivre les efforts de simplification. Il faut rationaliser le recours aux appels d'offre et les simplifier pour atteindre les objectifs ambitieux fixés aujourd'hui", appelle de ses vœux Daniel Bour, président d'Enerplan.

Selon l'AFP, les constructeurs automobiles déclarent aussi être prêts à relever le défi de la fin des voitures diesel et à essence en France d'ici à 2040 mais comptent sur l'Etat pour soutenir cette mutation, en aidant notamment au déploiement de prises de recharge pour véhicules électriques. "C'est très positif. Les constructeurs français sont déjà dans cette dynamique d'électrification de leurs véhicules", assure François Roudier, le directeur de la communication du Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA).

Ce plan "intègre un volet sur la finance verte. C'est chose faite", salue également Philippe Zaouati, DG de Mirova et président de Finance for Tomorrow, l'initiative de la place de Paris pour la finance verte et durable. "Le gouvernement mentionne les grands chantiers à mener durant le quinquennat : reporting climat, gestion des risques, développement de l'épargne verte grâce aux labels, régulation financière, partenariat public-privé afin de mobiliser les investissements. Il reste désormais à traduire ces objectifs en actions concrètes", ajoute M. Zouati.

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