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Adaptation au changement climatique : le rôle de la biodiversité mis en avant

Le plan d'adaptation de la France 2016-2020, prévu dans la Feuille de route environnementale, mise sur les trames vertes et bleues pour accroître la résilience des territoires. L'atténuation des émissions du secteur agricole est prise en compte.

Gouvernance  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com
Adaptation au changement climatique : le rôle de la biodiversité mis en avant

Le Premier ministre Manuel Valls et la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal ont présenté le 4 février dernier la Feuille de route environnementale 2015 qui prévoit l'élaboration du prochain Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC) 2016-2020 alors que la France, qui accueillera à Paris la Conférence mondiale sur le Climat (COP 21) en décembre, se veut "exemplaire". Le premier Plan d'adaptation français a été présenté en juillet 2011 par le ministère de l'Ecologie, décliné en 84 actions et 230 mesures pour préparer, de 2011 à 2015, la France à faire face et à tirer parti de nouvelles conditions climatiques. "Les coûts pourraient atteindre plusieurs centaines de millions d'euros par an d'ici 2050 pour plusieurs secteurs d'activités en cas d'adaptation insuffisante'', avait prévenu en 2009 l'Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc).

L'adaptation aux sécheresses, la problématique sanitaire, l'aménagement du territoire et la politique forestière sont les "quatre axes majeurs et prioritaires" du plan actuel, avait souligné l'ex-ministre Nathalie Kosciusko-Morizet. Ce premier plan est doté d'un budget de 168 millions d'euros (M€) pour les 5 années contre 171 M€ initialement prévus "suite aux contraintes budgétaires", a précisé le ministère. En janvier 2014, un bilan à mi-parcours a été réalisé par la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC) : 96% des actions prévues avaient été lancées, soit 81% des mesures, résultant notamment d'obligations européennes. Plus de 100 M€ avaient été débloqués fin 2013 (soit 60% du budget).

Ce plan a notamment permis d'intégrer l'élévation du niveau de la mer dans les zonages de risques littoraux, de proposer une méthodologie de définition du risque acceptable face aux aléas climatiques et de procéder à une revue des normes de conception des infrastructures de transport, avait fait valoir le ministère de l'Ecologie. Autres avancées : le renforcement du dispositif de plan canicule et le suivi de l'impact du changement climatique sur la production de pollen, la progression de l'assurance agricole contre les aléas climatiques et la mise en place d'un fonds de mutualisation des risques environnementaux, mais aussi des actions de préservation de la biodiversité et de valorisation des services écosystémiques.

Transition agro-écologique des territoires

L'évaluation finale des mesures est prévue fin 2015. Elle formulera des recommandations pour l'élaboration du prochain plan d'adaptation qui sera publié en 2016, "au regard notamment des orientations du cinquième rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur le climat (Giec)", indique la feuille de route 2015 issue de la Conférence environnementale de novembre dernier. Selon le Giec, variabilité des rendements agricoles, risques d'inondation et de submersion marine, phénomènes accrus de sécheresse et perturbations des régimes pluviaux sont attendus dans les décennies à venir.

Les collectivités territoriales seront incitées à "mieux identifier" dans les plans climat air énergie territoriaux (PCAET) les effets "nets" des secteurs agricole, alimentaire et forestier sur les émissions de gaz à effet de serre (GES), ainsi que les mesures "nécessaires" à une bonne adaptation de l'agriculture et de la forêt aux nouvelles conditions climatiques, afin de préconiser des plans d'actions "appropriés", prévoit la feuille de route. Les collectivités, en concertation avec les organisations professionnelles, pourront s'appuyer notamment sur l'outil ClimAgri de diagnostic des consommations d'énergie et des émissions de GES développé par l'Ademe avec les acteurs agricoles. Le document encourage ainsi les secteurs agricoles et forestiers dans leur contribution à l'atténuation du dérèglement climatique via l'agro-écologie portée par la loi d'avenir de l'agriculture ou le plan Energie Méthanisation Autonomie Azote. L'Ademe a élaboré des scénarios prospectifs avec l'Inra démontrant le potentiel de réduction des émissions du secteur à l'horizon 2030 en France : jusqu'à 30 millions de tonnes équivalent CO2 par an par rapport à l'année 2010.

L'adaptation fondée sur les écosystèmes

Le prochain PNACC prendra "davantage" en compte la problématique de la résilience des villes face aux effets du changement climatique (dont la question de la lutte contre les îlots de chaleur urbains) et plus généralement la résilience des territoires et des activités, "en s'attachant notamment aux impacts sur la biodiversité et sur l'eau", ajoute la feuille de route.

Le plan intégrera les bénéfices que les politiques de conservation de la biodiversité – via la démarche de continuités écologiques Trame verte et bleue - peuvent apporter en matière d'adaptation. "Nous nous félicitons de l'ajout récent des liens climat/biodiversité dans les discussions, les dérèglements climatiques ne pouvant être réduits aux questions énergétiques. La biodiversité nous offre un panel de réponses pour faire face, tant en termes d'atténuation (puits de carbone) que d'adaptation, au réchauffement", a salué Christophe Aubel, directeur de l'association Humanité et Biodiversité qui a défendu cette mesure lors de la Conférence environnementale. L'adaptation fondée sur les écosystèmes, ou EbA (Ecosystem-based Adaptation) consiste à recourir préférentiellement aux infrastructures vertes et aux services écosystémiques pour s'adapter au changement climatique, "plutôt que d'opposer à leurs effets des mesures artificielles : par exemple, utiliser des mangroves plutôt que des digues pour prévenir l'érosion des côtes, des forêts pour prévenir les glissements de terrains", a-t-il expliqué.

La démarche trame verte et bleue est un "axe structurant" d'une politique d'adaptation et de résilience par les écosystèmes, souligne la feuille de route. La "résolution des points noirs et obstacles ponctuels" identifiés par les Schémas régionaux de cohérence écologique sera engagée "rapidement et des appels à projets de restauration seront lancés". Seront également renforcées : la préservation et la restauration des forêts sèches et des peuplements forestiers (essences, sylvicultures…), des mangroves et des récifs coralliens, la lutte contre les pollutions diffuses et les espèces exotiques envahissantes ainsi que la gestion intégrée du trait de côte. M. Aubel s'est également félicité de la prise en compte de la biodiversité dans la stratégie bas carbone et la méthodologie de création d'un label national "carbone forestier".

La France soutiendra aussi la mise en place d'instruments financiers innovants - obligations vertes, ABS (asset back securities) bas carbone (titrisation de prêts verts) - "pour rediriger les capitaux privés vers les investissements bas carbone et en faveur de la biodiversité, et contribuer au financement des mesures d'adaptation au changement climatique", ajoute le document. "Ces mesures sont satisfaisantes mais tout dépend comment elles seront réellement mises en œuvre. Les travaux sur le PNACC ne commenceront qu'après la COP 21", a souligné M. Aubel.

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