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Plan de relance : les fortes attentes des promoteurs de la transition écologique

Jean Castex présente ce jeudi 3 septembre le plan de relance concocté suite à l'effondrement de l'économie lié à la crise sanitaire. Les attentes sont fortes en faveur de la transition écologique alors que 30 Md€ doivent y être consacrés.

Gouvernance  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com

« Comme nous l'avons fait pour la protection et le soutien, nous nous engageons à présent avec force et conviction dans une relance massive de notre économie », a déclaré le Premier ministre le 26 août lors de la Rencontre des entrepreneurs de France organisée par le Medef.

Le plan que Jean Castex doit présenter ce jeudi 3 septembre, avec une semaine de retard pour cause de reprise épidémique en pleine rentrée scolaire, doit mobiliser 100 milliards d'euros (Md€), dont 40 % de contributions européennes. Sur cette enveloppe, 30 Md€ seront consacrés à la transition écologique, avait annoncé le ministre de l'Économie en juillet.

Le chef du Gouvernement a donné quelques pistes devant les patrons français, parmi lesquels le soutien aux transports collectifs du quotidien, la rénovation des quartiers commerciaux des centres-villes ou encore un plan anti-sismique aux Antilles. Aucun allusion en revanche à la filière nucléaire, qui devrait pourtant bénéficier aussi de soutiens. Pour mettre en œuvre le plan, le locataire de Matignon a annoncé des mesures de simplification portant notamment sur le droit du travail, le droit de la commande publique et le droit de l'urbanisme.

Des milliards, pour quoi faire ?

« Reste la question du projet : des milliards, pour quoi faire ? Quelle place occupe la transition écologique dans ces plans de relance ? Malgré les déclarations, rien n'est plus flou », estiment Nicolas Hulot et Alain Grandjean, président de FNH. « Le moment doit conduire le Gouvernement (…) à ne pas brandir la croissance comme un totem là où on sait que les limites planétaires contredisent les objectifs d'une croissance infinie ». La Fondation de l'ancien ministre de la Transition écologique et solidaire estime que cinq conditions cumulatives doivent être réunies pour que le plan soit une réussite : pérenniser les sommes investies dans la transition écologique au-delà de 2023, ne rien investir dans les activités nocives pour l'environnement, instaurer des contreparties à la baisse des impôts de production, mettre les moyens sur la formation, et donner au Haut Conseil pour le climat une mission de contrôle du plan.

 
Ne pas brandir la croissance comme un totem là où on sait que les limites planétaires contredisent les objectifs d'une croissance infinie.  
Nicolas Hulot
 
Le Réseau Action Cimat (RAC), quant à lui, a publié fin juillet ses propositions pour un plan de relance et un projet de loi de finances compatibles avec l'urgence climatique et sociale. Pour le réseau, ce plan doit répondre à trois principes : accélérer la baisse des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, allouer au moins 50 % des fonds à la transition écologique juste et appliquer le principe « do no harm ». Un principe, mis en avant par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen dans le plan de relance européen, qui vise à exclure du soutien les secteurs néfastes pour le climat et l'environnement.

Pour le RAC, l'enveloppe de 30 Md€ est insuffisante. Il chiffre les besoins à 43,4 Md€ pour les deux années à venir, selon la répartition suivante : 13,4 Md€ pour les transports, 8 Md€ pour la rénovation des bâtiments, 6 Md€ pour les énergies renouvelables et 5 Md€ pour l'industrie, mais aussi 15,8 Md€ pour la transition juste.

Pour le député Matthieu Orphelin, le montant annoncé pour le plan est également trop faible. C'est « un rattrapage bienvenu après trois années au ralenti », mais « en aucun cas suffisant pour pouvoir assurer le nécessaire changement d'échelle dans les politiques climat ». Le plan sera-t-il compatible avec l'objectif de neutralité carbone à horizon 2050 ? Difficile à dire en l'absence d'une évaluation ex-ante de l'impact du plan sur le climat et la biodiversité, déplore l'élu. « Cela permettrait d'apporter une réponse à une question simple : quelle baisse des émissions de gaz à effet de serre, à court, moyen et long termes, permettra concrètement le plan de relance ?, ajoute le co-président du groupe Écologie Démocratie Solidarité (EDS).

Mettre en place un bonus-malus social et écologique

L'annonce par Jean Castex d'une baisse des impôts de production à hauteur de 10 Md€ par an suscite aussi une vive réaction d'Oxfam, qui craint qu'elle ne favorise les gros acteurs notamment dans les secteurs polluants. « La baisse profitera à des Biocoop comme à des Total. Pire, les secteurs qui devraient le plus profiter de la baisse sont les secteurs les plus polluants comme les hydrocarbures ou la finance », s'indigne Quentin Parrinello, porte-parole de l'ONG. Cette dernière appelle à la mise en place d'un bonus-malus social et écologique. Un dispositif réclamé par les 400 000 entrepreneurs du mouvement « Nous sommes demain » qui se sont réunis en université d'été les 27 et 28 août en écho à la rencontre du Medef.

Au-delà du contenu même du plan, les modalités de sa mise en œuvre se révèle stratégique. « Le détail des plans et les modalités de mise en œuvre vont être absolument cruciaux », estime Sébastien Treyer, directeur général de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). « Par exemple, en matière de rénovation énergétique du bâtiment, pourra-t-on mettre en place les mécanismes de garantie de la performance énergétique ? (…) En matière agroalimentaire, les plans pour le développement des protéines végétales ou l'appui à la reconversion dans l'élevage (…) seront-ils cohérents avec les orientations claires données par la stratégie nationale bas-carbone (SNBC) dans ces secteurs, et confirmées par la Convention citoyenne pour le climat, ou serviront-ils à reconsolider les secteurs existants sans engager la transformation ? », interroge le directeur du think-tank. Ce dernier insiste sur la nécessité d'une bonne articulation du plan français avec ceux de l'Allemagne et de l'Union européenne.

En tout état de cause, pour Quentin Parrinello, « il faut tirer les leçons de 2008 où nous avons relancé sans imposer aucune conditionnalité ». « Au cours des dix dernières années, les grandes entreprises ont perdu de vue la vision de long terme et ont fait des choix stratégiques qui ont aggravé les inégalités en leur sein et creusé le déficit climatique », pointe le représentant d'Oxfam.

« L'automne 2020 sera un moment de vérité. Au Gouvernement de démontrer point par point son ambition écologique et sociale », résument Nicolas Hulot et Alain Grandjean.

Réactions2 réactions à cet article

 

Reconversion des éleveurs ayant enfin compris le concept de sentience animale, OUI. Reconversion dans l'élevage même extensif NON. Libérons les prairies au bénéfice des bioculteurs et de la permaculture et des consommateurs et de leurs descendants.

Plus généralement : quand cessera-t-on de produire non éthique et non-envirodefendable ? .

Anecdotiquement pour la route. C'est un des prédécesseurs de notre (vieux) nouveau commissaire au plan (très concerné par l'environnement) qui avait écrit "La démocratie malade du mensonge", un excellent petit ouvrage pas assez connu et promotionné

Sagecol | 03 septembre 2020 à 09h04
 
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Je suis tout à fait pour une culture raisonnée sans être stupide, mais ça impacte une moindre production et plus coûteuse.
Un exemple hier, de la tomate industrielle à 77 cmes et de la coeur de boeuf identique à ce que j'ai dans mon jardin sur brf à 2,20 € le kg..Mais c'est perdre notre indépendance alimentaire, 2/3 kg par pied.
Notre pays n'est pas fait pour plus d'habitants et c'est une guerre larvée qu'on se doit d'assumer, soit on protège notre pays pour vivre heureux, dans le calme, soit on bouffe de la ---! industrielle polluée à tout les produits chimiques de la terre et les cancers qui conviennent.

pemmore | 03 septembre 2020 à 11h47
 
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