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Un Plan Marshall pour sauver la planète ?

Comment associer les pays en développement à la lutte contre le changement climatique sans entamer leur aspiration à la croissance ? Selon une étude récemment diffusée par les Nations unies, la transformation structurelle qu'implique la « décarbonisation » nécessitera un niveau de soutien international et de solidarité rarement réuni en dehors des temps de guerre.

Décryptage  |  Gouvernance  |    |  Agnès Sinaï Actu-Environnement.com
   
Un Plan Marshall pour sauver la planète ?
© Dragan Trifunovic
   
Alors que l'Union européenne va annoncer dans les jours prochains le montant de son aide aux pays pauvres dans la lutte contre le changement climatique, une étude des Nations unies diffusée le 1er septembre a dévoilé l'ampleur des investissements nécessaires. 500 milliards de dollars par an, soit un pour cent du PIB mondial, devraient être mobilisés pour financer ce qui s'apparente à rien moins que l'équivalent d'un Plan Marshall de transformation du système énergétique mondial. Selon cette Etude sur la situation économique et sociale dans le monde 20091, pour que le charbon et le pétrole ne représentent plus que 20% dans le budget énergétique mondial, il faudra multiplier par dix l'offre actuelle d'énergies renouvelables d'ici à 2100, et systématiser l'efficacité énergétique.

Actuellement, le nombre de personnes privées de l'accès à l'énergie varie de 1,6 à 2 milliards, essentiellement dans les zones rurales. Dans un avenir prévisible, les pays en développement vont devoir subventionner l'énergie au profit de leurs classes à revenu moyen et plus faible afin de rendre ces services abordables. La fourniture de ces services en énergie à ces groupes de la population coûtera 25 milliards de dollars par an au cours des 20 prochaines années. Cependant, la production de plus grandes quantités d'énergie propre demandera de considérables investissements, de 10.000 à 20.000 milliards de dollars d'ici à 2030, estime l'étude de l'ONU. Parce que les coûts et les risques initiaux pourraient décourager les investisseurs privés, le secteur public devra assumer un rôle prépondérant, du moins durant les premières phases de développement. Il faut concevoir cette mobilisation des ressources à grande échelle non pas comment un plan ad hoc de plus pour le climat, mais comme un système international de soutien à une croissance à faible émission et de protection du climat.

Diffusé le 7 septembre, le rapport 2009 de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED)2 va dans le même sens : l'atténuation des changements climatiques ne s'oppose pas aux objectifs de développement. Il faut au contraire l'appréhender comme un processus de transformations structurelles dans le monde entier qui offre de considérables possibilités économiques. De fait, les technologies sans incidences sur le climat, le matériel et les appareils à faible intensité de carbone, les modes de consommation plus durables contribueront à relancer de nouvelles politiques industrielles. Les pays en développement participeront aux marchés de biens environnementaux. Ils intégreront les chaînes internationales de production, à l'image de ce qu'un grand nombre d'entre eux ont fait avec succès dans d'autres secteurs de l'industrie manufacturière. Ils contribueront eux-mêmes à l'innovation dans le domaine de la protection du climat et dans celui de la production de systèmes adaptés aux situations locales.

Les technologies de protection du climat sont des biens publics

La contribution des marchés financiers au bien être socio-économique est très discutable, constate en un euphémisme la CNUCED, qui prône un nouveau régime réglementaire qui fasse un tri impitoyable entre les services financiers centrés sur les investissements productifs et les paris ou jeux à somme nulle. A fortiori, le financement des technologies favorables au climat ne saurait être confié aux seuls mécanismes de marché. L'importance des technologies à faible intensité de carbone en tant que bien public et l'urgence de réduire les émissions de GES exigent une intervention directe des pouvoirs publics par le biais de normes d'émission et de réglementation strictes. Une politique dynamique est donc indispensable, notamment par l'octroi de subventions et l'acquisition publique de brevets, pour promouvoir le progrès technologique et accélérer le processus de rattrapage en matière d'investissement. L'expérience montre que les changements technologiques sont souvent plus rapides lorsqu'ils bénéficient de la recherche-développement menée dans les institutions publiques et que le secteur public montre la voie dans l'application pratique des nouvelles technologies. Il faut considérer que l'atténuation des changements climatiques revêt le caractère de bien public mondial. En conséquence, le régime des brevets doit être revu et l'Accord de l'OMC sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (Accord sur les ADPIC) doit être révisé de manière à autoriser la concession de licences obligatoires pour la production de matériels et de biens incorporant des technologies sans incidences sur le climat, à l'image des exemptions appliquées à certains médicaments pour des motifs de la santé publique.

Il est donc difficilement concevable de s'en remettre au marché carbone comme source principale de financement. Selon un document de travail de la Commission européenne, la contribution de l'UE au financement climatique devrait provenir de différentes sources, puisées dans le schéma européen d'échange de quotas (SCEQE) et dans des « sources innovantes ». La Commission estime que le SCEQE apporterait 15 à 40 milliards d'euros par an à partir de 2013, en fonction du développement du prix des quotas3. Mais cela risque d'être un vœu pieux, car l'évolution limitée des marchés du carbone et l'actuelle crise financière vont décourager l'investissement privé à court et moyen terme en une période des plus critiques. Il faut que la mobilisation de ressources nationales et internationales en vue de l'investissement se poursuive de manière plus vigoureuse et à une beaucoup plus vaste échelle, exhorte l'étude de l'ONU. La question du recours à de nouvelles sources de financement telles que les « obligations vertes » émises par l'État, et les « DTS » (droits de tirage spéciaux) du Fonds monétaire international devra être examinée. Il faudra également envisager la possibilité du paiement de droits ou taxes sur le carburant en soute pour les transports aériens et maritimes, les voyages en avion ou les transactions financières. Le Plan de l'ONU propose d'instaurer un Fonds mondial pour les énergies propres, une tarification préférentielle de l'électricité provenant des énergies renouvelables, et une réforme des Mécanismes de développement propre de manière à financer les programmes et les politiques plutôt que les projets.

Limites de la croissance

Reste que les matières premières en général se raréfient. Selon Fatih Birol, chef économiste à l'Agence internationale de l'énergie, le temps du pétrole abondant et bon marché sera très bientôt derrière nous. Dans un entretien accordé le 3 août au journaliste Steve Connor du quotidien britannique The Independent, ce spécialiste chargé de mesurer les possibilités d'approvisionnement des pays de l'OCDE donne une évaluation très pessimiste des réserves de pétrole à l'échelle de la planète. Les trois quarts des sites pétroliers auraient déjà atteint leur capacité maximale et seraient sur le déclin, un déclin lui aussi plus rapide que prévu. Aggravée par un sous-investissement chronique des pays producteurs dans leurs infrastructures, la pénurie de pétrole pourrait compromettre tout espoir de reprise après la crise économique actuelle, a déclaré le Dr Birol au journal. Cet « oil crunch » devrait se traduire par une augmentation durable du prix du baril car la demande continue à augmenter et devrait même dépasser l'offre disponible dès l'année 2010.

L'appétit de croissance des pays développés et des grands émergents tels que la Chine devra être modéré par la réalité géologique. Les métaux nécessaires à la fabrication des alliages nécessaires à la production de produits manufacturés high tech et aux technologies de l'information se raréfient. Le lithium impliqué dans la construction de batteries et de panneaux solaires n'est lui-même pas illimité. Les prix de ce métal ont dejà flambé de 350 dollars la tonne en 2003 à 6.000 dollars récemment. Utilisé dans les médicaments antidépresseurs comme dans les véhicules hybrides, le lithium n'aura sans doute pas de quoi alimenter les appetits féroces des grands groupes industriels, de Bolloré à Mitsubishi. Et ce ne seront pas forcément les pays les plus développés qui seront les plus résilients face à la crise. Tout un modèle reste à inventer, avec en son coeur, une inéluctable modération.

Réactions1 réaction à cet article

 
Bonne analyse

mais est-il possible de contourner la férocité des appétits financiers qu'encourage le néo-libéralisme actuel ? Il y a non seulement une révolution structurelle sur le plan économique mais aussi sur celui des valeurs éthiques.

Alphonse | 10 septembre 2009 à 11h46
 
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