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Expédition naturaliste "La Planète Revisitée" : un premier bilan de la campagne en Papouasie-Nouvelle-Guinée

Les naturalistes de la mission "La Planète Revisitée" ont présenté un inventaire de la biodiversité marine et terrestre peu explorée en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Soit 1,5 million de spécimens dont quelques milliers d'espèces nouvelles.

Biodiversité  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com
Expédition naturaliste "La Planète Revisitée" : un premier bilan de la campagne en Papouasie-Nouvelle-Guinée

Le Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN) et l'ONG Pro-Natura International ont présenté en octobre 2009 l'expédition naturaliste ''La Planète Revisitée'' : un vaste programme de campagnes prévues sur 10 ans visant à dresser un nouvel inventaire de la biodiversité dans des zones jusqu'ici peu explorées et établir un état de référence qui puisse être revisité dans les années à venir.

Combien d'espèces y a-t-il sur Terre ?

Ces expéditions ont pour objectif de développer les connaissances existantes sur la flore et la faune tant terrestres que marines, issues de régions considérées ''comme les plus riches en espèces mais également les moins connues et les plus menacées de la planète'', victimes de la perte de leurs habitats (forêts, récifs coralliens…), de la surexploitation, de la pollution et de l'impact des changements climatiques. Si selon les scientifiques, il y aurait aujourd'hui entre 8 et 30 millions d'espèces à découvrir parmi les mollusques et insectes et autres micro-organismes (eucaryotes unicellulaires…), seules 1,8 million d'espèces seraient répertoriées, avaient-ils souligné au lancement de ''La Planète Revisitée''.

 
Alors que 18.000 nouvelles espèces sont décrites chaque année, au rythme actuel des découvertes, il faudrait entre 300 et 1.000 ans aux scientifiques pour réaliser l'inventaire complet de la biodiversité.  
Les chercheurs de "La Planète revisitée"
 

"Un tiers ou la moitié de la biodiversité pourrait disparaître d'ici la fin du siècle et 80% n'est pas encore décrite", selon Philippe Bouchet, chargé de mission au Muséum qui dirige le volet marin de l'expédition. "Or, le temps presse, car la sixième grande extinction a commencé". L'enjeu de cette mission, qui se déroulera en plusieurs expéditions, est d'expliquer pourquoi les inventaires de biodiversité "sont vitaux pour comprendre le problème de la crise globale liée à la perte de biodiversité et à la modification des milieux naturels".

Près de 4.000 échantillons d'insectes

Deux ans après le Mozambique et Madagascar (2009-2010) en Afrique, les naturalistes et systématiciens du MNHN et de Pro-Natura ont repris la mer et fait cap sur un autre "point chaud" (hotspots) de la biodiversité de la planète, en partenariat avec les chercheurs de l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD). L'équipe a posé ses valises en Papouasie-Nouvelle-Guinée, située dans le Triangle de Corail (nord de l'Australie) pour trois mois d'explorations terrestres et marines, d'octobre à fin décembre 2012.

Durant cette période, près de 200 chercheurs, techniciens, étudiants venus de 21 pays (USA, Taiwan, Japon, Australie…) et paraécologues papous sont venus explorer les écosystèmes de cette région, depuis le fond de la mer de Bismarck jusqu'au sommet du mont Wilhelm, son point culminant à 4.509 mètres d'altitude. A l'instar du Mozambique et de Madagascar, la Papouasie-Nouvelle-Guinée a été identifiée parmi les espaces d'exploration prioritairement dédiés à la biodiversité dite ''négligée'' : invertébrés marins et terrestres, plantes, champignons...

Retour sur l'expédition marine par Philippe Bouchet du MNHN et de l'expédition terrestre par Jean-François Molino, chercheur à l'IRDMarie Jo Sader
 

Dirigée par Olivier Pascal, responsable de projets "biodiversité" à Pro-Natura, l'expédition terrestre, menée d'octobre à novembre 2012, a ainsi permis de récolter 3.858 échantillons dans les différents pièges disposés, soit "environ un demi-million de spécimens terrestres ramenés mesurant moins d'un centimètre", a-t-il précisé lors d'un point presse ce mercredi 27 février. Ces échantillons pourraient contenir "probablement plus de 60% des espèces nouvelles pour la science".

Pour dresser cet inventaire, une centaine de kilomètres ont été parcourus durant un mois dans les forêts pluviales de montagne du Mont Wilhelm. 1.200 m2 de parcelles d'études ont été  délimitées à chaque altitude de 2.00 à 3.700 m. Six types de pièges ont été répartis dans les mêmes parcelles pour la capture d'insectes (coléoptères, guêpes, mouches, sauterelles…). D'autres insectes ont été capturés à la main (blattes, termites, grillons, phasmes) ou à l'aide d'appâts (fourmis).

Selon un premier bilan des insectes échantillonnés, 5.000 hémiptères auraient ainsi été triés correspondant à 15% des échantillons, ainsi que 8.000 iménoptères. "Il reste néanmoins encore beaucoup de travail à faire sur le tri des bêtes", selon Olivier Pascal.

Six cent vingt spécimens de plantes ont également été collectés et mis en herbier. "Sur une parcelle à 1.200 m, 33 espèces ont été collectées sur 54 arbres. Un record", a ajouté Jean-François Molino, botaniste à l'IRD.

L'expédition terrestre a également permis aux scientifiques de mesurer "pour la première fois, de façon précise et simultanée", la diversité et la répartition d'un grand nombre d'organismes en fonction de l'altitude. "Les premières analyses sont en cours", a indiqué Olivier Pascal. Les scientifiques ont cependant observé une distribution limitée des espèces selon l'altitude : ainsi, aucun palmier n'a été trouvé au-dessus de 2.500 m, aucune fourmi au-dessus de 2.200 m, ni de termites au-dessus de 1.200 m parmi les orthoptères. Idem pour les blattes et les phasmes.

Un million de spécimens marins menacés par la pollution

Du côté de l'expédition marine pilotée par Philippe Bouchet, professeur au MNHN, la mission a été menée d'octobre à décembre dernier, au large du lagon de Madang et de la Mer de Bismarck. 730 prélèvements côtiers et 150 prélèvements au large jusqu'à 1.000 m de profondeur ont ainsi été opérés. Ces échantillons ont été remontés par filets maillants, ou dragage et chalutage, a indiqué M. Bouchet.

Une multitude d'espèces ont été ramenées par les scientifiques et triées dont "une galerie de gastéropodes". Soit 4.500 espèces de mollusques à l'instar du gastéropode de type "Cystiscidae", 320 espèces d'échinodermes (anémones de mer…), 1.300 espèces de poissons (poisson perroquet…), ou encore 300 espèces d'algues, 400 espèces de coraux et enfin, 1.450 espèces de crustacés décapodes (crabe "Hirsutodynomene spinosa"…), énumère le chercheur.

Ces échantillons représentent "un million de spécimens marins" et contiennent "probablement 500 à 1.000 espèces nouvelles pour la science", estime M. Bouchet.

Si les scientifiques sont rentrés avec une multitude d'échantillons, ils ont également fait le dur constat que la Mer de Bismarck au coeur de la Papouasie-Nouvelle-Guinée "n'est plus un paradis à l'écart du monde". Le lagon de Madang est en effet "impacté par les apports terrigènes (dépôts sédimentaires), eux-mêmes conséquence de la déforestation et du défrichage pour l'agriculture de subsistance d'une population qui a doublé depuis 15 ans", a déploré M. Bouchet. Le chercheur a également pointé l'impact sur l'environnement des rejets de la nouvelle usine de nickel de Basamuk. "A 600 et 800 m de profondeur, on a trouvé des organismes empêtrés de boues rouges issues de l'usine", a indiqué M. Bouchet. A 1.000 m de profondeur, des déchets plastiques, des canettes ont été également été chalutés du lagon, a-t-il ajouté. Malgré l'anthropisation, "le taux de couverture de coraux vivants, indicateur habituel de l'état de santé des récifs, reste très élevé", a précisé M. Bouchet.

La restitution des échantillons marins "n'est pas terminée". L'équipe sera de retour sur place en juin prochain pour mettre à disposition des autorités les premières données, a souligné Philippe Bouchet. Des récifs artificiels ont été mouillés pendant l'expédition et seront également relevés en décembre 2013.

"Nous sommes loin d'avoir les résultats finaux de suite." L'étude des échantillons terrestres et marins issus de Papouasie-Nouvelle-Guinée pourrait prendre quatre ans. La campagne qui nécessite de lourds moyens logistiques a mobilisé plusieurs millions d'euros (hors salaires) provenant de plusieurs partenaires financiers.

Jusqu'à la fin de l'année scolaire, 137 classes (de la maternelle au lycée) participent par ailleurs à cette expédition à travers le volet pédagogique de la mission visant à sensibiliser les élèves à la biodiversité.

La prochaine destination de l'expédition naturaliste ''La Planète Revisitée'' pourrait être La Nouvelle-Calédonie, selon Philippe Bouchet.

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