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La stratégie « plastique » française : un condensé d'opportunités et de risques pour les producteurs

La stratégie française de lutte contre les impacts négatifs des déchets plastique illustre bien les perspectives des producteurs de plastiques pour les prochaines années, estime PlasticsEurope. Pour le « meilleur », comme pour le « pire ».

Déchets  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com

« C'est en France que s'écrit un nouveau chapitre de l'histoire des plastiques », estime Éric Quenet, ce jeudi 5 novembre 2020. Du point de vue des producteurs de plastiques, ce nouveau chapitre est porteur d'espoirs, avec les annonces en matière de recyclage chimique, mais aussi de craintes, avec une application jugée trop stricte de la directive relative à certains produits plastique à usage unique (directive SUP, pour single-use plastic) de juin 2019.

Matières recyclées de qualité

Le développement de l'économie circulaire ne débouchera « absolument pas » sur augmentation des capacités de production de plastiques en Europe, par addition d'unités de recyclage aux capacités actuelles. L'économie circulaire débouchera plutôt sur une « amélioration de la production », estime Éric Quenet. « On assiste à une mutation de la production, dans dix ans l'industrie des plastiques ne ressemblera pas à ce qu'elle est aujourd'hui », résume-t-il.

A quoi ressemblera-t-elle ? PlasticsEurope estime que les producteurs de plastiques intègreront des « matières recyclées de qualité » dans leurs résines vierges. Par matière « de qualité », la fédération professionnelle désigne des matières issues du recyclage chimique.

Elle estime aussi que les difficultés rencontrées par les recycleurs du fait de la crise sanitaire proviennent en partie des usages limités des plastiques recyclés mécaniquement. Alors que 46 % des plastiques recyclés en Europe sont utilisés dans le bâtiment (un secteur moins exigeant sur les qualités esthétiques des plastiques), les recycleurs ont été durement touchés par l'arrêt des chantiers pendant le confinement. Parallèlement, ils ont peu bénéficié de la bonne tenue de la demande en emballages alimentaires, puisque le polyéthylène téréphtalate (PET) recyclé mécaniquement est la seule résine validée pour les usages alimentaires.

Sept projets de recyclage chimique

Ce constat, estime PlasticsEurope, valide les investissements réalisés par les producteurs de résines vierges dans le domaine du recyclage chimique. Cette stratégie doit permettre d'alimenter leurs unités de polymérisation en monomères vierges obtenus à partir de déchets plastique. Les plastiques ainsi produits auront les mêmes propriétés que ceux produits à partir d'hydrocarbures et seront donc aptes à tous les usages.

Si la France joue un rôle clé dans cette évolution, c'est notamment parce que sept projets sont développés dans l'Hexagone, parmi la vingtaine en Europe. Éric Quenet cite notamment la reconversion de la raffinerie de Total à Grandpuits (Seine-et-Marne), le projet de recyclage du polyuréthane (PE) mené par Dow et Éco-mobilier, ou encore les travaux concernant le recyclage du polystyrène (PS). Et de rappeler aussi que le plan de relance contient un volet dédié au sujet. « L'enveloppe est conséquente », assure Éric Quenet qui évoque des échanges avec Bercy qui devront se concrétiser dans de futurs appels à projets.

 
Quid d'une réduction de la production mondiale ? Plusieurs études estiment qu'il n'est pas possible de résoudre le problème de la pollution marine aux plastiques sans réduire la production mondiale de plastiques, parallèlement au développement du recyclage. C'est le cas notamment d'une étude publiée dans Sciences qui estime qu'il faudrait réduire de 11 % la production mondiale de résines vierges entre 2016 et 2040, alors qu'au rythme actuel elle devrait plus que doubler...
Interrogé sur le sujet, PlasticsEurope explique ne pas avoir de position officielle. La fédération professionnelle s'exprimera prochainement, assure Éric Quenet.
 
Surtransposition de la directive SUP

Mais la France est aussi source « d'inquiétudes », explique PlasticsEurope, évoquant les mesures en faveur de la substitution des plastiques, les propositions de la Convention citoyenne pour le climat, et le « plastic bashing ». « Les avantages des plastiques sont balayés par [les impacts de] leur fin de vie », regrette Éric Quenet. Plutôt que de se focaliser sur les déchets issus des produits plastique, il faudrait évaluer ces produits à l'aune d'analyses du cycle de vie (ACV) complètes.

Le futur « décret 3R », qui fixera les objectifs français de réduction, de réemploi et de recyclage des emballages plastique pour la période 2021-2025, incarne ces craintes. Le texte, pris en application de l'article 7 de la loi anti-gaspillage et pour l'économie circulaire (Agec), pourrait notamment fixer un objectif de réduction de 20 % des emballages plastique à usage unique d'ici fin 2025. La directive SUP prévoit que les États membres fixent des objectifs de réduction des emballages plastiques alimentaires à usage unique, mais la France s'apprête à en fixer un pour l'ensemble des emballages plastiques à usage unique, déplore PlasticsEurope.

De même, la fédération craint que les pouvoirs publics fixent des objectifs règlementaires d'incorporation de matière recyclée, comme le prévoit l'article 61 de la loi Agec. Les professionnels préféreraient que l'incorporation se face progressivement au grès des évolutions techniques que la rendent possible. Mais pour éviter que l'État n'intervienne « il faut que les gens qui prennent des engagements les respectent », avertit Éric Quenet. Pour l'instant, de l'avis des recycleurs et des pouvoirs publics, ce n'est pas le cas.

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