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Interdiction des plastiques : l'inquiétude monte chez les producteurs européens

PlasticsEurope s'inquiète de la volonté de l'Union européenne d'interdire certains objets en plastique à usage unique. Surtout que certaines entreprises y renoncent d'elles mêmes pour répondre aux attentes sociétales.

Déchets  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

L'inquiétude monte chez les producteurs de plastiques. Ils craignent que la volonté de l'Union européenne d'interdire l'usage du plastique pour certains produits à usage unique ne fasse tâche d'huile, explique PlasticsEurope. Pire, certains de leurs clients anticipent et renoncent au plastique pour préserver leur image, déplore le syndicat européen des producteurs de plastiques, ce mardi 19 juin à l'occasion de sa conférence de presse annuelle. Et ces craintes ne se limitent pas à l'Europe. Hervé Millet, directeur des affaires techniques et règlementaires de PlasticsEurope observe "des remises en cause similaires en dehors de l'Europe".

Le message de PlasticsEurope est clair : il n'y a pas lieu d'interdire certains usages du plastique. Hervé Millet estime que la croissance annuelle moyenne de 8,5% enregistrée depuis les années 1950 "indique que le plastique a répondu à de vraies demandes de la société". Les producteurs reconnaissent que cette croissance exponentielle s'est accompagnée de dommages environnementaux, mais ils jugent "contestables" les mesures proposées par la Commission européenne. Le projet de directive sur la réduction de l'impact de certains produits plastique sur l'environnement est au centre des critiques.

Démarrage d'une interdiction plus générale

PlasticsEurope craint deux mesures de la proposition de directive sur les produits plastique à usage unique : l'interdiction de mise sur le marché de cinq produits et les mesures de réduction de l'utilisation des emballages pour les aliments prêts à consommer (essentiellement les emballages de fast food). Le syndicat professionnel "ne veut pas contester les impacts environnementaux" des déchets plastique, mais il s'oppose à la réduction de l'usage de certains produits. Il faut lutter contre "les défaillances de comportement des consommateurs" et la "mauvaise gestion des déchets", propose Hervé Millet.

Pour l'instant, l'enjeu n'est pas financier. Les produits menacés d'interdiction ne représentent que 3,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires (CA) au niveau mondial pour les fabricants de résine. PlasticsEurope ne communique pas sur leur CA mondial, mais indique que la CA européen est de quelque 350 milliards d'euros. Or, l'Europe ne produit que 18,5% de la production mondiale, ce qui laisse entrevoir un marché mondial bien plus élevé… L'impact sur le chiffre d'affaires des producteurs devrait donc rester largement en deçà d'un pourcent.

L'enjeu est ailleurs : PlasticsEurope ne veut pas que "ces restrictions soient le démarrage d'une interdiction plus générale", explique Hervé Millet, déplorant "une stigmatisation qui impacte les plastiques en général". D'autant que certaines entreprises annoncent prendre les devants, à l'image de McDonald qui vient d'annoncer qu'il allait expérimenter des pailles en carton dans certains de ses fast food, notamment en France. Une mauvaise nouvelle pour l'industrie des plastiques ? "Oui, effectivement, on peut considérer que ce n'est pas bon signe", concède Hervé Millet, expliquant que les entreprises sont particulièrement préoccupées par leur image auprès du public.

 
Quid du recyclage ? Pour la première fois, PlasticsEurope évoque la part de l'utilisation des plastiques régénérés, lors de sa conférence annuelle. Aujourd'hui, elle représente un peu moins de 7% de la consommation européenne (3,8 sur 55,5 millions de tonnes). Mais l'Europe s'est fixée pour objectif de tripler le volume de plastique recyclé utilisé en Europe, pour atteindre 10 millions de tonnes en 2025. PlasticsEurope juge cet objectif "particulièrement ambitieux".
Reste que "la hausse de l'utilisation de plastique recyclé s'accompagnera aussi d'une croissance de la consommation de plastique vierge", estime Hervé Millet.
 
Initiatives tous azimuts

Dans le même esprit, la proposition de taxe européenne sur les emballages plastique est vivement critiquée. Cette taxe, censée boucher le trou budgétaire de l'exécutif européen suite au Brexit, est "discriminatoire". Pourquoi ne viser que les emballages plastique non recyclés ?, interroge PlasticsEurope. Avec une taxe de 800 euros par tonne, l'Union européenne engrangerait 1,2 milliard d'euros par an, pour les seuls emballages français… Et les soucis des fabricants ne s'arrêtent pas là. Les initiatives se multiplient pour interdire certains produits sur la base de leur dangerosité supposée pour la santé. C'est le cas d'un projet d'amendement au projet de loi Elan, retiré avant d'être soumis au vote, pour interdire les portes et fenêtres en PVC. C'est aussi le cas d'un autre amendement, étudié dans le cadre du projet de loi sur l'agriculture, visant l'interdiction des contenants en plastique dans la restauration collective.

Les chiffres de la consommation de plastique en Europe éclairent la crainte des fabricants de résine. En effet, la première utilisation du plastique concerne les emballages. Or, ces produits à usage unique et jetables sont au cœur des enjeux environnementaux. En Europe, ils concentrent 39,5% de la demande de résine vierge, loin devant le BTP (19,4%) et l'automobile (10,2%). En France, agroalimentaire oblige, ils représentent même 45,5% de la demande. Autre aspect important, certaines résines sont utilisées quasi exclusivement pour l'emballage, à l'image du PET (PlasticsEurope ne retient pas l'usage pour les fibres textiles). Or le PET représente 7,4% des volumes de plastique mis sur le marché européen. En France, la part monte même à 9,4%, la place de l'industrie de l'eau en bouteille expliquant cette particularité.

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