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Les producteurs de plastique posent leurs limites au recyclage

Le gouvernement veut que tous les déchets plastique soient recyclés en 2025. Cet objectif est irréaliste, estime PlasticsEurope qui, s'appuyant sur les derniers chiffres européens, préfère viser 100% de valorisation.

Déchets  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°377 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°377
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Il faut avant tout viser 100% de valorisation des plastiques, avec le plus de recyclage possible, a défendu PlasticsEurope ce jeudi 11 janvier 2018. L'association professionnelle européenne regroupant les fabricants de plastique estime que l'objectif de 100% de recyclage des déchets plastique n'est pas atteignable. Elle appuie son plaidoyer sur les résultats de son dernier baromètre de la valorisation des déchets plastique en Europe. La France est en retard par rapport aux autres pays européens, constate le syndicat professionnel qui propose qu'elle tente de rejoindre le peloton de tête de la valorisation des déchets plastique, plutôt que de poursuivre un objectif de recyclage trop ambitieux.

Le recyclage en retard en France

 
Le recyclage n'est pas gage de réduction de l'impact environnemental d'un produit sur l'ensemble de son cycle de vie  
Hervé Millet, PlasticsEurope
 
"On peut avoir une vision, mais il faut être réaliste", explique sans détour Hervé Millet. Pour le directeur des affaires techniques de PlasticsEurope, l'objectif de 100% de déchets plastique recyclés à l'horizon 2025 est inatteignable. En revanche, il est possible de valoriser la quasi totalité des déchets plastique en associant la valorisation énergétique au recyclage. Cinq pays européens y parviennent, et la France doit se donner pour objectif de les rattraper, défend le responsable de PlasticsEurope.

Actuellement, 72,7% des 27 millions de tonnes de déchets plastique collectés en Europe ont été valorisés en 2016 (contre 69,2% en 2014). En deux ans, le taux de recyclage moyen est passé de 29,6% à 31,1% et celui de la valorisation énergétique de 39,5% à 41,6%. Sur la décennie écoulée, la mise en décharge a baissé de 43%, 
alors que le recyclage et la valorisation énergétique ont progressé respectivement de 79% et 61%, ajoute PlasticsEurope. Ces chiffres globaux cachent quelques champions, explique aussi le syndicat professionnel. Dix pays ont atteint un taux de valorisation supérieur à 90% et cinq d'entre eux dépassent les 99%. Leur particularité ? Ils ont mis en place une réglementation limitant, voire interdisant, la mise en décharge.

Quant à la France, elle affiche 72,7% de valorisation, 31,1% de déchets recyclés et 41,6% de déchets incinérés ou brûlés sous forme de combustibles solides de récupération (CSR). Le recyclage des plastiques est donc en retard en France. Pire, il progresse moins vite que dans le reste de l'Europe. En conséquence, la France se situe en 15ème position pour son taux de valorisation et en 25ème position pour son taux de recyclage, selon les estimations de PlasticsEurope. "Il n'y a pas de quoi se glorifier", résume Hervé Millet.

Viser un recyclage éco-efficace

Armé de ces chiffres, PlasticsEurope avance plusieurs arguments pour convaincre le gouvernement d'abandonner son objectif de recyclage de l'intégralité des déchets plastique. Certes, il faut améliorer l'éco-conception des produits, mais "la recyclabilité ne doit pas être l'alpha et l'omega de la conception des produits et des emballages", défend Hervé Millet, qui considère que "le recyclage n'est pas gage de réduction de l'impact environnemental d'un produit sur l'ensemble de son cycle de vie". Le syndicat professionnel explique par exemple que certains emballages plastique permettent de réduire les pertes alimentaires, alors même qu'ils ne sont pas recyclables. Leur substituer un emballage recyclable pourrait être moins avantageux sur le plan environnemental compte tenu de l'accroissement du gaspillage alimentaire. Dans le même esprit, le recyclage n'est pas systématiquement meilleur que la valorisation énergétique, défend PlasticsEurope.

Surtout, le recyclage n'est pas toujours le plus efficace sur le plan économique. "Il y a un taux maximum de recyclage au delà duquel la différence entre coûts et bénéfices n'est plus positive", expliquent les plasturgistes. Selon une étude commandée en 2012, ce "taux de recyclage éco-efficace" est de l'ordre de 29 à 45% pour l'ensemble des déchets plastique : 27 à 42% pour les emballages plastique ménagers (39,3% des déchets plastique), 50 à 70% pour les autres emballages plastique (22,9% des déchets plastique), ou encore de 18 à 38% pour les plastiques utilisés dans les voitures (4,9% des déchets plastique). Bien sûr, ces fourchettes pourront être revues à la hausse avec la baisse des coûts du recyclage, mais il y aura toujours une limite, explique PlasticsEurope.

Comment remplacer la Chine ?

Enfin, PlasticsEurope observe un "ralentissement de la progression" à mesure que la part de déchets valorisés augmente : le taux moyen annuel de recyclage passe de 6% par an sur les dix dernières à 4,5% sur les deux dernières année. La tendance pourrait s'accélérer, voire même se renverser avec le frein brutal mis aux importations chinoises de déchets. Aujourd'hui, environ la moitié des déchets faisant l'objet d'une valorisation matière sont en fait exportés en Chine pour y être recyclés. Plus de 4 millions de tonnes de déchets plastique européens sont ainsi comptabilisés comme "recyclés".

La fermeture des frontières chinoises peut-elle mettre en péril le taux de recyclage des déchets plastique européens ? PlasticsEurope reste prudent pour l'instant. D'autres pays pourraient accepter les déchets aujourd'hui délaissés par la Chine. De même, le recyclage effectué sur le sol européen pourrait prendre le relais. Toujours est-il que l'exportation des déchets plastique "a peut-être été une facilité", concède Hervé Millet, ajoutant que la décision chinoise entraine d'ores et déjà une chute de la demande mondiale de déchets plastique.

Réactions1 réaction à cet article

 

Il me semble exister une ambiguité entretenue dans le terme «valorisé». Cette valorisation est elle supérieure en brulant les plastiques ou en les recyclant?
Tient-on alors compte des effets adverses de l'incinération ou des CSR?
Existe-t-il vraiment des plastiques non recyclables?
N'est-il pas de mauvaise foi de mettre en balance la perte de denrées alimentaires et l'utilisation de ces plastiques?
La publication d'une étude sur la faisabilité du 100% recyclable me parait indispensable pour contredire PLASTIQUEUROPE.

DOMISYL | 19 janvier 2018 à 12h10
 
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