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Des plateformes citoyennes dessinent le monde post-Covid

Dans le contexte de la crise sanitaire liée à l'épidémie de la Covid-19, des associations, des acteurs du digital et des entreprises engagées ont lancé des consultations relatives aux nouvelles attentes de la société française.

Gouvernance  |    |  Agnès Sinaï  |  Actu-Environnement.com
Des plateformes citoyennes dessinent le monde post-Covid

Ce sont plus de 300 000 contributions exprimées par les Français qui ont été formulées sur les nombreuses plateformes de consultation citoyenne ayant émergé pendant le confinement, à l'initiative d'associations (Croix Rouge, WWF…), d'acteurs du digital (Make.org, Bluenove, Recovery), d'entreprises engagées (Groupe SOS) ou de personnalités politiques (« Le Jour d'après », consultation portée par 60 parlementaires).

En complément du Grand débat national et de la Convention citoyenne pour le climat, ces contributions, rassemblées au sein du collectif « Après, Maintenant ! », retracent les besoins et les attentes nouvelles de la société française autour de trois grands thèmes : économie et écologie, nouveau modèle de société et nouvelles formes de la démocratie.

De quoi alimenter les contours du « nouveau chemin » annoncé par le président de la République, à la veille de son intervention, le 14 juillet prochain.

Une société participative

La pandémie actuelle joue un rôle de révélateur de la fragilité des systèmes économiques et sociaux, de plus en plus complexes et interdépendants. La préservation de l'environnement ressort comme le principal enjeu. « L'impératif écologique est devenu le thème récurrent dans 50 % des contributions », commente Franck Escoubes de la plateforme Bluenove.

Le biais du local est fortement invoqué : circuits courts, renforcement des pouvoirs territoriaux, proximité, ressortent des revendications citoyennes. « Entre le canapé et la mondialisation, il y a le local », résume Alicia Combaz, de Make.org lors du Forum des plateformes organisé par France Stratégie le 9 juillet. Make.org a rassemblé quelque 165 000 participants, agrégeant 20 000 propositions et 1,7 million de votes.

Quant à la consultation « Le Jour d'après », elle a été lancée par 60 parlementaires. Ils s'engagent à relayer les trente propositions, recueillies après des ministères concernés, qui demandent une plus grande participation citoyenne aux décisions politiques, « une démocratie narrative » qui permette aux citoyens de se raconter.

Une attente forte se dessine en matière de responsabilité sociale des entreprises. Soixante-cinq pour cent des sondés estiment qu'il y a des activités économiques à stopper ou à changer fondamentalement, notamment à l'aune de critères liés à la question écologique et à l'amélioration des conditions de travail.

Biais de représentatitivité

« Dès lors qu'il ne s'agit pas de relancer le système à l'identique, un devoir d'imagination s'impose à nous », estime France Stratégie qui a ouvert, du 1er avril au 31 mai, un espace contributif. À la clôture de l'appel, le 31 mai, 448 contributions ont été recueillies. Les profils des contributeurs sont divers et regroupent des particuliers, salariés ou chefs d'entreprise, agents publics locaux ou nationaux, des retraités, des chercheurs de disciplines variées mais aussi des élus locaux, des représentants d'organisations syndicales, patronales et associatives.

« Les contributeurs ne sont naturellement pas représentatifs de la population française dans son ensemble. Le simple fait d'avoir répondu à l'appel à contributions révèle un intérêt significatif pour ces questions », reconnaît France Stratégie.

 
L'impératif écologique est devenu le thème récurrent dans 50 % des contributions.  
Franck Escoubes, plateforme Bluenove
 
L'accent est mis sur les besoins fondamentaux et sur la reconnaissance de celles et ceux qui y pourvoient (agriculture, alimentation, santé et care…). Priorité est donnée à la résilience par rapport à l'efficience dans les politiques publiques. Les participants soulignent l'importance des enjeux de formation et la valorisation de la place des savoirs et des savoir-faire dans la société et la transformation du travail et des entreprises.

« Pour autant, on peut apercevoir également plusieurs points de dissensus transversaux, plus ou moins explicites, qui traversent les différents axes et qui peuvent préfigurer certains des clivages structurants pour la période qui s'ouvre », souligne France Stratégie.

Une partie de ces dissensus porte sur des orientations radicalement différentes, par exemple la façon de découpler bien-être et empreinte environnementale. Si l'objectif fait consensus, ce n'est pas la même chose de miser sur une forme de croissance verte ou sur la sobriété.

La majorité des contributions mentionne les défis agricoles et alimentaires, notamment la nécessité de relocaliser le système alimentaire, en développant des circuits courts et en s'appuyant sur les principes de l'économie circulaire pour recouvrer une souveraineté alimentaire et limiter les conséquences environnementales d'un système agroalimentaire mondialisé (déforestation, émissions de gaz à effet de serre importées).

La résilience comme projet de société

Renforcer les mesures de protection de la biodiversité implique notamment de lutter contre l'artificialisation des sols et de créer davantage de zones protégées, estiment les participants. D'autres mesures sont proposées pour développer la présence de la nature en ville, par le soutien à la végétalisation et à l'agriculture urbaine.

A été mentionnée la réforme de la politique agricole commune, d'autant plus que les négociations ont été repoussées, afin qu'elle valorise davantage les pratiques agro-écologiques et garantisse la préservation de la biodiversité.

Enfin, les mesures évoquent la mise en place d'une taxe kilométrique sur tous les modes de transport, des systèmes énergétiques repensés selon des critères d'autonomie, de sécurité et de solidarité à différentes échelles. De manière générale, les citoyens consultés plaident pour renforcer la résilience des sociétés.

Réactions7 réactions à cet article

 

Bonjour. Est-ce qu'on va ralentir, voire stopper, la consommation à tout va du mot "résilience"? Visiblement, jusque là, peu de personnes le comptaient dans leur vocabulaire, sans que çà gêne d'ailleurs quelqu'un. De plus, il est paradoxal d'utiliser ce mot qui évoque un retour à l'état "normal" ("Capacité à absorber une perturbation, à se réorganiser et à continuer de fonctionner de la même manière qu’avant" selon le dictionnaire) alors que l'article indique justement que les sondés ne veulent pas revenir à l'état d'avant!

nimb | 15 juillet 2020 à 09h12
 
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Dans les années 1970, le concept de résilience pénètre le champ de l’écologie et désigne la capacité d’un organisme, d’une population ou d’un écosystème à se régénérer et à se remettre plus ou moins vite d’une perturbation.
Dans un article paru en 1973, l’écologue canadien Crawford Stanley Holling (1930-2019) pose les bases théoriques fondamentales du concept. La distinction que Holling établit entre stabilité et résilience permet d’envisager qu’un système puisse être résilient tout en évoluant.
La transformabilité est la capacité du système à se réinventer totalement – i.e. à créer un système complètement différent à partir de l’ancien – lorsque les contraintes écologiques et sociales et donc politiques l’imposent.

Agnès Sinaï Agnès Sinaï
15 juillet 2020 à 10h35
 
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Ce qui me gène dans les contributions envoyées c'est ce qu'en fait le gouvernement ! Vu sa déclaration du 04 07 20 il reste dans un flou à mon avis volontairement entretenu, afin de préserver les bénéfices de ses amis financiers.

BJ50320 | 15 juillet 2020 à 10h49
 
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C'est la vitesse de transformabilté qui est fondamentale.
Plus on veut aller vite, plus il y a de perdants et donc plus il y a de résistance. Ne pas oublier que le changement pour beaucoup de personnes est perçu (je dis bien perçu) comme un appauvrissement (sauf si c'est un progrès technologique).
Plus il y a de monde concerné et plus le changement de comportement est fondamental avec des intérêts très différents les uns des autres, plus on talonne l'utopie.
Si on doit aller vite, la solution est plus dans la technologie que dans le comportemental.

naphtes | 16 juillet 2020 à 22h32
 
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Je rebondis sur le message de naphtes. Le changement actuel tiendrait donc dans la technologie? De ce que j'en vois, je le ressens donc comme un appauvrissement de l'individu. Pas forcément au niveau pécunier d'ailleurs, mais plutôt comme un appauvrissement de toute capacité de jugement, et s'en remettant uniquement à ce que son smartphone lui dira de faire. Autre exemple, la célérité à passer au transport tout électrique (à condition d'avoir la capacité de produire suffisamment d'energie) ne règlera rien des bouchons urbains... mais bon, bouchonner sans émettre de gaz, c'est quand même mieux, non ???????

nimb | 20 juillet 2020 à 22h20
 
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Il est à craindre que, selon les "coaches" très politisés de la CCC, la "nouvelle forme de démocratie" deviennent plus du tout de démocratie et tout le pouvoir à un clergé vertueux.
Notre énarque président joue véritablement avec le feu, en disqualifiant des institutions qui, si elles ne sont pas parfaites, ne reposent pas sur des dogmes religieux "éco-responsables"...
La démocratie est véritablement bien davantage en danger que la planète.

Albatros | 22 juillet 2020 à 15h40
 
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Je me permet de citer Roland GORI - la fabrique des imposteurs:
"Il existe une résistance à se révolter qui provient de la réticence de l’humain à échanger la souffrance liée à une cause connue contre l’angoisse d’une liberté incertaine autant que des dangers non identifiés qu’elle comporte."

naphtes | 27 juillet 2020 à 19h51
 
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