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Pointe de consommation électrique : le développement du chauffage électrique en question

Le fort développement du chauffage électrique, impulsé par le choix du tout nucléaire, est en partie responsable du phénomène de pointe. Pourtant, les choix politiques actuels ne semblent pas vouloir changer la tendance. Explications.

Energie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
   
Pointe de consommation électrique : le développement du chauffage électrique en question
© Kochergin
   
Depuis une dizaine d'années, la France bat des records en matière de pics de consommation d'électricité. Le dernier en date s'est produit le 7 janvier 2009 avec 92.500 mégawatts contre 50.000 à 70.000 MW en moyenne. Entre 1996 et 2008, ces phénomènes ont augmenté de près de 11 % et pourraient croître de 15 % d'ici 2020 si des solutions ne sont pas mises en œuvre rapidement.
Cette demande de pointe évolue beaucoup plus rapidement que la demande en base (+ 40 % contre + 16 % depuis 1996). Un phénomène dominé par l'effet saisonnier, les variations étant en grande partie dues à l'usage du chauffage électrique. Lors de la pointe hivernale du 7 janvier 2009, le chauffage électrique a ainsi été responsable d'une surconsommation en puissance de 34.000 MW.
L'association NégaWatt a dénoncé, lors d'une conférence de presse le 1er décembre, le manque de réalisme des pouvoirs publics face à ce problème. ''Cette situation révèle les limites d'un choix structurel absurde dès l'origine : le développement simultané du tout nucléaire et du chauffage électrique'', analyse l'association. Le phénomène de pointe, spécificité française, est en effet selon Thierry Salomon, président de Négawatt, ''inhérent à notre système de production''. Sécurité énergétique, protection de l'environnement, précarité énergétique sont autant d'enjeux liés à ces événements qu'il est urgent de limiter.

Le chauffage électrique en partie responsable

Principal responsable de la pointe hivernale, selon NégaWatt : le chauffage électrique. ''Cet usage représente à lui seul 60 TWh de consommation, soit 12,3 % de la consommation annuelle totale d'électricité française''. Il est responsable de 27 % de la consommation totale d'électricité du secteur résidentiel, alors même qu'il n'équipe qu'un quart des logements existants. Chaque degré en moins sur le thermomètre provoquerait une surconsommation de 2.100 MW, l'équivalent de la puissance appelée par la ville de Paris, selon l'association.
Malgré son fort impact, le chauffage électrique connaît un fort développement depuis plus de dix ans. En 2008, trois quart des nouvelles constructions en étaient équipées. La raison ? Un investissement de départ beaucoup plus faible que pour les autres énergies. ''La conséquence directe de cette évolution est une sensibilité toujours plus grande de la consommation électrique française au froid, entraînant des records de consommation toujours plus hauts et plus fréquents que l'on connaît''. RTE a d'ailleurs annoncé récemment craindre des coupures d'électricité en cas de froid intense et durable cet hiver. Parmi les raisons avancées, outre une indisponibilité d'une partie du parc nucléaire français pour maintenance, le fort taux d'équipement des ménages en chauffage électrique.

Une politique favorable à l'électricité

Alors que de nombreux pays prennent des mesures contre le chauffage électrique (la Suisse l'interdit sauf situations exceptionnelles, l'Italie applique une tarification progressive : un forfait concernant les besoins nécessaires puis une augmentation rapide pour chaque kWh supplémentaire) la France continue à le soutenir, voire à l'inciter.
Par exemple, la taxe carbone, prévue dans le projet de loi de Finances 2010, risque de créer un report sur le chauffage électrique, en taxant les énergies fossiles mais pas l'électricité.
Depuis 2003, les pompes à chaleur (électriques) bénéficient d'un crédit d'impôt malgré ''de mauvaises performances'' pour une partie d'entre elles : ''dans une majorité des cas, les pompes à chaleur basculent en cas de grand froid sur des résistances électriques classiques, elles se transforment alors en un vulgaire convecteur électrique''.
Enfin, la RTE 2005, qui fixe des valeurs maximales de consommation d'énergie primaire à ne pas dépasser pour les logements, est beaucoup plus permissive pour l'électricité que pour les énergies fossiles (en zone 1, 250 kWh primaire /m2/an contre 130 kWh).

Les vraies et les fausses solutions selon NegaWatt

Le parc français a de plus en plus de difficultés à répondre à ces évènements. Les centrales nucléaires (63.200 MW installés), qui fournissent près de 77 % de l'électricité française, ne couvrent que partiellement les besoins de pointe. De ce fait, la France a recours à des moyens de production thermique (fioul), notamment par le biais d'importations. Depuis 1990, la part des énergies fossiles dans la production d'électricité française a augmenté de près de 25 %.
Pour l'association NegaWattt, il est temps de résoudre, et non de gérer, le phénomène de pointe. L'effacement ou l'augmentation de la production de base (en construisant un troisième EPR par exemple) sont de ''fausses bonnes solutions'' pour l'association. Si la première ne fait que déplacer les consommations, et donc la pointe, la deuxième ne permet pas de répondre que partiellement aux besoins de pointe et conduit à un excédent de production l'été, au moment où personne n'en a besoin.
NegaWatt propose, pour limiter le problème de pointe, de revoir la politique tarifaire de l'électricité en développant une structure de prix faisant payer suivant la puissance souscrite et la consommation annuelle et tenant compte des coûts de production, de transport et de distribution supérieurs pour les consommations saisonnières d'hiver.
Dans le cadre de la RT 2012, l'association souhaite que les exigences soient au moins aussi strictes pour l'électricité que pour les autres énergies et qu'elles soient modulées en fonction de la performance des équipements.
Enfin, l'association précise qu'il faut inciter l'isolation des bâtiments et la conversion vers les énergies renouvelables, notamment dans les zones de tension électrique comme la Bretagne ou la région PACA et étendre la taxe carbone, ou contribution climat énergie, à l'électricité.

Réactions10 réactions à cet article

 
Hydraulique

Il faut multiplier les barrages et les remplir pendant les périodes de faible consommation.
Il y a aussi les éoliennes qui ne tournent pas quand il fait très froid (anti-cyclône).

VALTHE | 10 décembre 2009 à 05h53
 
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Précision

Vous dites :
"Enfin, la RTE 2005, qui fixe des valeurs maximales de consommation d'énergie primaire à ne pas dépasser pour les logements, est beaucoup plus permissive pour l'électricité que pour les énergies fossiles (en zone 1, 250 kWh primaire /m2/an contre 130 kWh)."

Pour que l'information soit complète, le rapport entre énergie primaire et énergie finale est de 2,58 pour l'électricité, 1 pour les énergies fossiles (et 0,6 pour le bois mais uniquement pour le label BBC). Un logement chauffée à l'électricité ne consommera donc pas deux fois plus d'énergie finale (relevée au compteur) qu'un logement chauffé au gaz. Par contre son impact sur la réduction des ressources énergétiques sera lui plus grand.

Sinon je suis d'accord pour dire que le chauffage électrique direct n'est pas une solution durable. A la rigueur, le chauffage par accumulation (report des consommation sur les heures creuses) est un moindre mal.

D'un autre côté, l'impact de l'électricité en terme d'émission de GES n'est pas aussi lourd que celui des énergies fossiles, du moins d'après les chiffres retenus dans les textes réglementaires, en grammes de CO2 par kWh PCI d'énergie finale :
13 pour le bois
180 pour l'électricité
234 pour le gaz
274 pour le propane ou le butane
300 pour le fioul domestique
384 pour le charbon

Le sujet n'est décidément pas simple.

Gabriel | 10 décembre 2009 à 08h13
 
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je n'ai pas compris la phrase!

Chaque degré en moins sur le thermomètre provoquerait une surconsommation de 2.100 MW, l'équivalent de la puissance appelée par la ville de Paris, selon l'association.

Madoz | 10 décembre 2009 à 08h55
 
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Lamentables politiques

//Malgré son fort impact, le chauffage électrique connaît un fort développement depuis plus de dix ans. En 2008, trois quart des nouvelles constructions en étaient équipées. La raison ? Un investissement de départ beaucoup plus faible que pour les autres énergies.//

//Alors que de nombreux pays prennent des mesures contre le chauffage électrique (la Suisse l'interdit sauf situations exceptionnelles, l'Italie applique une tarification progressive : un forfait concernant les besoins nécessaires puis une augmentation rapide pour chaque kWh supplémentaire) la France continue à le soutenir, voire à l'inciter.//

Incroyable. Quel échec de nos politiciens, quel échec d'EDF. En plus, convertir de la chaleur dans une centrale en électricité pour la reconvertir en chaleur dans un logement, c'est vraiment le comble de l'inefficacité. A l'image, cependant de notre gouvernement et des gestionnaires/cadres d'EDF.

ric | 10 décembre 2009 à 09h58
 
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isolation OUI ! mais pas celle préconisée par EDF

Avez vous déjà vu un fournisseur d'énergie conseiller contre son intéret !et certainement pas EDF .J'ai connu de personnes qui ont construitent leur maison avec chauffage électrique sur conseil EDF .Ayant suivi les travaux d'isolation , je comprends que ces personnes soit revenu au bon vieux pêole à bois ! De cette isolation tellement bien conseillée en résultait un goufre financier pour "peler" de froid.
L'isolation oui , mais pas par les conseils du fournisseur d'énergie!

asters | 10 décembre 2009 à 11h58
 
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Teneur en carbone de l'électricité

Les chiffres officiels de la teneur en carbone de l'électricité masque une toute autre réalité de terrain. Cette teneur est effectivement une moyenne. Si l'électricité issue du nucléaire, de l'hydraulique, de l'éolien et du photovoltaïque est "décarboné", celle provenant des centrales thermiques n'affichent pas les même performances. Or - et c'est précisé dans l'article - ce sont ces structures qui sont mise en route pour fournir le surplus d'énergie électrique demandé en hiver car les autres installations n'offrent ni la puissance ni la flexibilité nécessaire pour combler la demande.
Pour résumer, l'électricité consommée en hiver est beaucoup plus carbonée en hiver qu'en été.

De plus, si l'on considère l'ensemble de la chaîne depuis la centrale jusqu'au consommateur, on se rend compte de l'aberrante inefficacité d'un chauffage électrique :
Toute transformation d'énergie s'accompagne de pertes conséquentes. Une centrale thermique aura, au mieux, une rendement de 35%, le reste, soit plus de 65%, est dissipé dans l'atmosphère sous forme de chaleur. Il faut ensuite ajouter 3 à 5% de perte du au transport de l'électricité sur le réseau, puis encore à l'utilisation finale (assez peu toutefois).
L'utilisation directe du combustible pour produire de la chaleur entraîne forcément moins de perte !

Alice | 11 décembre 2009 à 10h15
 
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Re:je n'ai pas compris la phrase!

Bonjour,
Cela veut dire que si il fait 0 C, EDF doit fournir une puissance instantanée de 2,1 GW supérieure à la puissance à fournir s'il faisait 1 C

ric | 11 décembre 2009 à 17h51
 
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Re:Précision (suite)

Pour poursuivre dans la complexité, la valeur de 180 g de CO2 du Kwh de chauffage elec communiquée dans la RT 2005 est basée sur les consommations moyennes de 98 à 03, cad avant la très forte augmentation du chauffage élec en construction neuve. Toujours sur les bases 98-03, la valeur moyenne tout usage est de 80 g.
En 2008, une nouvelle valeur de 226 g a été calculée pour la période 2000-2006. A titre de comparaison, la valeur européenne est de 340 g de CO2 pour le Kwh élec (tout usage).

En 2007, l'ADEME et le RTE ont réalisé une note expliquant que les usages de pointe de l'électricité émettait 500 à 600 g de CO2 par kWh

Dans la RT 2005 (ou pour le DPE) dont sont issues les valeurs que tu cites, les données pour le chauffage électrique sont hors Analyse du Cycle de vie alors pour les énergies fossiles, elles sont en ACV...

Je ne parle pas du bois pour lequel on part du principe que sa combustion n'émet de CO2 dans la mesure où la gestion de la fôret dont il est extrait permet de compenser le CO2 émis lors de la combustion, d'où les 13g ...

Le sujet n'est vraiment pas simple. Il y par contre un adage certain : l'énergie qui ne pollue pas est celle que l'on ne consomme pas.

tchouka | 05 janvier 2010 à 18h15
 
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Enfin une association qui ne cache pas son nom NEGAWATT et sa vocation avec nega comme négatif. Il faudrait de temps en temps relire ses articles pour éviter les stupidités mathématiques

beauv | 06 février 2012 à 17h09
 
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Pour limiter les pointes pourquoi pas revenir à une option tarifaire qui existait et qu ' EDF a supprimé : EJP effacement jours de pointe . 22jours , 18h soit 396h où le tarif est suffisamment dissuasif pour que les gros consommateurs fassent tourner des groupes électrogènes et que les particuliers déplacent l ' utilisation de leurs appareils énergivores et se chauffent avec une autre énergie . Moyennant un tarif intéressant pendant les périodes non chargées ce qui permettrait à EDf d ' éviter de construire des centrales polluantes et inamortissables en raison de leur durée d ' utilisation .
On peut aussi diminuer la tension de 5% ce qui permet de baisser la puissance appelée de 10% (banale loi d ' Ohm)
Et pourquoi pas forcer les constructeurs à améliorer le facteur de puissance des appareils qu ' ils construisent car actuellement beaucoup d' utilisations ont un moteur ou un transformateur qui appellent le double de puissance (en VA) par rapport à leur puissance en W . Il suffit de mesurer l ' intensité , la multipler par la tension du réseau et comparer à la puissance en W . Mes fluorescents de 36w appellent 0,5A soit plus de 110VA , même écart pour la télé et autres appareils qui ne sont pas des résistances pures comme les radiateurs sans moteur .
Pour conclure , heureusement que nous avons pour la période la plus chargée vers 19h les cellules photovoltaïques ! Et puis il y a 20 ans EDF conseillait efficacement pour économiser l ' énergie !

henri golland | 06 février 2012 à 18h18
 
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