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Actu-Environnement

Politique de continuité écologique : une nouvelle controverse scientifique ?

La politique de continuité écologique est remise en question sur le terrain par des usagers notamment propriétaires de moulins et certains scientifiques. Une table ronde à l'Assemblée en a été l'illustration. Retour sur les différentes positions.

Décryptage  |  Eau  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°366 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°366
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"Quelle nature ou quels cours d'eau souhaitons-nous ?", a interrogé Christian Lévêque, hydrobiologiste, directeur de recherche émérite à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), à l'occasion d'une table ronde de la Commission du développement durable de l'Assemblée nationale sur les usages et la gestion équilibrée des cours d'eau. De cette question découle une grande partie des tensions et positions différentes d'acteurs impliqués dans la politique de la continuité écologique.

 
Un objectif de près de 5.000 ouvrages à traiter d'ici 2018 L'Onema a identifié, lors de sa dernière campagne, un total de 76.807 obstacles à l'écoulement. Ces derniers se composent d'environ 550 grands barrages (d'une hauteur supérieure à 15 mètres, d'un stockage supérieur à 3 millions de m3 ou d'une puissance supérieure à 12.000 kW), de 3.000 ouvrages hydroélectriques mais également de barrages et de seuils divers (ouvrages, fixes ou mobiles, qui barrent tout ou partie du lit mineur d'un cours d'eau dont la hauteur est en général inférieure à 5 mètres) installés sur les cours d'eau. L'Onema estimait alors que plus de la moitié des ouvrages recensés n'ont pas d'usage avéré.
Au 1er janvier 2016, selon le référentiel des obstacles à l'écoulement, 20.665 ouvrages figuraient sur les cours d'eau classés en liste 2. Une partie d'entre eux est concernée par l'obligation d'aménagement ou l'arasement. Au titre du dixième programme, les six agences de l'eau se sont fixées un objectif de près de 5.000 ouvrages à traiter sur la période 2013 - 2018.
 
Insufflée par l'Europe, cette notion est entrée dans le droit français par l'intermédiaire de la loi sur l'eau et les milieux aquatiques (Lema) en 2006. La Lema a refondu le classement des cours d'eau et induit des obligations de mise aux normes pour les propriétaires d'ouvrages. Pour les cours d'eau les plus impactés (liste 2), les échéances s'échelonnaient de juillet 2017 à décembre 2018.

Le plan national d'actions pour la restauration de la continuité écologique des cours d'eau (Parce), lancé en novembre 2009, visait plus précisément 1.200 ouvrages à mettre aux normes d'ici 2012. Mais du retard a été pris. Les délais ont ensuite été assouplis par la loi Biodiversité du 8 août 2016 : les propriétaires des ouvrages disposent de plus de temps pour répondre à leurs obligations. Désormais, quand la mise aux normes n'a pas pu être effectuée dans les temps, un délai supplémentaire de cinq ans est accordé si un dossier de propositions d'aménagement ou de changement de modalités de gestion de l'ouvrage a été déposé.

Un environnement anthropisé

Si ce report a été acté, c'est que cette politique peine toujours à se mettre en œuvre. Le sujet est sensible et provoque de nombreux débats. La table ronde à l'Assemblée sur les usages et la gestion équilibrée des cours d'eau en est un des exemples. Les intervenants ont soutenu nombre d'arguments critiques à son égard. Coïncidence ou non, cette rencontre aurait été organisée en concertation avec le "mouvement pour un moratoire sur la continuité écologique".

Les scientifiques invités ont notamment interrogé la pertinence de cette politique soulignant que l'ensemble des cours d'eau est anthropisé et que la biodiversité européenne telle qu'elle existe aujourd'hui découle des actions de l'Homme. "Lorsque nous décidons de la création ou de l'arasement d'un barrage, nous perdons et nous gagnons, a pointé Christian Lévêque. Le réservoir du lac du Der en Champagne, créé sur une zone de bocage, est devenu un site Ramsar où des grues cendrées viennent". Pour la Fédération française de l'association de sauvegarde des moulins, ces ouvrages contribuent au bon fonctionnement de l'écosystème désormais anthropisé. Pour eux, les véritables responsables de la disparition des espèces sont l'augmentation de la pollution et de la température globale. "Le déplacement n'est pas synonyme de reproduction quand le milieu est défavorable et contient par exemple des pollutions médicamenteuses comme les perturbateurs endocriniens", a ajouté lors des échanges Patrice Cadet, président de l'association de sauvegarde des moulins de la Loire. Selon les intervenants, la justification de la politique de continuité écologique ne s'appuierait que sur la protection des poissons migrateurs. André Micoud, sociologue, directeur de recherche honoraire CNRS, a invité, quant à lui, à une articulation de tous les usages. "Oui à la continuité à condition qu'elle soit intégrale, a-t-il indiqué. Elle doit prendre en compte les dimensions symboliques, historiques, culturelles, sociales, économiques, patrimoniales des cours d'eau, soit tous les usages de l'eau pour une gestion équilibrée des rivières".

Le choix des espèces cibles contesté

Autre critique formulée : les critères de sélection des espèces de poissons pour lesquels les ouvrages doivent être aménagés. Ces derniers sont en effet associés à des espèces ou groupes d'espèces cibles. "Il peut être mentionné par exemple, que l'alose doit pouvoir remonter jusqu'au 35e barrage, alors que nous savons qu'au bout de deux ou trois barrages elle se fatigue très vite. Même quand nous avons des passes à poissons à un million d'euros, elle ne remonte pas, a déploré Guy Pustelnik, directeur de l'Etablissement public territorial du bassin de la Dordogne. Il faut étudier le cumul des impacts. Dans les technologies actuelles, au bout de trois, quatre, cinq seuils, nous considérons que les poissons ne peuvent plus monter, ils ne trouvent pas les entrées, ils sont épuisés".

Les intervenants ont également pointé un manque de connaissance concernant les effets environnementaux de la création de seuils comme de l'arasement des barrages. "La politique actuelle est basée sur des fondements scientifiques faibles", a estimé Jean-Paul Bravard, professeur émérite de géographie à l'Université Lyon 2. Le constat d'un besoin de travaux de recherche sur cette question semble plus largement partagé. Une expertise scientifique collective avait également pointé, en mai 2016, le déficit de connaissance concernant les impacts cumulés des retenues d'eau. "Nous manquons de retour d'expérience concernant le rétablissement de la continuité écologique, estime également Philippe Boët, directeur adjoint scientifique du fépartement Eaux de l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture (Irstea). Des collègues de l'Inra ont fait un état des lieux pour le projet d'effacement de barrages sur la Sélune et devaient faire le suivi scientifique sur un long laps de temps mais l'arasement a été bloqué par des oppositions locales".

Sur le terrain, malgré les tentatives de concertation, les tensions ont du mal à être désamorcées entre les riverains - qui souhaitent notamment conserver l'usage de cours d'eau qu'ils se sont appropriés - et les acteurs publics de la gestion des cours d'eau qui veulent poursuivre les objectifs fixés par la loi et conserver le financement des opérations par l'Agence de l'eau. "In fine, c'est un choix politique car la question fondamentale est : souhaitons-nous un cours d'eau qui assure nos usages ou qui aura une valeur en soi si importante qu'il s'agira de tout faire pour préserver la biodiversité ?, constate Jacques-Aristide Perrin, doctorant en géographie au sein de la chaire "Capital environnemental et gestion durable des cours d'eau" (Géolab). Et les frontières entre science et politique peuvent être parfois poreuses sur quelques aspects comme dans maintes politiques publiques".

Des fiches ministérielles sur les idées fausses

Les questions autour de la continuité écologique prennent ainsi des allures de controverse scientifique. De son coté, le ministère de l'Environnement défend sa position et répond sur son site internet aux arguments en défaveur de la trame bleue. "Les fiches sur les idées fausses visent à répondre aux affirmations très répandues sur le terrain, qui contribuent souvent à la contestation de l'intérêt de la politique de restauration de la continuité écologique menée en France", explique-t-il en préambule. Il déconstruit des positionnements tels que "Les poissons abondaient dans les rivières à l'époque où des dizaines de milliers de moulins fonctionnaient. Ces derniers n'ont donc pas d'impact sur la faune piscicole ! Il faut prendre des mesures ailleurs !". Pour le ministère, la plupart des moulins sont aujourd'hui mal entretenus et maintenus en permanence vannes fermées. De plus, le niveau et le nombre de pressions exercées sur les cours d'eau ne sont pas comparables avec ceux du Moyen-âge jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.

Privilégier la capacité d'adaptation

Autre affirmation contestée par le ministère : "Avec le réchauffement climatique, la température de l'eau va augmenter et la ressource va baisser. Les grands migrateurs n'iront plus dans les cours d'eau du Sud-Ouest de la France, il est donc inutile de restaurer la continuité écologique de ces cours d'eau !". Ce dernier oppose que la levée des obstacles à la circulation des poissons et au transport sédimentaire est essentielle pour permettre aux espèces de s'adapter et rejoindre des zones plus fraîches qui leur sont plus favorables. Cette restauration, lorsqu'elle permet le rétablissement des eaux courantes, participe également à la lutte contre le réchauffement des eaux.

 
Faut-il continuer à faire des efforts pour rétablir le saumon en Garonne sachant qu'avec l'élévation de température, nous aurons aussi des diminutions de débit ?… La question se pose !  
Philippe Boët de l'Irstea
 
Pour Philippe Boët de l'Irstea, les ouvrages perturbent effectivement la variabilité saisonnière naturelle de l'écoulement à laquelle s'étaient adaptés les organismes aquatiques mais également la structuration des habitats du fait des modifications hydrodynamiques et physico-chimiques de l'eau. "Ce qu'il faut défendre, c'est la capacité d'adaptation des espèces, préconise-t-il. Toutefois, nous sommes entrés dans l'anthropocène… Et il est illusoire de penser que ce type de populations de poisson pourrait être autosuffisant. Elles ont maintenant besoin de notre aide. Mais faut-il continuer à faire des efforts pour rétablir le saumon en Garonne sachant qu'avec l'élévation de température, nous aurons aussi des diminutions de débit ?… La question se pose !". Selon lui, avec le changement climatique, les aires de distribution des poissons se modifient déjà : par exemple, celles des saumons ou des éperlans se rétractent vers le Nord tandis que le maigre, venant du Sud, voit la sienne s'élargir.

Pour Paul Michelet, directeur général en 2016 de l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema) désormais fusionnée dans l'Agence française de la biodiversité, les différentes positions ne sont pas inconciliables. "Nous sommes complètement d'accord pour dire que chaque cas est un cas d'espèce : il existe des grands et petits ouvrages, des rivières à différents régimes, modère-t-il. Une analyse de la hiérarchie des problèmes qui se posent, des pollutions, de gestion de l'état physique, quantitatif, ou biologique est indispensable".

Travailler sur un projet de territoire

Si Paul Michelet reconnaît que les connaissances scientifiques sur cette question méritent d'être approfondies, il refuse toutefois que ce manque serve de prétexte pour l'inaction. Des analyses locales à l'échelle de tronçon de cours d'eau doivent en effet être menées pour identifier le nombre d'ouvrages supportables et lesquels devront être supprimés ou aménagés. "L'équilibre entre les intérêts généraux et particuliers est une question délicate, qui ne peut se traiter par un mécanisme descendant, note-t-il. Il est nécessaire que le dispositif de mise en œuvre soit renvoyé à des mécanismes de concertation territoriale, à des schémas d'aménagement et de gestion de l'eau (Sage), des schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage) … Il faut essayer d'objectiver les choses et peut-être faire intervenir plus les sciences humaines et sociales".

"Nous ne sommes pas dans un problème uniquement technique mais également social, sociologique, nous devons donc travailler sur un projet de territoire, assure également Pierre Audiffren directeur du cabinet Ectare, spécialisé dans l'évaluation et le management environnemental et le génie écologique. Quels sont les acteurs? Comment les faire travailler ensemble ? Pour négocier et arriver à un projet qui satisfasse au mieux l'ensemble des intérêts, il faut favoriser le regroupement des compétences".

Réactions21 réactions à cet article

 

il s'agissait surtout d'un exposé à charge qui représente une frange de continuito sceptiques, quid d'un débat équilibré?
Le lobby des moulins et de la micro hydroelecité nous demande toujours de justifier de l'intérêt de la politique continuité alors qu'il suffit d'ouvrir les yeux pour voir les effets des effacements sur la revitalisation des milieux (à qualité de l'eau inchangé).
Sont ils seulement capable de montrer en quoi leurs projets hydroelectriques sont intéressants économiquement pour la France.

Si on se base sur l’équipement de petits ouvrages autour de 50kw, on obtient un prix d'Installation hydroélectrique médian de 500 k€ pour 50kW (en ignorant l'équipement en passe à poisson,).
pour produire 2,5MW, il faut donc 50 unités et on obtient un investissement de 25 M€,
-> de quoi financer 8 éoliennes de 2MW à 3M€ pièce.
-> donc avec 25M€, on produit 16MW au lieu de 2,5MW... et on a beaucoup moins d'impact environnemental...

moi je vois surtout un effet d'aubaine pour le petit producteur hydro avec des tarifs de rachats qui étaient jusqu'alors intéressants et garantis: pas de prise de risque, rentabilité à 10-15 ans et cela financé avec l'argent prelevé en surcout de notre facture d'électricité.
en tant que contribuable, je ne vois pas la logique de l'obstination à vouloir équiper toutes les petites chutes.

les seuils des moulins peuvent être supprimées en gardant l'aspect patrimoine
Arrêtons les contestations pseudo scientifique, et les accusations de partialité

eau | 12 janvier 2017 à 14h57
 
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Il en est des moulins comme des paysages ,certains ,obsédés par les KW en arrivent à détruire tout ce qui constitue notre patrimoine .
On peut fort bien garder les vieux moulins et ménager les passages à poissons . Il ne faut pas confondre bief et barrage de 50 m. de haut .

sirius | 12 janvier 2017 à 17h52
 
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Si l'on veut bien consentir à "transcender" (ici, élever le débat) en outrepassant les considérations économiques, on peut sérieusement s'interroger, sans idées préconçues ou "reçues:

- Sur la dégradation de la diversité des milieux aquatiques existant dans la rivière et sur l'assèchement total ou partiel des zones humides d'amont, née de la destruction des seuils de moulins et des seuils ou barrages en rivière: J'en suis resté, malgré mon jeune âge et peut-être grâce à lui, à la notion basique et pourtant scientifique "Plus grande diversité des milieux aquatiques = plus grande diversité du nombre d'espèces aquatiques, dans une portion de cours d'eau donnée".
Que l'on veuille bien me contredire sur ce point!

- Sur les dispositions de l'article L.211-1 du code de l'environnement, lequel article prescrit: " la gestion équilibrée et durable de la ressource en eau. Cette gestion prend en compte les adaptations nécessaires au changement climatique et vise à assurer:

1° La prévention des inondations et la préservation des milieux aquatiques, des sites et des zones humides;...

2°, 3, 4°,5°,6°: Pour mémoire

7° Le rétablissement de la continuité écologique au sein des bassins hydrographiques."

Outre à ce que le rétablissement de la continuité écologique intervient au 7ème rang, bien après l'exigence légale de la prévention des inondations et de la préservation des milieux aquatiques, des sites et des zones humides (logiquement menacés de disparition ou de dégradation partielle,

Euplectes | 12 janvier 2017 à 19h55
 
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(suite) pour les arasements de seuils en leur amont). Aussi, pour le risque d'inondations de zones habitées et industrielles, situées à l'aval immédiat ou plus lointain du barrage détruit, risque qui doit apparaître , en toute logique de précaution, aggravé jusqu'à preuve du contraire.

Au regard de la loi et de la science, références tout de même logiques et raisonnables, ce ne serait qu'après avoir écarté, non pas d'un revers de main mais à l'aide d'études menées par des organismes agrées et indépendants, tout risque aggravé d'inondations en aval et de dégradation de l'habitat humide en amont, que l'on pourrait être autorisé à supprimer un seuil ou un barrage, au nom de l'exigence légale de la restauration de la continuité écologique.

Il faut savoir raison garder; demandons donc aux Commissaires-enquêteurs intervenant dans les enquêtes publiques ce qu'ils en pensent!

Euplectes, "pseudo-scientifique" et "pseudo-juriste" (LOL)

Euplectes | 12 janvier 2017 à 20h15
 
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eau : en bon militant de l'indignation, vous copiez-collez les mêmes approximations de forums en commentaires. L'énergie concerne moins de 10% des ouvrages classés au titre de la continuité. Les gens réagissent d'abord au patrimoine, au paysage, à la gabegie d'argent public pour faire varier une densité locale de poisson n'apportant aucun service. Par ailleurs, vous n'avez rien à dire au contenu des débats, c'est le niveau zéro de l'argumentation (vous dites en gros "méchants profiteurs" quand des scientifiques reconnus vous parlent de l'eau, c'est ridicule)

Euplectes : vous lisez la moitié de la loi, le même article évoque:
- Le développement, la mobilisation, la création et la protection de la ressource en eau ;
- La valorisation de l'eau comme ressource économique et, en particulier, pour le développement de la production d'électricité d'origine renouvelable ainsi que la répartition de cette ressource ;
- la promotion d'une utilisation efficace, économe et durable de la ressource en eau;
- la promotion d'une politique active de stockage de l'eau pour un usage partagé de l'eau permettant de garantir l'irrigation, élément essentiel de la sécurité de la production agricole et du maintien de l'étiage des rivières, et de subvenir aux besoins des populations locales;
- la préservation du patrimoine hydraulique, en particulier des moulins hydrauliques et de leurs dépendances, ouvrages aménagés pour l'utilisation de la force hydraulique des cours d'eau, des lacs et des mers.

Hydrauxois | 22 janvier 2017 à 09h48
 
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(suite)

Sinon Euplectes entre une rivière qui présente uniquement des formes naturelles (seuils, radiers, plats, mouilles, etc.) et une autre qui, en plus, offre des habitats artificiels nouveaux (retenues, biefs, lacs, étangs), pourquoi n'y aurait-il pas une plus forte biodiversité sur la seconde? Si vous mesurez à échelle spatiale de la rivière (pas de 100 m2 de micro-habitats) et à échelle temporelle de l'année, cela donnerait quoi ?

Nota : la biodiversité c'est l'ensemble de la faune, la flore, la fonge, et non pas les seuls poissons salmonidés ou migrateurs ou rhéophiles. Ne confondons pas l'inventaire de la réalité biologique d'un hydrosystème (jamais fait aujourd'hui) avec les jugements de valeur haleutique des pêcheurs ou les nostalgies romantiques de l'Eden sauvage. Un exemple concret lentique / lotique : Etangs de Marrault: quand le patrimoine historique enrichit la biodiversité

Faites le bilan aux riverains de ce qu'est supposé apporter la destruction des ouvrages (généralement une simple variation de densité locale de poissons / insectes déjà présents en amont ou en aval) et vérifiez qu'ils consentent à payer pour ce genre de résultat. D'après notre expérience, ce n'est pas le cas, la "rivière (soi-disant) renaturée" passionne une minorité de gestionnaires et fonctionnaires, mais les gens s'intéressent plutôt aux pollutions, loisirs, paysages, revenus économiques locaux (dont énergie n'en déplaise à "eau"), risques de crues ou d'assecs, patrimoines, etc.

Hydrauxois | 22 janvier 2017 à 10h06
 
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Merci, Hydrauxois, pour ces commentaires et précisions.

Je n'ai évoqué que pour mémoire, et sans doute ai-je eu tort, les 2°, 3°, 4°, 5° et 6°de l'Art. L.211-1. Mais je ne les ai pas écartés pour autant, loin de là: Il s'agissait de montrer les priorités (prévention des inondations, préservation des écosystèmes aquatiques, des sites et des zones humides) et de montrer le caractère non prioritaire, conféré par la loi, à la restauration des continuités écologiques, restauration que l'on met très souvent en avant, en tant que nécessité première, dans les études de projet de destruction des seuils et barrages.

L'Art. L.211-1(II) précise d'ailleurs: " La gestion équilibrée doit permettre EN PRIORITE de SATISFAIRE les exigences de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité civile, et de l'alimentation en eau potable de la population.
"Elle doit également permettre de satisfaire OU CONCILIER, lors des différents usages, activités ou travaux, les exigences:
"1°De la vie biologique du milieu récepteur, et spécialement de la faune piscicole et conchylicole;
"2°De la conservation du libre écoulement des eaux et de la protection contre les inondations;
"3°(pour mémoire)"

Je déduis de ce qui précède que l'exigence légale de la sécurité civile (risque inondation) doit être satisfaite en priorité. L'assurance de la non aggravation du risque inondation, vu l'expérience et la modification récemment constatée du comportement des crues, devrait être établie à l'aide d'études (...)

Euplectes | 23 janvier 2017 à 15h30
 
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(...) autrement plus étayées, dans la plupart des cas.

Et vos considérations sur les dispositions des 2° à 6° de l'Art. L.211-1 sont conformes et véritables, elles "apportent de l'eau à notre moulin".

Par ailleurs, que l'on mesure à toute échelle spatiale ou temporelle, le nombre d'écosystèmes recensés dans une portion de cours d'eau (et à proximité d'un cours d'eau) est en raison du nombre d'espèces de faune et de flore (et pas seulement des poissons) recensées (scientifiquement) et "recensables" (par extrapolation). Ceci n'est pas un postulat mais un théorème pour les biologistes.
La colonisation d'une rivière par un petit nombre d'espèces de salmonidés et de leurs seules espèces accompagnatrices et "satellites" (toute faune et flore), au détriment d'autres espèces vouées à la disparition, à cause de la dégradation de leur habitat, serait considéré comme un non-sens écologique. En ce qui regarde les pêcheurs, l'ambition des "Salmonophiles" peut être reçue dans ce débat, mais l'ambition des "Cyprinophiles"est tout aussi respectable.

Enfin, Hydrauxois, je vous remercie pour vos précieux conseils, arguments très utiles pour aider à informer l'opinion.
Euplectes

Euplectes | 23 janvier 2017 à 16h18
 
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La question quant à l'application de la continuité écologique est effectivement toujours ouverte et son application par les gestionnaires est critiquable. Par contre, les scientifiques qui sont intervenus à l'assemblé nationale, sous la poussée d'un lobby comme un autre, sont tout aussi critiquables. Une vraie table ronde aurait rassembler les pour et les contres. Ces messieurs ont passé sous silence l'ensemble des impacts démontrés des barrages et de la répétition de seuils sur certains cours d'eau.
Bref, ils ont utilisé leur étiquette de scientifique mais n'ont pas eu une réelle approche scientifique. C'est une présentation partiale et donc tout aussi fausse que celle qu'aurait pu faire un défenseur du saumon. Leur intervention est donc nuisible au débat car elle ne s'est pas faite selon un point de vue réellement global. C'est navrant.

Nico | 02 février 2017 à 17h17
 
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Si je vous comprends bien, Nico, des groupes de pression (lobbies) n'auraient cesse de tenter d'utiliser la passion des pêcheurs de saumons et truites pour promouvoir leurs propres intérêts, bien différents (à moins que ce ne soit l'inverse). D'autres lobbies se serviraient, aux mêmes fins et dans le cas de l'espèce, de scientifiques de grand savoir et renom pour faire émettre des réserves sur la pertinence de l'application généralisée du "principe" de la restauration des continuités écologiques: je veux bien vous croire.
Mais, à mon avis, ceci n'a pas grande importance, au regard des enjeux majeurs que nul ne peut et ne doit écarter, enjeux qui sont le risque inondation et la préservation de la riche diversité des habitats.

Concernant ces enjeux majeurs, et comme vous le dites bien, le ministère et ses services administratifs devraient revoir leur doctrine. L'espèce humaine mérite autant d'attention que la faune et la flore aquatiques, et en essayant d'ainsi privilégier radicalement l'habitat des salmonidés, on SAIT que l'on porterait atteinte grave à l'ensemble de l'écosystème aquatique (cours d'eau et zones humides, faune et flore) et on a de fortes RAISONS DE CRAINDRE pour la sécurité de l'homme (risque accru d'inondation), en l'état actuel des connaissances.

Tout ceci mérite une attention précautionneuse, ce qui n'empêche pas les débats à tous niveaux, avec ou sans lobbies.

Euplectes

Euplectes | 05 février 2017 à 17h39
 
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Bonjour,

@Euplectes
Vous semblez dire que les projets d'arasement de seuil se font sans réflexion sur les enjeux d'inondation. C'est évidemment faux et vous avancez là un très mauvais argument contre les projets autour de la continuité écologique. Les seuils sont par ailleurs fréquemment employés à but...d'irrigation. Ce sont surtout les barrages et donc les retenues qui permettent de freiner les ondes de crues et limiter les risques d'inondation. Les digues jouent également un rôle majeur. On pourra ajouter que ces infrastructures protègent avant tout les villes d'importance. Donc rassurons le public car les politiques d'aménagement du territoire sont prises en compte dans les dossiers environnementaux.

Revenons en donc au seul débat qui nous occupe ici à savoir la préservation des écosystèmes. Là tout devient beaucoup plus flou car Messieurs Bravard et Lévêque parlent d'anthroposystèmes. Qu'est ce que c'est ??? Personne ne peut le dire car c'est surtout un concept bien pratique pour ne rien remettre en cause des pratiques de l'Homme sur son environnement. Dire que transformer une rivière en un pseudo-lac ne change rien voire fait gagner la biodiversité est une vision bien restrictive et certainement pas scientifique. Le seul constat qu'on peut faire est qu'on a changé le système. Là où je les rejoint c'est qu'il est difficile de dire quelle est la perte. Mais remodifier ces systèmes seulement pour une espèce est sans doute une erreur écologique.

Nico

Nico | 06 février 2017 à 20h53
 
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Le mot "anthroposystème" n'est pas un mot "valise": Un anthroposystème est un écosystème dans lequel l'espèce "Homme" tient un rôle plus ou moins prépondérant (Voyez aussi "Anthropocene").
Vous soulevez ici, Nico, un point fondamental. Celui de la prévalence de l'homme par rapport aux autres espèces animales et végétales.
L'équilibre de l'écosystème est ponctuel et peut varier. Penser qu'un écosystème donné, au temps T., est déséquilibré en raison de l'influence de l'Homme sur les milieux de vie, influence proclamée excessive ou nuisible, est une pensée qui en vaut une autre.

Mais, revenant au sujet, considérer que les arasements projetés de seuils ou barrages n'auraient aucun impact adverse sur les milieux aquatiques et les habitats humides relèverait d'une appréciation qui contredit l'expérience et bouscule la conscience de certains, dont je suis.

On opposerait un peu trop vite les impacts des activités humaines sur les milieux, et les impacts des autres espèces sur ces mêmes milieux. Déséquilibrer un écosystème n'est pas le rééquilibrer, l'intérêt est donc de s'entendre sur l'objectif à atteindre.
C'est le sujet de la controverse actuelle, et comme à l'habitude, chaque partie en présence tente de rétrograder le niveau de compétences et la qualité des avis de ses contradicteurs au rang du mésencéphalique, à des gesticulations de pantins de foire ou, au pire, à des conflits d'intérêts.
L'enjeu de l'eau, des milieux aquatiques et des zones humides, mérite un meilleur débat

Euplectes | 11 février 2017 à 11h33
 
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(...) Il est habituel de dénier la qualité de "scientifique" à ses contradicteurs. A vous lire, le mot "scientifique" apparaît ici un "fourre-tout": Peut-être bien. Vous connaissez comme moi la définition du mot "science".

Et comme vous le dites avec raison, il est temps d'un débat équitable, approfondi, constructif et non destructeur: Confrontation des connaissances puis conciliation et consensus.

Pour les seuils et barrages, et sans parler d'irrigation (anthroposystème), la réflexion sur les enjeux inondation ne me paraît pas suffisante: Il ne s'agit que de calculs. Les calculs ont, bien sûr leur intérêt mais ils ne portent, en général, que sur ce qui se passe dans le lit mineur du cours d'eau.
Dans les vallées moyennes, lors des crues moyennes à fortes, le débit dans le lit mineur ne représente souvent que le tiers du débit total, les deux tiers de la crue dévalant dans le lit majeur gauche et dans le lit majeur droit: Il y a donc, à l'acmé de la crue, trois cours d'eau à étudier et non un seul. Ceci vaut, a fortiori, pour les basses vallées (de pente encore plus faible).

Quand je vous aurai dit, Nico (mais vous le savez déjà) que les lits majeurs sont traversés par des routes, occupés par des zones habitées et industrielles, des stations d'épuration, en zones inondables, vous comprendrez je l'espère, la raison de mes sérieuses réserves.

Euplectes

Euplectes | 11 février 2017 à 11h59
 
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Nico : "Bravard et Lévêque parlent d'anthroposystèmes. Qu'est ce que c'est ???"

Faites une recherche Scholar "novel ecosystems", vous aurez 600.000 résultats. Les espaces occupés par l'homme ne sont pas désertés par le vivant, mais ils modifient les propriétés physiques, chimiques, biologiques de son accueil.

On conviendra qu'un hectare de parking ou de céréaliculture intensive n'est a priori pas très riche. En revanche, les biefs, canaux, étangs, lacs et autres hydrosystèmes d'origine artificielle (=anthroposystèmes ou socio-éco-systèmes) ne peuvent pas subir ce présupposé négatif sans inventaire préalable, la meilleure preuve étant que certaines de ces zones sont classées en ZNIEFF ou Natura2000.

Certains veulent confondre biodiversité et retour à une "intégrité biotique" pré-humaine — par exemple, une rivière à truites devrait avoir un quota de truites défini par une situation de référence peu perturbée, si un étang barre cette rivière, diminue la densité de truites mais accueille au fil de l'an des dizaines d'espèces oiseaux, mammifères, poissons, etc, on voudrait y voir une "altération" ou une "dégradation" (thermique, hydrobiologique, etc.). Ce mode de pensée est pour nous critiquable, et en France, il a été surtout porté par une réduction de l'écologique à l'halieutique dans la gestion de la rivière (héritage CSP-Onema, poids des fédés de pêche dans le discours "milieux aquatiques"). Davantage de rigueur dans l'évaluation écologique initiale des BV est souhaitée.

Hydrauxois | 13 février 2017 à 11h18
 
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@Euplectes
Un système ne se définit par une espèce. Le terme anthroposystème laisse entrevoir que l'Homme se voit au coeur du système.
Je cherche avant tout à dire que l'exposé de Bravard et Lévèque est partial car il présente positivement les aménagements humains sans voir les inconvénients autrement qu'au travers d'une présentation condescendante de l'écologie.
Pour l'aspect inondation, les projets s'attachent à prendre en compte les risques d'inondation avec des périodes de retour de 100 ans voir plus qui sont au-delà du lit mineur.
@hydrauxois
La modification des hydrosystèmes a aujourd'hui été établie sur les invertébrés, les macrophytes ou encore les microorganismes. Cela a des conséquences sur les fonctions de l'écosystème dont certaines intéressent l'homme comme l'autoépuration. Les barrages et autres seuils, ralentissent le cours d'eau, favorisent son échauffement, l'installation d'espèces exotiques envahissantes. Ce sont des dizaines d'espèces qui sont donc affectées et des processus modifiés.
Le seul constat scientifique est que l'écosystème est modifié. Il semble préférable d'être prudent dans nos modifications. C'est sans doute bête à dire mais un lac n'est pas une rivière quoiqu'on puisse en penser au travers de notre regard très humains. Il y a sans doute un compromis à trouver mais rien n'empêche de questionner nos usages.
Il est dommage que Bravard et Lévèque n'aient pas posé le débat de façon plus ouverte.

Nico | 13 février 2017 à 23h44
 
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@nico : "Cela a des conséquences sur les fonctions de l'écosystème dont certaines intéressent l'homme comme l'autoépuration"

Là-dessus, allez voir rubrique "auto-épuration" de notre site, la hausse du temps de résidence hydraulique est plutôt associée à des surcroîts d'élimination pour certains contaminants. L'expertise collective Irstea-Inra-Onema sur l'effet cumulé des retenues n'a pas validé l'idée que l'auto-épuration est affaiblie par ouvrages (ni le contraire d'ailleurs, conclusions très prudentes). Il faut donc faire des mesures sur les bassins versants. Qui les fait aujourd'hui? Où sont les travaux sur dynamique des polluants selon fragmentation?

"le seul constat scientifique est que l'écosystème est modifié"

Oui. Mais le discours tenu depuis 10 ans par administration et gestionnaire est que les ouvrages ont des effets forcément négatifs (sur la biodiversité, sur l'épuration, sur la connectivité, etc.) et cela de manière a priori. Maintenant on commence timidement à dire que c'est compliqué, que l'effet écologique des ouvrages doit être mieux décrit, que la restauration écologique doit mieux valider ses objectifs et son suivi, que les ouvrages peuvent avoir d'autres dimensions à intégrer… Il n'y aurait pas eu autant de souci si l'on avait tenu ce discours voici 10 ans et si l'on s'était montré rigoureux sur la justification des chantiers. Il paraît assez normal que des chercheurs pointent ce qui leur paraît excessif ou insuffisant dans la mise en oeuvre de la CE.

Hydrauxois | 14 février 2017 à 09h50
 
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Ces chercheurs ne pointent pas seulement le manque de cohérence des politiques de gestion ils critiquent même l'écologie en tant que science. Ils remettent en question les résultats d'études sur la modification des écosystèmes par les barrages. Les chercheurs qui travaillent sur la restauration écologique (IRSTEA, universitaires...) sont atterrés par les propos tenus par ces 2 chercheurs. On peut mettre en doute les résultats des études, c'est l'essence même de la science mais dire comme Mr lévêque que c'est la trame bleue qui a conduit à certaines invasions biologiques c'est quand même vraiment n'importe quoi. Les connexions entre canaux ont été faites uniquement dans l'intérêt du transport fluvial.
Il n'y a donc ici aucune controverse scientifique plus qu'ailleurs. On s'étonne surtout de la démarche de ces 2 scientifiques, de leurs arguments et on s'agace de la condescendance vis-à-vis de l'écologie en tant que science ("Je n'ai rien contre l'écologie...")

Nico | 14 février 2017 à 10h27
 
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Quand Bravard publiait avec Malavoi pour l'Onema, il "pensait bien" et cela n'appelait pas de discussion, mais voilà qu'aujourd'hui il pense mal, est condescendant, etc. Il faudrait s'interroger sur les raisons pour lesquelles un artisan de longue date de la gestion par bassins versants et de l'approche morphologique éprouve une telle gêne face à ce que se fait depuis quelques années, non?

La description des canaux comme "trame bleue", on l'a pris comme une manière de faire réfléchir à ce que signifie connecter des milieux (pas au premier degré, donc). Sinon, le risque invasif fait partie des discussions de la communauté scientifique internationale en restauration de rivière et effets indésirables de la défragmentation — on tient quelques dizaines de références peer reviewed à votre disposition.

Que Lévêque fasse une analyse critique de l'écologie comme science, ce n'est pas nouveau: son essai chez Quae est paru voici 4 ans, cela n'arrive donc pas comme une surprise. Ce qu'il déplore est la porosité de l'écologie comme science à divers jugements de valeur non scientifiques venu du gestionnaire (ou de l'air du temps). En politique ou en éthique, on peut définir ce qui est "bon" et "mauvais", cela fait même partie de l'exercice. En science, cela fait bizarre. Par exemple, pourquoi un "bon" état écologique serait-il défini par proximité avec un état naturel pré-humain? Le rôle de la science est-il de valider ce genre de préjugé ou d'en faire critique comme préjugé?

Hydrauxois | 14 février 2017 à 11h23
 
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Je suis très très .. inquiet sur toutes nos installations (très polluantes) d'épurations , qui ce jettent dans nos petites rivières.!!
Car , pour le constater très souvent (pêcheur)
elles ne sont pas entretenues, et colmatées.... La santé public.!!! l'eau du robinet..!!! c'est grave ....
Pour les micro centrales .. ce n'est même plus discutable.!!! avec "les subventions" ont peut changer n'importe quoi...
La France possède une "richesse" avec sa côte Atlantique.!!!! avec des centrales utilisant la marée motrice..!! énergie GRATUITE.

MANIX | 17 février 2017 à 11h26
 
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@Hydrauxois
Je n'ai jamais été emballé par les travaux de Bravard. JR Malavoi a su tracer sont propre chemin sans lui et a eu bien raison. Je pense que Bravard a plus bénéficié de la qualité scientifique de Malavoi que l'inverse.
Je crois que Bravard a toujours su placer ses travaux. C'est une qualité louable et parfois utile pour les scientifiques mais pas toujours en accord avec l'intégrité.
L'exemple de la trame bleu est donc une mauvaise communication. Prendre l'exemple de canaux artificiels pour servir de contre exemple à la restauration de cours d'eau naturel, c'est un peu tiré par les cheveux, surtout vu l'auditoire pas très enclin à l'humour.

C. Lévêque est tout aussi poreux que n'importe quel scientifique a un autre avis quel qu'en soit les intérêts. Il est effectivement persuadé que les autres scientifiques (IRSTEA en tête) qui travaillent avec les gestionnaires sont, de facto, de mèche avec eux et ne réfléchissent pas à ce qu'ils font. Je ne crois pas que par son intervention il ait particulièrement fait briller le sceau de l'indépendance scientifique.
Son essai est effectivement très intéressant et quand je l'avais lu je ne pensais pas qu'il était aussi extrême dans ses pensées.

Enfin, les conditions de référence, base du "bon état", sont établies sur les conditions actuelles (au plus 30 ans en arrière )et non sur un "état pré-humain".

Nico | 20 février 2017 à 08h29
 
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@ Nico

Chacun ses appréciations des travaux scientifiques. A notre connaissance, Malavoi n'a pas beaucoup publié en peer-revieed, sa littérature (agréable à lire au demeurant) reste assez "phénoménologique". Son rapport de 2003 - qui a eu une influence assez néfaste sur la doctrine gestionnaire des seuils - fut léger en références et vide en analyse de l'effet biologique de la morphologie (l'angle par lequel on l'évalue en dernier ressort). Il nous semblait que C Lévêque a plutôt en estime ce que fait Irstea en écologie appliquée, par rapport à d'autres acteurs (que nous ne citerons pas:-).

Notre remarque sur le "bon état" peut s'affranchir du "pré-humain". l'idée directrice de la construction de l'état de référence reste "le moins anthropisé possible" (sur la base des X dernières années selon profondeur des données dispos et bio-indicateur concerné). On a assez hâte que des techniques comme le métabarcoding ADN se développent, il sera possible d'analyser en simultané la présence de milliers d'espèces des cours d'eau et rives, donc d'observer avec bcp plus de facilité et complétude qu'aujourd'hui ce qui se passe pour l'ensemble du vivant dans les rivières anthropisées / peu anthropisées. On ne doute pas qu'il est très intéressant d'analyser avec minutie le détail stationnel de la variation densitaire de quelques espèces de poissons ou ordres d'insectes... mais cela reste pour nous assez limitatif pour nourrir une réflexion sur la biodiversité des hydrosystèmes.

Hydrauxois | 20 février 2017 à 12h10
 
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