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Au Japon comme en Europe les premières conséquences énergétiques de Fukushima se font sentir

Un an après Fukushima, les stratégies énergétiques de nombreux Etats ont été ou pourraient être revues. Au Japon, l'arrêt progressif des réacteurs nucléaires impose des économies d'énergie et une hausse des importations de gaz naturel.

Energie  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
Au Japon comme en Europe les premières conséquences énergétiques de Fukushima se font sentir

Si de nombreuses questions restent encore sans réponse, notamment concernant l'enchainement exact des événements qui "échappe à la compréhension" selon Jacques Repussard, directeur général de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), "un premier retour d'expérience stratégique" peut être effectué. Il concerne l'évolution des stratégies des Etats vis-à-vis de la production électronucléaire.

Pour le directeur général de l'Institut deux postures caractérisent cette évolution : la sortie du nucléaire ou le renforcement des défenses en profondeur à la suite des stress tests. Globalement l'une des premières réactions a été de faire réaliser des tests de résistance conduits par les autorités de contrôle nationales. L'Union européenne a pour sa part ajouté une évaluation croisée réalisée par les autorités des autres Etats membres.

La volonté d'aller de l'avant

Au delà de cette approche technique, certains Etats ont d'emblée confirmé leur soutien à l'énergie nucléaire. C'est le cas de la France même si le débat ouvert après la catastrophe japonaise a déjà eu deux conséquences : la question politique du recours à l'énergie nucléaire est relancée et l'ouverture de l'enquête publique relative à l'EPR de Penly (Seine-Maritime), qui devait initialement débuter en juin 2011, a été reportée par deux fois.

Il en est de même aux Etats-Unis, où la construction des réacteurs 3 et 4 de la centrale de Vogtle (Georgie) a été autorisée en février 2012. Cependant, le projet est déjà attaqué par des opposants qui s'appuient sur le soutien inattendu du président de la Commission de régulation nucléaire (NRC). "Je ne peux pas soutenir la délivrance de cette autorisation comme si Fukushima n'avait jamais eu lieu", a expliqué Gregory Jaczko qui s'est opposé au feu vert de l'autorité qu'il dirige, ajoutant qu'"à [ses] yeux, c'est ce que nous sommes en train de faire".

Quant au Royaune-Uni, le gouvernement a réitéré sa volonté de renouveler le parc nucléaire dont la fermeture de la quasi totalité des tranches en activité est planifiée pour 2023. Le gouvernement a progressivement modifié le cadre règlementaire pour favoriser sur le long terme les énergies bas carbone, dont le nucléaire. Néanmoins, ce nouveau cadre fait l'objet de deux demandes d'enquête déposées devant la Commission européenne au motif que certaines dispositions constitueraient des aides publiques déguisées.

Quant à l'Inde ou la Chine, s'ils ont renouvelé leurs projets de développement du nucléaire, ils ont cependant marqué une pose qui entraine un retard dans les calendriers.

Des sorties plus ou moins affichées

A l'opposé, certains états ont pris des décisions politiques opposées se basant sur diverses modalités d'application. C'est le cas de l'Allemagne qui a décidé de fermer immédiatement ses huit plus anciens réacteurs et de sortir totalement du nucléaire d'ici 2022.

Il en est de même en Suisse où il a été décidé de sortir du nucléaire en 2034, lorsque le plus jeune des réacteurs helvétiques aura atteint la limite d'âge fixée à 50 ans.

La Belgique a elle aussi adopté une stratégie similaire : alors que le gouvernement envisageait en 2010 d'allonger la durée de vie des réacteurs fixée actuellement à 40 ans, l'Etat a renoncé à cette option tout en annonçant qu'aucun réacteur ne serait construit. Théoriquement, la troisième tranche de la centrale de Tihange devrait être arrêtée en 2025, entrainant de facto la fin du nucléaire belge.

Enfin, l'Italie qui envisageait de relancer cette énergie semble avoir définitivement abandonné cette option suite à un referendum qui a vu une écrasante majorité de 94,6% des votants se prononcer contre le nucléaire.

Plus généralement des doutes sont apparus sur la construction de nouveaux réacteurs dans les pays de l'OCDE. Ainsi, en novembre 2011, l'Agence internationale à l'énergie (AIE), jugeait que les capacités de production nucléaires mondiales pourraient être réduites à 335 gigawatts (GW) en 2035, soit 15 % de moins par rapport aux 393 GW en service en 2010. Un tel scenario se base sur l'absence de construction de nouveaux réacteurs dans les pays de l'OCDE et des programmes revus à la baisse dans les pays hors OCDE.

L'absence de décision japonaise

Avant la catastrophe nucléaire, l'objectif du Japon était de développer la filière nucléaire pour porter de 30% à 50% d'ici 2030 sa part dans la production électrique. Aujourd'hui cet objectif est caduc et le gouvernement a annoncé plusieurs dispositions visant à refondre sa stratégie énergétique.

C'est le cas tout d'abord de la loi adoptée en octobre 2011 qui instaure des tarifs d'achat pour l'électricité renouvelable. Naoto Kan, le Premier ministre en poste de juin 2010 à août 2011, devenu un opposant de l'atome, en faisait une condition sine qua non à son départ. Ensuite, son successeur, Yoshihiko Noda, bien que plus favorable au nucléaire, a annoncé que la future stratégie énergétique va "repartir d'une page blanche" et visera "une réduction de la dépendance au nucléaire". Des propositions devraient être formulées d'ici l'été 2012.

Reste que concrètement le Japon se passe progressivement de ses capacités nucléaires. Faute de l'accord des autorités locales, les réacteurs arrêtés pour maintenance ne peuvent redémarrer. Il ne reste plus que deux réacteurs en service, pour une puissance de quelque 2.250 mégawatts (MW), sur les 54 de l'archipel, soit près de 49.000 MW. Le dernier réacteur devrait être arrêté en mai 2012.

Le Japon observé

Indépendamment de l'aspect politique, le Japon est particulièrement observé car il doit faire l'impasse sur un tiers de sa production électrique en un laps de temps extrêmement court.

Evolution de la consommation électrique mensuelle par rapport à 2010 (source Reuters)
Mars 11 Avril 11 Mai 11 Juin 11 Juil 11 Août 11 Sept 11 Oct 11 Nov 11 Déc 11 Jan 12 Fev 12
-2,60% -8,10% -4,50% -5,30% -8,40% -12,10% -8,90% -5,50% -5,40% -1,30% -5,20% +0,50%

Face à la perte progressive de ses capacités nucléaires, le Japon a réagi en réduisant sa consommation. Modification des horaires de bureau, extinction des enseignes lumineuses aux heures de pointes de consommation et plafonnement de l'usage de la climatisation sont autant des mesures adoptées en urgence pour franchir le pic de consommation estival. Bilan, les mois de juillet, août et septembre affichent des baisses de consommation comprises entre 8,4 et 12,1% par rapport aux mêmes mois de l'année précédente.

A noter qu'il faut distinguer les économies réalisées sur l'ensemble du mois de celles réalisées aux heures de pointe de consommation. Ainsi, bien que la baisse de consommation estivale globale est d'environ 10%, la baisse de consommation lors des pics a atteint 18%, dépassant l'objectif gouvernemental fixé à 15%. Le Japon n'a donc pas eu à subir de coupures intempestives.

Par ailleurs, sur l'ensemble de l'année 2011, le Japon a augmenté ses importations de gaz naturel liquéfié (GNL) de 12,2%, pour atteindre 78.532 millions de tonnes (Mt). Quant à la consommation de charbon thermique utilisé pour les centrales électriques, elle affiche une légère baisse de 0,4% à 101.207 Mt. Dans le même temps l'ensemble de la consommation de charbon a reculé de 5,1% (175.223 Mt). Enfin, le recours au pétrole est aussi en baisse de 2,7% à 3,6 millions de barils par jour, soit le niveau le plus faible depuis 1989, rapporte l'agence Reuters. Des chiffres à comparer à la baisse du PIB japonais en 2011 qui s'établit à 0,9%, selon les chiffres publiés le 8 mars 2012.

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