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Les politiques d'adaptation urbaine rattrapées par la vitesse du changement climatique

À l'occasion de la publication du deuxième volet du sixième rapport du Giec, des voix s'élèvent pour alerter sur le décalage entre des risques climatiques croissants et des politiques déjà obsolètes, appelant à une prise de conscience politique forte.

Aménagement  |    |  Agnès Sinaï  |  Actu-Environnement.com
Les politiques d'adaptation urbaine rattrapées par la vitesse du changement climatique

« La forme d'une ville change plus vite que le cœur d'un mortel », écrivait le géographe et poète Julien Gracq. Aujourd'hui, les villes changent de visage sous l'effet de l'évolution du climat. Selon la vitesse de la hausse des températures, les risques d'impacts irréversibles pourraient quadrupler, d'après le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec). Les villes littorales sont aux avant-postes d'une transformation déjà en cours, selon le chapitre consacré aux villes du deuxième volet du sixième rapport d'évaluation du climat, publié le 28 février. Ainsi, les villes côtières jouent un rôle clé dans la transition vers un développement plus résilient au changement climatique, estime le Giec, car elles n'ont plus le choix. Près de 11 % de la population mondiale – 896 millions de personnes – vivent dans des zones côtières de basse altitude. Plus d'un milliard de personnes seront confrontées d'ici à 2050 à des risques aggravés par le climat, notamment l'élévation du niveau de la mer.

 
L'adaptation n'est plus seulement une option, mais une nécessité absolue, pour gérer l'inévitable  
Alexandre Magnan, auteur du Giec
 
« Les villes européennes sont des points chauds pour de multiples risques d'augmentation des températures et de chaleur extrême, d'inondations et de sécheresses. Un réchauffement au-delà de 2 °C devrait entraîner des impacts généralisés sur les infrastructures et les entreprises. Il s'agit notamment des risques accrus pour l'approvisionnement en énergie et les infrastructures de transport, de l'augmentation des besoins en climatisation et de la forte demande en eau », alerte le Giec, qui met l'accent sur le caractère combiné des risques. Par exemple, dans les villes en particulier, les réseaux d'infrastructures dépendent de plus en plus les uns des autres pour l'alimentation, l'électricité, les transports, le suivi des livraisons, l'adduction d'eau.

Des infrastructures cruciales

Un autre effet de risques combinés pourrait concerner la production électrique, mise à mal par la submersion côtière ou par le dysfonctionnement des secteurs hydroélectrique et nucléaire en cas de pénurie d'eau fluviale. L'interruption de l'approvisionnement énergétique urbain perturberait en cascade d'autres services, avec des impacts disproportionnés sur les citadins pauvres. Le chapitre consacré aux villes insiste sur les infrastructures vertes, qui peuvent fournir de multiples services, créant des interdépendances positives entre plusieurs systèmes d'infrastructure physique. Par exemple, les espaces verts peuvent soutenir le drainage urbain durable, le traitement in situ des eaux usées et le refroidissement urbain.

Les réseaux de communication urbains, nationaux et internationaux, devront être renforcés pour permettre à l'infrastructure numérique de mieux faire face au changement climatique et soutenir la résilience des villes et des services publics. L'omniprésence accrue des technologies de l'information et de la communication (TIC), dans les villes « intelligentes », aura évidemment des implications à long terme sur l'exposition aux risques liés au changement climatique et sur la manière dont les villes gèrent ces risques. Par exemple, même si le réseau des TIC est résilient aux canicules, il est dépendant du réseau électrique pour l'alimenter.

Des stratégies systémiques à plus long terme pourraient inclure une combinaison de redondance accrue du réseau et de décentralisation des emplacements de production, ou l'utilisation d'un « îlotage défensif », qui consiste à diviser le réseau en îlots stables afin d'isoler les composants susceptibles de tomber en panne et éviter ainsi les événements en cascade. Les réseaux intelligents sont de plus en plus déployés au sein des municipalités pour assurer une gestion plus efficace de l'offre et de la demande et atténuer les émissions de gaz à effet de serre. Cependant, la compréhension de leur performance et de leur fiabilité lors d'inondations et d'autres événements météorologiques extrêmes reste pour l'heure limitée.

Innovation et limites de l'adaptation

 
La plateforme AdaptaVille répertorie les solutions d'adaptation Lancée par l'Agence parisienne du climat, en 2021, en partenariat avec la Ville de Paris, la Métropole du Grand-Paris, l'Ademe, Icade et Altarea, la plateforme AdaptaVille répertorie les dix solutions d'adaptation les plus prisées par les collectivités. Parmi celles-ci :
• aménager les cours d'école en îlots de fraîcheur urbains,
• récupérer les eaux pluviales par des toitures végétalisées,
• utiliser des peintures antichaleur en toitures pour améliorer le confort thermique,
• créer des îlots de fraîcheur modulaires,
• créer des bosquets forestiers très denses,
• installer des brumisateurs intégrés aux candélabres de jardin,
• pratiquer le free cooling, ventilation nocturne naturelle, dans les bâtiments tertiaires,
• installer des pavés drainants et évapotranspirants pour rafraîchir les usagers,
• végétaliser les immeubles d'habitation lors des opérations de rénovation.
 
À la fois contributrices et victimes potentielles de l'enjeu climatique, les villes sont aussi des lieux d'innovation. Alors que presque toutes les grandes communes du nord et de l'ouest de l'Europe déclarent avoir mis en œuvre des actions au moins dans un secteur, ce n'est pas le cas de 39 % des communes du sud européen. A fortiori, un des apports du document du Giec est de mettre en lumière les limites à l'adaptation en cas de scénarios d'élévation extrêmement élevée du niveau de la mer.

De fait, dans une hypothèse de montée accélérée des eaux, les défenses côtières, telles que la barrière Mose de Venise, la barrière Thames, au Royaume-Uni, et la barrière Maeslant, aux Pays-Bas, n'éviteraient pas la submersion du rétro-littoral, l'arrière-pays des zones littorales. Et des inconnues subsistent sur l'échelle et le rythme d'adaptation requis pour faire face à des scénarios de montée des eaux accélérée sur les côtes d'Europe. « Étant donné l'inertie des grandes infrastructures critiques, il est de plus en plus nécessaire de regarder au-delà de 2100 pour soutenir la conception de nouvelles infrastructures », alerte le rapport.

Ainsi, si les littoraux concentrent les richesses, ils comptent peu d'exemples concrets en termes d'adaptation. Et, ce, au moment où le phénomène de littoralisation augmente l'exposition aux risques, comme le souligne une étude de la Fabrique écologique. Localement, les plans de prévention des risques rencontrent des résistances. Et, que ce soit en métropole ou dans les territoires d'outre-mer, les politiques d'adaptation sont désormais rattrapées par le rythme du changement climatique.

Un moment politique fort

Les cosignataires, des experts, d'une note d'analyse codiffusée, le 24 février, par l'Iddri et I4CE, deux instituts de recherche sur le climat, réclament un moment politique « fort » sur le sujet : « Aujourd'hui, la France n'est pas prête à faire face ni aux stress chroniques (par exemple la baisse de la disponibilité en eau) ni aux événements extrêmes (par exemple les submersions marines). Une véritable stratégie d'adaptation reste à définir et à mettre en œuvre, d'après le Haut Conseil pour le climat. Le Plan national d'adaptation au changement climatique (Pnacc) qui existe à l'heure actuelle n'a pas réussi à incarner une réelle politique publique d'adaptation. »

Ainsi, Alexandre Magnan, cosignataire de cette note et auteur du Giec, estime qu'« on ne peut pas continuer sur ce même schéma » et rappelle que « le risque climatique n'est pas seulement piloté par l'aléa climatique, mais aussi par les modes de développement. L'adaptation n'est plus seulement une option, mais une nécessité absolue, pour gérer l'inévitable ».

« Pour réussir l'adaptation au changement climatique "à l'échelle" France, chaque secteur, chaque territoire, chaque acteur, public et privé, doit pouvoir disposer des orientations et des moyens nécessaires à sa mue. L'adaptation doit être intégrée à la sécurité civile, à la politique sanitaire, aux plans de prévention des risques, à la gestion intégrée de la ressource en eau, à la protection de la biodiversité, aux documents d'aménagement et d'urbanisme, à la politique agricole, à celle de réindustrialisation, à la recherche et l'innovation. C'est à cela que devrait s'atteler la future Stratégie française sur l'énergie et le climat, non seulement dans le cadre du Pnacc, mais aussi, et avant tout, dans la loi de programmation énergie-climat », soulignent ces experts.

Réactions1 réaction à cet article

 

Alors que l'agilité de la capacité à l'adaptation de notre espèce a jusqu'alors été le vecteur de son développement et de sa suprématie sur tout le reste du vivant, force est de constater que nos sociétés humaines modernes, hyper énergivores, prédatrices et obsédées par la captation de toujours d'avantage de richesses, ont perdu la main. Nous sommes en effet collectivement désormais incapables de réagir, comptant toujours sur plus de technologie pour nous en sortir, consommant ainsi encore plus de ressources naturelles et générant encore des pollutions. Cercle vicieux dont la logique économique dominante nous empêche de sortir.
Le respect de la biosphère n'est en rien le marqueur du "progrès" tel que les économistes l'ont jusqu'à présent imposé ; or, les diverses crises actuelles (climatiques, effondrement de la biodiversité, mais également migrations humaines forcées induites par les premières et conflits armés largement dus à notre dépendance aux énergies fossiles) montrent à qui veut bien le voir que cette voie est en réalité sans issue et que nous arrivons au bout de la route. Ou comment les années Tapie nous envoient au tapis !
Le choix semble donc être très binaire : soit nous opérons un changement profond de notre mode de vie afin d'espérer limiter la casse, soit nous continuons à foncer tête baissée vers l'abîme en fermant les yeux et espérant un hypothétique miracle salvateur venu dont ne sait où.

Pégase | 09 mars 2022 à 09h37
 
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