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[Pollutec] Le risque incendie dans le secteur des déchets exacerbé par les piles au lithium

Le secteur des déchets est non seulement le secteur industriel le plus accidentogène, mais la sinistralité a augmenté par deux en cinq ans. La cause principale ? La présence de piles au lithium liée au développement de l'électromobilité.

Déchets  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
[Pollutec] Le risque incendie dans le secteur des déchets exacerbé par les piles au lithium

Le secteur des déchets et des eaux usées est de loin le secteur d'activité le plus accidentogène. Il représentait, en 2020, 22 % de l'ensemble des accidents industriels selon le dernier bilan établi par le Bureau d'analyse des risques et pollutions industrielles (Barpi). Et cette proportion pourrait encore croître si rien n'est fait. Le secteur a en effet vu le nombre de départs de feux augmenter par près de deux en cinq ans.

Les causes de cette sinistralité accrue ? Une partie peut être imputée aux fortes chaleurs, qui impactent particulièrement le stockage des déchets, ainsi qu'aux restrictions liées à l'enfouissement. Mais la raison principale semble davantage résider dans la multiplication des batteries au lithium dans les déchets, comme l'ont expliqué les intervenants d'un atelier organisé par la Fédération professionnelle des entreprises du recyclage (Federec), ce mardi 12 octobre, lors du salon Pollutec, à Lyon.

Problème de détection en amont

Pour Gaylord Renard, responsable R&D du groupe Ecore spécialisé dans le recyclage, les bons résultats obtenus par son groupe sur l'année 2021 en matière de réduction de la gravité des sinistres, pourraient être remis en cause par le risque lié aux piles au lithium. Celles-ci ont en effet été responsables de plus de 40 % des départs de feu recensés sur les sites du groupe. Et leur nombre risque de croître de façon exponentielle en raison du développement des mobilités électriques (vélos, trottinettes).

Bien qu'une filière leur soit consacrée, les piles au lithium peuvent se retrouver dans les véhicules hors d'usage (VHU) ou les ferrailles issues des déchèteries. Une fois éventrées, une réaction se forme avec une fumée blanche et produit des étincelles qui peuvent enflammer les matières se trouvant autour. Ce qui peut entraîner un emballement rapide de la réaction, explique le spécialiste. De plus, l'incident peut se produire à différentes étapes du parcours des déchets.

« Or, une batterie de 100 grammes dans une livraison de 20 tonnes de déchets est quasi impossible à détecter », explique Gaylord Renard. En plus des actions menées par les industriels (réduction des incidents à la source, surveillance et moyens d'intervention, culture de la prévention), « cela nécessite une prise de conscience des pouvoirs publics et un travail de communication fort auprès du grand public pour informer des conséquences d'un mauvais geste de tri », estime le professionnel.

Assurabilité des sites menacée

Cette hausse de la sinistralité a aussi des conséquences importantes pour les industriels du recyclage en termes d'assurabilité de leurs sites. « Plus aucune compagnie d'assurance française n'accepte d'assurer un recycleur, mise à part Axa à condition de "sprinkler" tout le cycle du déchet, ce qui nécessite des investissements colossaux », explique Patrice Rouvier, courtier d'assurance spécialisé dans le recyclage. Le ratio de sinistres/primes est en effet très mauvais pour les assureurs qui, s'ils ne résilient pas les contrats, augmentent les primes de façon considérable.

 
Plus aucune compagnie d'assurance française n'accepte d'assurer un recycleur, mise à part Axa à condition de "sprinkler" tout le cycle du déchet  
Patrice Rouvier, courtier d'assurance spécialisé dans le recyclage
 

Résultats ? Certaines entreprises ne sont plus assurées, préférant investir dans leur outil de production plutôt que de verser des primes annuelles jugées disproportionnées à leur assureur. « Mais ces entreprises oublient les conséquences des dommages collatéraux de sinistres aux conséquences insoupçonnées », prévient le courtier. Et de citer l'exemple d'un recycleur qui, lors d'une opération de compactage, a éventré une pile au lithium, provoquant un arc électrique à l'origine d'un incendie qui a détruit non seulement le site dans sa totalité mais entraîné aussi la fermeture d'une zone commerciale voisine. Le recours des voisins et des tiers a représenté pour l'exploitant un coût largement supérieur à celui des dommages matériels du site, explique-t-il.

Une solution pourrait résider dans la souscription de contrats auprès d'assureurs étrangers, en Angleterre ou au Lichtenstein, mais le courtier craint que la gestion des sinistres ne soit pas à la hauteur de ce que peut attendre l'assuré. C'est la raison pour laquelle ce dernier propose, en partenariat avec Federec et Novacover, agence de souscription spécialisée dans les dommages aux biens, une nouvelle solution d'assurance. Elle donne lieu à une visite de site systématique avec un plan de prévention propre à l'établissement. Celui-ci pourra par exemple imposer une meilleure analyse des flux entrants, un compartimentage ou l'installation de caméras thermiques dans les zones sensibles.

Le principe repose sur une mutualisation des risques, ce qui nécessite la participation d'un nombre minimal d'installations. « Une réserve est provisionnée sur un fond géré par un cabinet d'expertise auquel il est fait appel en cas de petit sinistre sans faire appel à la compagnie d'assurance », explique Patrice Rouvier. Cela permet, à terme, de négocier une baisse des primes avec la compagnie qui aura réalisé des économies sur le remboursement des petits sinistres. Un montage qui a déjà fait ses preuves dans la grande distribution, avec le Mouvement Leclerc, ou encore l'assurance des flottes automobiles, assure le courtier.

En tout état de cause, que les solutions soient techniques, organisationnelles ou assurantielles, les piles au lithium ne semblent pas avoir fini de faire parler d'elles dans la sinistralité du secteur des déchets.

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