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Air : l'Académie nationale de pharmacie appelle à renforcer les mesures des polluants

L'Académie nationale de pharmacie formule plusieurs recommandations visant à optimiser la surveillance de la qualité de l'air extérieur et intérieur. Elle demande à renforcer l'évaluation des expositions chroniques et cumulées aux polluants.

Risques  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com
Air : l'Académie nationale de pharmacie appelle à renforcer les mesures des polluants

Le 13 avril, l'Académie nationale de pharmacie a de nouveau alerté sur les risques sanitaires liés à la pollution de l'air extérieur et intérieur. Elle a passé en revue plusieurs études récentes.

La pollution atmosphérique a été classée dans la catégorie "cancérigène certain" en octobre 2013 par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), agence spécialisée de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Les principaux polluants ayant une incidence sur la santé humaine sont les particules (PM), l'ozone troposphérique (O3) et le dioxyde d'azote (NO2). Issus de moteurs diesel, de solvants, de métaux, de poussières, et de fibres d'amiante, etc, ces polluants "sont à l'origine des pathologies respiratoires comme le cancer du poumon, les broncho-pneumopathies chroniques obstructives (BPCO), l'asthme", a listé Bruno Housset, président de la Fédération française de pneumologie, devant la presse. "90% des pathologies respiratoires sont liées à l'environnement. Les pics de pollution exacerbent le BPCO et l'asthme", a-t-il ajouté. Bruno Housset a également prévenu de l'augmentation des accidents cardiovasculaires liés aux PM10 et 2,5. Chez les personnes "indemnes de toute maladie", les pics peuvent entraîner des symptômes respiratoires (irritation, toux...) et une baisse de la fonction respiratoire notamment chez l'enfant.

Hausses dangereuses des concentrations en particules fines

"Toutes les études réalisées sur l'asthme mettent en évidence une association statistique entre l'augmentation du taux journalier de polluants et le risque d'exacerbations, souvent décalé de 24 heures par rapport au pic", souligne l'Académie nationale de pharmacie. En France, le Programme de surveillance air et santé, mené dans neuf grandes villes par l'Institut de veille sanitaire (InVS) "a mis en évidence une hausse de la mortalité de 1 à 3%, dans un délai de 24 à 48 heures par rapport au pic". L'alerte de l'Académie intervient alors que le gouvernement vient de réviser, par arrêté paru le 9 avril au Journal officiel, les procédures préfectorales en cas d'épisode de pollution de l'air.

L'exposition tout au long de l'année à des niveaux moyens de pollution atmosphérique a également des effets sur la santé. Les études démontrent une relation entre l'exposition chronique aux particules fines (PM2,5 et PM10) et aux oxydes d'azote principalement, et la mortalité. Ainsi, "une baisse des concentrations en PM2,5 entraînerait un gain d'espérance de vie jusqu'à 7,5 mois dans certaines grandes villes françaises".

Air intérieur : surveillance "plus fragile" des polluants

S'agissant de la pollution de l'air intérieur, l'Académie déplore qu'elle soit "encore trop peu prise en compte, alors que nous passons 80% de notre temps en espace clos ou semi-clos". Or, cette pollution peut entraîner des problèmes de santé tels que la congestion nasale, des irritations de la peau et des yeux, des réactions allergiques, de l'asthme, des maux de tête, de la fatigue, des vertiges ou encore des nausées.

Des campagnes nationales de mesures des polluants dans les logements, les écoles et les bureaux ont été menées par l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (Oqai). Il a ainsi montré que "10% des logements étaient pollués de façon multiple", rappelle l'Académie.

Deux polluants classés prioritaires (formaldéhyde et benzène) et un indicateur de confinement (dioxyde de carbone) sont mesurés par l'Oqai. En juin 2015, l'Oqai a également présenté les premiers résultats de ses mesures des composés organiques semi‐volatils (COSV) présents dans les logements (phtalates, retardateurs de flamme, BPA, etc), suspectés d'avoir des effets sur les systèmes nerveux et hormonal.

Mais l'Académie pointe ces campagnes "ponctuelles" de mesurages "qui, si, elles ne sont pas renouvelées périodiquement, n'ont qu'un intérêt limité", pour surveiller la qualité de l'air intérieur. Elle avait déjà formulé cette recommandation, dans un avis consultatif, paru en juin 2015, adressé aux ministères de la Santé et de l'Environnement. "Il faut suivre l'évolution des lieux, répéter ces campagnes dans le temps", prévient Isabelle Momas, professeure de santé publique à l'Université Paris Descartes-Sorbonne.

Pour rappel, un décret, paru le 19 août 2015, impose l'obligation de surveillance de la qualité de l'air intérieur dans les établissements recevant du public (ERP), échelonnée de 2018 à 2023. Ce décret a reporté cette obligation, de 2015 à 2018, pour les établissements d'accueil collectif d'enfants de moins de six ans et pour les écoles maternelles. Or, l'Académie recommande d'instaurer une surveillance "systématique" dans ces établissements vulnérables, alors que le décret maintient la mesure des polluants, tous les sept ans.

Renforcer l'évaluation des expositions

L'Académie estime "prioritaire" d'optimiser l'évaluation des expositions humaines aux polluants. "Le but est de rendre compte des expositions chroniques, liées à la fois à des pollutions et des expositions multiples qui, de plus, se manifestent souvent à de faibles niveaux", explique Isabelle Momas. "On ne peut pas agir efficacement sans connaître la réalité de l'exposition aux agents contaminants". La pollution de l'air "peut avoir des effets à court et à long terme sur la santé et il peut y avoir interactions entre les deux. Chaque personne est touchée différemment par cette pollution".

L'Académie souligne l'importance du "concept d'exposome" qui vise la mesure des expositions environnementales cumulées de la période in utero jusqu'à la fin de vie. Il s'agit de tenir compte des différents niveaux d'exposition par rapport aux variations dans le temps et l'espace, de quantifier l'effet des polluants à tous les niveaux.

L'Académie recommande également d'étendre la surveillance de la qualité de l'air extérieur à d'autres polluants tels que le carbone suie," à double effet, toxique et climatique", ainsi que les particules ultrafines, mais aussi les pesticides dans l'air extérieur et intérieur. Le plan national santé environnement (PNSE3) 2015-2019 devrait aussi "accompagner la démarche de transition énergétique, avec l'intégration de la qualité de l'air intérieur comme fil conducteur de la construction et de la rénovation thermique des bâtiments (choix des matériaux, systèmes de ventilation, de climatisation, cahier des charges des produits,..)".

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