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Effluents azotés d'élevage : revoir les systèmes de production pour limiter les impacts

Une expertise scientifique collective menée par l'Inra a étudié la question des effluents d'azote et les solutions à mettre en œuvre pour limiter les pollutions. Concentration et spécialisation des élevages sont pointées du doigt.

Agroécologie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com

La Bretagne représente 6 % de la surface agricole utile (SAU) et concentre à elle seule 20 % des vaches laitières, 56 % des porcs et 26 % des volailles élevés sur le territoire français… Les dégâts environnementaux causés par cette forte concentration sont très visibles : régulièrement, la problématique des algues vertes, liée aux flux azotés rejetés dans les milieux, fait la Une de l'actualité.

Au printemps 2010, les ministères de l'Agriculture et de l'Environnement ont commandé à l'Inra une expertise scientifique collective afin de disposer d'un bilan des connaissances sur les différents flux d'azote liés aux activités d'élevage et sur les solutions possibles pour limiter ces flux.

Certains territoires plus vulnérables que d'autres

En France, 25 à 30 % des émissions nationales de nitrate, 80 % des émissions d'ammoniac et 35 à 40 % des émissions de protoxyde d'azote sont dues à l'élevage, lorsque les seules émissions issues des effluents d'élevage sont comptabilisées. Ces chiffres passent respectivement à 50 %, 90 % et 70 % "si on tient compte du fait qu'une grande part des engrais industriels sont employés sur les cultures utilisées pour produire des aliments pour l'élevage", indique la synthèse de l'expertise collective.

Depuis soixante ans, l'agriculture s'est orientée vers un découplage de plus en plus marqué entre productions végétales et animales, une spécialisation des exploitations et une forte concentration géographique des productions sur certains territoires.

Conséquence : les quantités d'effluents azotés rejetés par les élevages dépassent "parfois largement les capacités d'absorption des surfaces agricoles sur lesquelles elles peuvent être épandues et valorisées par les végétaux".

Certains milieux sont plus vulnérables que d'autres. Cela dépend du climat, du type de sol et du mode d'occupation des sols (densité animale, part des terres agricoles dans les utilisations totales des surfaces, part des prairies permanentes…).

Des solutions à l'échelle de l'exploitation

A l'échelle de l'exploitation, "la gestion optimisée des effluents [qui représentent 20 à 80 % des pertes] apparaît être la voie majeure de progrès". Des actions sur les bâtiments (ventilation, température…), le mode de stockage et d'épandage peuvent mener à de bons résultats mais celles-ci "demandent néanmoins une vigilance continue car le risque de volatilisation est présent à chaque étape de la chaîne, depuis l'excrétion jusqu'à la valorisation agronomique".

Plus efficace : une meilleure coordination entre cultures et élevage. Le développement des prairies à base de légumineuses, une gestion adaptée de ces surfaces (retournement peu fréquents, optimisation de la valorisation des reliquats azotés par la culture suivante), le développement de cultures intermédiaires pièges à nitrate (betterave, moutarde, seigle…) et des rotations longues permettent une valorisation des flux azotés.

Autre option, "plus radicale" : la réduction des entrées d'azote, autrement dit le développement de l'agriculture biologique.

Vers une gestion collective

Mais, selon l'étude, l'optimisation des flux à l'échelle de l'exploitation ne serait pas suffisante. Une organisation collective serait nécessaire, à l'échelle locale voire nationale.

Parmi les solutions étudiées, l'exportation des engrais organiques d'une région excédentaire vers d'autres régions de grandes cultures, "où ils pourraient se substituer en partie aux engrais industriels". Mais cette option nécessite une acceptation par le public.

A Munich ou à Vittel, l'évolution collective des systèmes (développement de la forêt, des prairies, des systèmes à bas intrants comme l'agriculture biologique…) a permis des réductions très significatives de la concentration en azote dans l'eau. Certains aménagements paysagers, comme les haies ou les zones humides, permettraient une meilleure gestion des flux azotés. L'étude propose une approche via la "charge animale critique" des territoires, qui permettrait d'apprécier sa capacité d'absorption de l'azote et de définir un zonage écologique du territoire.

Plus radical : la déconcentration des élevages, conduisant à une relocalisation des productions à l'échelle du territoire national afin de rétablir les équilibres.

Dernière solution non abordée par l'étude : une modification du régime alimentaire français, très gourmand en protéines animales

Réactions5 réactions à cet article

 

Bravo pour votre article qui ose enfin aborder la vraie problématique : manger moins et mangeons mieux ! La fin des élevages intensifs profitera à tous : consommateurs qui auront un produit (sic) de meilleure qualité, animaux qui seront (un peu) moins maltraités, environnement protégé, agriculteurs revalorisés dans leur travail... manque plus que la volonté politique de le faire ! Et tant mieux si le prix augmente, ça correspondra à sa juste valeur, et on en mangera moins.

Squale55 | 24 janvier 2012 à 09h34
 
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Il existe sur le marché, des produits naturels composés de bacillus et lactobacilles, fabriqués selon des modes opératoires permettant d'obtenir des préparations définies et constantes.
Ces flores '' construites'' distribuées dans l'eau de boisson des animaux ou pulvérisées dans leur environnement, diminuent la volatilisation ( réduction des odeurs), colonisent le tube digestif des animaux et évitent un emploi inconsidéré des antibiotiques ( compétition avec les microorganismes indésirables) et diminuent les effluents en aidant au compostage et facilitent leur retour à la terre en les transformant en amendement organique

Philaflor | 24 janvier 2012 à 10h56
 
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Le consommateur veut des produits sains à bas prix, il n'est pas prêt à payer le prix d'une production respecteuse de très haut niveau.
La déconcentration des zones d'élevages est une idéologie dangereuse et pour laquelle la Bretagne pourrait payer le prix fort.
Faisons confiance aux bretons pour relever le défis en utilisant tous les leviers possibles. Les agriculteurs continuent de faire des progès considérables qu'il convient d'encourager.
Sinon, les denrées alimentaires proviendront d'Amérique du sud avec une sécurité sanitaire douteuse et un bilan carbone catastrophique. Resteront quelques privilégiés capables de se payer du bio sans compter !

toubon | 25 janvier 2012 à 10h28
 
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Tous les éleveurs le savent mais le système (financiers, technciens, commerciaux ...) nous cerne. Certains éleveurs ont le souhait de changer (pas facile car les collègues vous épient), d'autres moins courageux font écho aux dirigeants de la FNSEA à leur propre détriment. En effet, les éleveurs bretons sont les agriculteurs qui gagnent le moins en France

bergerdefrance | 26 janvier 2012 à 19h18
 
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Je ne vois pas en quoi cet article apporte quoi que soit de nouveau à la connaissance scientifique, cela fait plus de dis ans qu'on sait déjà tout ça. Et qu'on met en pratique le strict minimum sans poser la question de fond, que cet article effleure à peine. du vent, encore du vent.

marie | 27 janvier 2012 à 13h14
 
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