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La nuit, autre espèce en voie de disparition ?

Enjeu environnemental encore mal connu, la pollution lumineuse a des impacts sur les écosystèmes et la santé humaine. Un pique-nique nocturne était organisé le 23 septembre par le ministère de l'Ecologie pour éclairer nos lanternes sur ce sujet.

Risques  |    |  Sophie Fabrégat  |  Actu-Environnement.com
   
La nuit, autre espèce en voie de disparition ?
Voûte lumineuse au dessus de Paris
© kre8
   
Retiens la nuit… C'est en substance le message qui était lancé mardi soir lors d'un pique-nique nocturne organisé par la secrétaire d'Etat à l'Ecologie Nathalie Kosciusko Morizet à l'Observatoire de Paris, situé à Meudon. Astronomes, astrophysiciens et autres experts étaient réunis le temps d'une soirée pour alerter sur les dangers de la disparition de la nuit noire, autrement dit sur les méfaits de la pollution lumineuse. Car si l'augmentation des éclairages nocturnes a un coût énergétique certain, elle a également des effets sur les populations animales, végétales et humaines. Ce phénomène mal connu jusqu'alors devrait être désormais reconnu dans le Code de l'Environnement via un article du projet de loi Grenelle 1. Le texte vise à réglementer l'excès d'éclairage artificiel la nuit par la mise en œuvre de mesures de prévention, de suppression ou de limitation. Grenelle 2 devrait en préciser les détails.

Le sur-éclairage, fléau des sociétés modernes

Près de 20 % de la surface du globe sont considérés comme atteints par la pollution lumineuse. L'Europe, les Etats-Unis, le Japon sont particulièrement concernés par ce phénomène. Depuis près de 50 ans, nos modes de vie ont entraîné une hausse constante de l'éclairage artificiel. Selon l'astronome italien Cinzano, la situation augmenterait de 5 % par an. Près de 99 % de la population américaine et européenne vivrait sous des cieux dépassant le seuil fixé pour le statut de ciel pollué. Conséquence : dans les villes, seules quelques dizaines d'étoiles sont visibles à l'œil nu contre plus de 2.000 en milieu rural. Si les astronomes sont les premiers à avoir dénoncé ce phénomène qui les empêchait d'observer correctement les astres, écologues, médecins et autres scientifiques étudient aujourd'hui la pollution lumineuse et son impact sur l'environnement.
La pollution lumineuse est le résultat d'un facteur naturel conjugué à un phénomène artificiel : la lumière émise par l'éclairage artificiel est réfléchie par le sol et les bâtiments et diffusée par les gouttes d'eau, les particules de poussières et les aérosols en suspension dans l'atmosphère. Si l'on ne peut pas dans l'absolu, supprimer toutes les sources d'éclairage artificiel, opter pour des équipements mieux adaptés permettrait de réduire la pollution lumineuse. En effet, la plupart des systèmes d'éclairage actuels envoient une partie de leur lumière vers le ciel au lieu d'être orientés vers le sol. Une surpuissance des installations et une utilisation mal adaptée sont également en cause.
En France, si des initiatives locales se dessinent ça et là pour lutter contre la pollution lumineuse, aucune réglementation n'existe à l'heure actuelle sur cette problématique. Le projet de loi Grenelle 1 devrait intégrer cette question.
Dans le monde, plusieurs pays comme le Chili, la République Tchèque et plus récemment la Grande Bretagne et la Belgique se sont dotés de lois pour encadrer l'éclairage artificiel.
Car si limiter l'éclairage artificiel constitue un gisement d'économie certain, c'est surtout son impact sur l'environnement qui est pointé du doigt aujourd'hui.

L'éclairage nocturne, néfaste pour la biodiversité et la santé humaine

La perte de frontières réelles entre le jour et la nuit perturbe l'équilibre des écosystèmes et nuit à la santé humaine. La liste des conséquences connues de la pollution lumineuse sur le vivant est sans appel. Deuxième cause de mortalité des insectes, l'éclairage artificiel nocturne perturbe également les migrations des oiseaux, modifie les comportements des mammifères, impacte sur la reproduction de la faune aquatique, influence la croissance des plantes…
 
Le cancer du sein pourrait être favorisé. Une étude sur les travailleuses de nuit a démontré la relation entre ce cancer et une exposition à la lumière de nuit.  
Jean-François Doré - Afsset
 
Chez l'homme, un excès d'éclairage nocturne est également néfaste. Cette surexposition à la lumière artificielle aurait des effets sur le dérèglement nerveux et hormonal et pourrait favoriser les cancers. La production de mélatonine (hormone de régulation des rythmes chronobiologiques qui joue un rôle essentiel dans le métabolisme humain) serait ainsi freinée, perturbant, entre autres, le système immunitaire. Selon le docteur Jean-François Doré, de l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement (AFSSET), le cancer du sein pourrait être favorisé. Une étude sur les travailleuses de nuit a démontré la relation entre ce cancer et une exposition à la lumière de nuit. Avant de conclure : on sait qu'il y a un effet de l'éclairage nocturne sur la santé mais il reste beaucoup à faire.

Une consommation énergétique superflue

L'éclairage artificiel constitue également une source d'économie d'énergie non négligeable.
En France, 9 millions de lampes serviraient à éclairer villes et campagnes, ce qui représenterait 1.260 MW, soit l'équivalent d'un réacteur nucléaire, selon Jean-Louis Bal, directeur de l'énergie à l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME). L'éclairage nocturne participe à la pointe de consommation d'énergie étant donné qu'il n'est pas permanent. Cela nécessite donc l'utilisation de centrales thermiques.
L'éclairage public constitue pour les communes, 23 % de la facture globale d'énergie et 38 % de la facture d'électricité. Si en 1990, l'éclairage public était estimé à une consommation de 70 kWh par an et par habitant, dix ans plus tard ce chiffre atteignait 91 kWh/an/hbt, soit plus du double de l'Allemagne (43 kWh/an/hbt en 2000). Les Allemands sont-ils moins heureux pour autant ? a ironisé Nathalie Kosciusko-Morizet.
Selon l'ADEME, 28 % de cette consommation actuelle pourrait être évitée en substituant aux équipements actuels des installations moins énergivores. Et si ces technologies sont complétées de variateurs de puissances, la réduction des consommations atteint 48 %. On ne tend pas à supprimer l'éclairage artificiel mais à le raisonner, explique la secrétaire d'Etat. Nous devons désormais passer du discours aux actes.
Passer aux actes pour éviter d'éteindre la nuit et nous permettre de transmettre aux générations futures ce patrimoine qu'est le ciel, comme l'a souligné dans une envolée poétique le président de l'association française d'astronomie Olivier Las Vergnas.

Réactions3 réactions à cet article

 
Dites-le aux élus !

Un calcul intéressant, compter le nombre de réverbères installés dans les deux années précédant une réélection en France...:

pierre | 02 octobre 2008 à 09h15
 
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Re:Dites-le aux élus !

... sur demande pressante des riverains qui se sentent "oubliés" quand une zone d'ombre existe dans leur quartier !

Philippe | 03 octobre 2008 à 18h59
 
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La nuit, autre espèce en voie de disparition

Le problème, c'est pas tellement les réverbères.
Cà vous gêne peut-être près de votre habitation, mais imaginez vous dans une rue noire, sans personne....

Non, le gros problème,d'un point de vue environnemental, ce sont les affichages lumineux et leur pollution lumineuse.
Merci Mr Decaux et en plus, il a fait disparaitre les plans dans les villes. Toutes les surfaces sont réquisitionnées pour la Pub, déesse de la consommation.

Et pourquoi, l'affichage lumineux, ne serait pas réglementé. Est utile que les vitrines soient allumées au delà d'une certaine heure ?

PB78 | 04 octobre 2008 à 20h06
 
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