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Polémique autour des impacts sanitaires de la pollution par les pesticides aux Antilles

Dans son rapport d'expertise sur la pollution des Antilles par les pesticides, le cancérologue Dominique Belpomme dépeint une situation environnementale et sanitaire dramatique mais controversée et propose un plan de sauvetage.

Risques  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com
Dans le cadre du suivi de la pollution chronique de la Martinique et de la Guadeloupe par les pesticides, l'association Pour Une Martinique Autrement (PUMA) a demandé au professeur Belpomme, cancérologue à l'Hôpital Européen Georges Pompidou, une mission d'expertise scientifique sur les dégâts sanitaires liés à cette pollution. À l'occasion de la présentation des résultats de l'expertise à l'Assemblée Nationale le 18 septembre dernier, le professeur Belpomme a qualifié la situation actuelle aux Antilles de désastre sanitaire et agricole. Il rappelle dans son rapport que depuis ces 20 dernières années, ces îles sont polluées par plus d'une centaine de pesticides dont le chlordécone, un polluant organique persistant de type CMR (cancérigène, mutagène et/ou reprotoxique), interdit depuis 1990 et utilisé jusqu'en 1993, et le paraquat, un herbicide qui vient tout juste d'être interdit par la justice européenne. Selon le professeur, il est donc probable que les sols de la Martinique et de la Guadeloupe soient très gravement endommagés, surtout concernant leur fertilité. Le rapport fait également état de la pollution du littoral par les eaux de surface et par conséquent des réserves halieutiques de l'île : la contamination de l'ensemble de la flore et de la faune (coraux, poissons, langoustes, mollusques) est à considérer. Concernant le chlordécone, les taux y sont très élevés, atteignant 100 fois la Limite Maximale provisoire (LMp) dans certains produits de mer. L'alimentation serait également touchée puisque le rapport signale que toutes les chaînes alimentaires de l'île sont plus ou moins contaminées.
Selon le rapport, ce n'est plus seulement le principe de précaution qu'il convient d'appliquer, tant la pollution est aujourd'hui devenue prégnante et ses effets évidents, mais la gestion d'une véritable crise, tant au plan de la qualité des eaux, des sols et de l'alimentation que de la santé.
Outre cet état des lieux alarmiste, le rapport souligne des risques sanitaires graves pour la population exposée à ces pesticides. Il rappelle en effet, que sur le plan sanitaire, les cancers du sein et de la prostate sont en très nette augmentation. La Martinique est même le deuxième territoire dans le monde par la fréquence des cancers de la prostate. Même si selon le professeur, un lien de causalité avec le chlordécone n'est pas établi, il est fortement probable que la pollution chimique engendrée par les nombreux pesticides utilisés soit en cause. À cela s'ajoute une possible augmentation des malformations congénitales et une baisse de natalité, probablement elles aussi liées aux pesticides.

Au regard de ces observations, le professeur propose la mise en œuvre d'un plan en cinq points pour sauver les Antilles du désastre actuel. Ce plan devrait intégrer un approfondissement des conséquences écologiques et sanitaires de la pollution par les pesticides, une étude détaillée de la biologie des sols, la recherche des causes à l'origine de l'augmentation de fréquence des cancers de la prostate et du sein, l'analyse des méfaits liés à l'utilisation du paraquat et enfin la recherche des mesures techniques de dépollution. Selon le professeur Belpomme, il est évident que toute pulvérisation de pesticides par avion doit être immédiatement interdite, compte tenu de l'extrême vulnérabilité des îles face à la pollution chimique, en raison de la petitesse de leur territoire.

En réponse au rapport du professeur Belpomme, l'Institut de Veille Sanitaire a souhaité rappeler qu'il s'intéresse à ce problème depuis plusieurs années. Les résultats des recherches en la matière effectuées chez l'animal, mais aussi chez l'homme ont révélé une toxicité principalement hépatique, neurologique et sur la reproduction. Mais selon l'INVS, ces effets ont été observés pour des expositions beaucoup plus importantes que celles enregistrées aux Antilles. L'institut estime donc qu'à ce jour, aucun lien n'a été démontré entre l'exposition aux pesticides aux Antilles et les observations sanitaires qui y ont été effectuées : la plus grande fréquence absolue du cancer de la prostate aux Antilles par rapport à la métropole peut être expliquée par l'origine ethnique de la population (facteur de risque bien documenté aux Etats-Unis). La diminution du nombre d'enfants par femme est également non spécifique et relève de bien d'autres causes que d'un impact sanitaire sur la biologie de la reproduction.
Néanmoins, l'INVS rappelle que plusieurs études sont actuellement en cours pour améliorer les connaissances, et, le cas échéant, orienter les mesures préventives. Il s'agit notamment des études Ti Moun et Karuprostate conduites par l'unité 625 de l'Inserm, s'intéressant pour la première aux pathologies de la grossesse, à la croissance intra-utérine, à la fonction thyroïdienne, au développement neurologique, et pour la seconde aux facteurs de risque du cancer de la prostate, ainsi qu'une étude de la répartition spatio-temporelle des cancers en Martinique conduite par la Cire Antilles-Guyane et l'association martiniquaise pour la recherche épidémiologique sur le cancer.
Le gouvernement, à travers la voix du ministre de l'agriculture Michel Barnier, a également reconnu que la situation environnementale était grave. Le secrétaire d'État à l'Outre-mer, Christian Estrosi, en visite depuis mercredi en Martinique, s'est d'ailleurs engagé à la transparence absolue sur cette problématique. En revanche le gouvernement reste prudent quant aux inquiétudes sanitaires exprimées par le professeur Belpomme. La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, sera bientôt auditionnée par la commission des Affaires sociales du sénat pour s'expliquer sur les conséquences de l'utilisation des pesticides dans les départements ultramarins. Par ailleurs, une commission d'enquête créée par l'Assemblée nationale devrait apporter plus de précisions sur cette affaire notamment en examinant les conditions de vente des pesticides incriminés alors que leur nocivité était connue. Elle serait également chargée d'envisager la compensation des agriculteurs, aquaculteurs et pêcheurs des zones concernées.

De son côté, le MDRGF* appelle le gouvernement à prendre toutes les dispositions en son pouvoir pour protéger la santé publique aux Antilles dans cette affaire et favoriser la mise en place d'une agriculture vraiment durable, basée sur la généralisation des systèmes de production intégrés et d'agriculture biologique.


*Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures

Réactions1 réaction à cet article

 
PESTICIDES : DENONCER LE SILENCE

Je connaissais cette question du chlordecone aux Antilles et lors de mon voyage en février j'en ai informé nombre de mes amis tant en guadeloupe qu'en Martinique. Tous tombaient des nues, même des médecins, et ont très mal vécu cette information comme si la foudre leur tombait sur la tête. Alors j'en déduis que les médias ne font pas leur boulot, que le corps médical est sous-informé à ce propos ou bien qu'il craint en dévoilant cette pollution dévastatrice de créer une psychose, que les autorités sanitaires surtout se font les complices des groupes producteurs de pesticides pour sauvegarder leurs intérêts et pour ne pas avoir à faire face aux conséquences. Le gouvernement a une responsabilité criante dans les faits (et comme cela ne date pas d'aujourd'hui, il faut incluer le gouvernement socialiste de Jospin en particulier puis de Chirac) et a préféré le silence comme au temps du sang contaminé, au temps du nuage tchernobylien statique, ou au temps de l'amiante pourtant connue comme cancérigène depuis 1906 et peut-être aussi des ondes courtes dont on nous environne à présent.
J'arrive cette fois du Mali ou j'ai rencontré Boubacar Dicko à Niogoméra, où cet ingénieur agronome de grande réputation (il est encore visité par des scientifiques de toutes nations), se voit mourir à petit feu et dans de grandes douleurs à seulement 76 ans. Pourquoi ? parce que son travail consistait à faire des recherches sur les pesticides contre les insectes en Afrique et que le lieu qu'il habite aujourd'hui fut son lieu de travail. Il y dirigeait une escadre de 9 avions épandeurs et lui-même manipulait les pesticides, pilotait et épandait. Et il sait de quoi il meurt.
Quand osera-t'on parler le langage de la vérité, arguments à l'appui et contradictoires s'il le faut pour enrayer les malheurs qui surgissent de l'inhumanisme et des responsabilités hypocrites des uns et des autres ?
Elevons la voix pour rompre le silence et obtenir que cela cesse pour sauvegarder notre planète et tous les êtres vivants !
Lucky THIPHAINE

Anonyme | 02 octobre 2007 à 14h33
 
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