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Plan Banane Durable aux Antilles : un premier bilan

Les premiers résultats du Plan Banane Durable, lancé en 2008 par le Ministère de l'agriculture, ont été présentés hier. Objectif : réduire l'usage des pesticides et privilégier une production raisonnée aux Antilles, après le scandale du chlordécone.

Agroécologie  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com
Après le passage en 2007 de l'ouragan Dean qui a ravagé les plantations sans oublier les polémiques autour des impacts environnementaux et sanitaires de l'insecticide chlordécone interdit depuis 1993 aux Antilles, un plan ''Banane durable'' a été déclenché en décembre 2008 par Michel Barnier, alors Ministre de l'Agriculture, pour relancer le secteur et soutenir la filière qui représente 10.000 salariés.

Ce plan, prévu jusqu'en 2013, vise à encourager notamment les 700 producteurs de banane que comptent la Guadeloupe et la Martinique ''à utiliser moins de produits phytosanitaires et privilégier les techniques alternatives (naturelles ou raisonnées) de protection des cultures''. En partenariat avec l'Union des groupements des producteurs de banane (UGPBAN) et le Centre de coopération internationale pour la recherche agronomique pour le développement (Cirad), le Plan ''Banane durable'' s'inscrit dans le volet Ecophytodom du plan Ecophyto 2018 du Grenelle de l'environnement, qui prévoit de réduire de moitié les quantités de pesticides utilisées d'ici 10 ans.

Quinze mois après son lancement, l'UGPBAN a présenté le 30 mars un premier bilan des mesures entreprises. ''Depuis une dizaine d'années, nous avons démarré un plan d'arrêt des pesticides'', a rappelé Sébastien Zanoletti, directeur du développement durable de l'Union des producteurs, après l'interdiction en 1993 aux Antilles du chlordécone, un pesticide toxique, à l'origine d'une pollution des sols (20% des terres agricoles aux Antilles) et des eaux, longtemps utilisé dans les bananeraies pour combattre le charançon (insecte dévastateur). Polluant organique persistant (POP), le chlordécone est aussi soupçonné d'être cancérogène et de perturber le système endocrinien.

Vers une production ''intégrée''

Entre 1996 et 2006, les producteurs auraient également réduit de près 70% le volume des fongicides, herbicides et autres insecticides, pour passer de 10 kilos par hectare à 4,3 kilos, a souligné M. Zanoletti, à l'occasion d'une conférence de presse à Paris. Pour réduire l'usage des pesticides et face à des terres contaminées, des techniques ont été mises en place et renforcées en 2009 comme celle des vitro-plants associés à des systèmes de rotations des cultures ou de jachères. Des vitro-plants, c'est-à-dire des plants sains obtenus par culture in vitro en milieu ''aseptisé'' sont utilisés pour les replantations sur des sols assainis par une jachère. Ils représentent 95 % des replantations en Guadeloupe et 90 % en Martinique pour l'année 2009, contre 55% en 2007, selon l'UGPBAN.
La pratique de la jachère permet en effet d'éliminer naturellement les nématodes (des prédateurs des racines des bananiers). ''De cette façon, on peut se passer de traitements pesticides pour lutter contre les nématodes pendant 3 à 5 ans'', estime M. Zanoletti. Le plan ''Banane durable'' a fixé une nouvelle réduction de 50 % des pesticides d'ici 2013.

Outre la limitation de l'utilisation de phytosanitaires et l'amélioration des conditions sociales des producteurs, le plan vise aussi à lutter contre la cercosporiose noire en développant notamment de nouvelles variétés plus résistantes aux maladies. Un Institut Technique de la Banane (ITB) doté d'un budget de 6 millions d'euros, a ainsi été crée auquel participe le Cirad, l'INRA et le Cemagref. Actuellement, l'ITB oeuvre à la mise en place d'une variété de fruit résistante aux maladies, sans OGM. Des croisements de variétés sauvages sont étudiés. Selon François Côte, chercheur au Cirad et membre de l'Institut Technique de la Banane, cinq à six ans de recherche sont encore nécessaires avant un lancement de nouvelles variétés ''résistantes'' de bananiers. D'autres pratiques innovantes culturales sont aussi expérimentées : il s'agit de six prototypes de cultures de plantes de couverture pour empêcher notamment les autres plantes de se développer et réduire la consommation d'herbicide. En vue de l'homologation d'ici à deux ans de produits de lutte biologique contre les parasites du bananier, 23 tests seront en outre menés par l'institut en 2010 et 2011.

Pour l'UGPBAN, ''les premiers résultats sont concluants et les chantiers prometteurs pour l'avenir sont bel et bien engagés''. 80% des 270.000 tonnes de bananes de Guadeloupe et de Martinique, produites en 2009, ont respecté le cahier des charges du Plan ''Banane durable'', selon Sébastien Zanoletti.

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