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Débat Macron-Le Pen : l'écologie au rabais

Dans leur duel à quatre jours de l'élection présidentielle, les deux candidats se sont polarisés sur les questions énergétiques en s'opposant sur les renouvelables. Les autres grands enjeux environnementaux ont été éclipsés.

Gouvernance  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
Débat Macron-Le Pen : l'écologie au rabais

« Nous parlerons de l'environnement, un sujet très attendu, notamment par les jeunes », a annoncé la journaliste Léa Salamé en ouverture du débat télévisé des deux candidats à l'élection présidentielle du 24 avril. Si une vingtaine de minutes ont été accordées à ce sujet dans un duel qui a duré plus de deux heures trente, les Français sont plutôt restés sur leur faim. Emmanuel Macron et Marine Le Pen se sont contentés de réaffirmer leurs positions sur la lutte contre le changement climatique et l'énergie, en laissant de côté de nombreux autres sujets d'inquiétudes, tels que l'effondrement de la biodiversité, les risques sanitaires, l'agriculture, les pesticides ou encore la gestion de l'eau et des déchets.

« Quel gâchis. Le pays méritait mieux. Vivement le troisième tour », a tweetté Jean-Luc Mélenchon après le débat. Au premier tour, le candidat de La France insoumise avait challengé les deux leaders en réunissant 21,95 % des suffrages. Quant à l'autre candidat du premier tour en pointe sur l'écologie, Yannick Jadot, il a appelé à voter sans hésitation pour Macron dans une tribune publiée, ce 21 avril, dans Le Monde. « Ce vote Emmanuel Macron ne vaut pas quitus pour son bilan marqué par l'inaction climatique, le déni social et le mépris démocratique. Pas plus qu'il ne vaut soutien à un projet inspiré par la brutalité sociale et une incompréhension profonde des nécessités de la transformation écologique », a tenu à préciser l'ex-candidat écologiste. Quant aux ONG environnementales, elles ont également pointé les insuffisances des deux finalistes sur les questions d'écologie.

« Mettre fin au modèle fondé sur le libre-échange »

Rappelant les dernières conclusions du Giec, qui donne trois ans pour limiter à un niveau acceptable les émissions de gaz à effet de serre, le deuxième arbitre du duel des candidats, le journaliste Gilles Bouleau, a demandé les deux mesures que ces derniers souhaitaient prendre dans ce domaine. Réponse de Marine Le Pen : la fin du modèle fondé sur le libre-échangisme et la lutte contre la souffrance animale.

« C'est le modèle économique fondé sur le libre-échange qui est responsable de 50 % des émissions de gaz à effet de serre en France », a expliqué la candidate du Rassemblement national, qui a défendu un projet centré sur le « localisme ». « Je veux que l'on puisse créer sur place, consommer au plus près », a expliqué la candidate, soutenant la mise en place d'un patriotisme économique et l'utilisation de produits français dans les cantines collectives.

« Votre programme n'a ni queue ni tête », a répondu Emmanuel Macron, soulignant la contradiction entre une baisse de la TVA sur les énergies fossiles « très polluantes » prônée par la candidate d'extrême-droite et sa remise en cause du libre-échange, alors que ce sont les importations de ces énergies qui posent le plus de problèmes en termes de bilan carbone mais aussi de déficit commercial.

« Vous êtes climatosceptique »

« On est sur une controverse claire. Vous êtes climatosceptique », a attaqué, bille en tête, Emmanuel Macron, en se référant au programme de son adversaire. « J'ai un bilan, mais je veux aller beaucoup plus vite », a annoncé le président en exercice, précisant vouloir doubler le rythme de baisse des émissions de gaz à effet de serre. Il faut dire que, sous son quinquennat, le gouvernement a été enjoint par deux fois par la justice administrative de renforcer sa politique climatique.

Pour aller plus loin, le candidat rappelle la mesure qu'il a annoncée lors de son meeting de Marseille, le 16 avril, six jours après le premier tour. Cette mesure, c'est la nomination d'un Premier ministre chargé de décliner une planification énergétique et une planification territoriale. « La deuxième grande mesure est de continuer à accompagner l'évolution des grands cycles productifs et des modes de vie », a ajouté l'actuel chef de l'État, énumérant plusieurs points : rénovation de 700 000 logements par an sur cinq ans, aide aux Français pour changer leur voiture pour des véhicules hybrides ou électriques produits en France, accompagnement de la transition industrielle et agricole, « non pas par injonction mais par investissement ».

« Il faut qu'il y ait une transition, mais qu'elle soit beaucoup moins rapide que ce qu'on impose aux Français », a estimé, de son côté, Marine Le Pen, qui s'en est notamment pris aux zones à faibles émissions (ZFE) et à l'interdiction des nouvelles chaudières au fioul. « On a perdu dix ans à déstabiliser une filière nucléaire qui avait besoin d'être renforcée », a expliqué la députée du Pas-de-Calais, qui a tiré à boulet rouge sur l'énergie éolienne et le photovoltaïque, épargnant, en revanche, l'hydroélectricité et l'hydrogène « vert ». La candidate a qualifié l'éolien « d'absurdité écologique, d'absurdité économique et de gêne fondamentale pour la biodiversité ». Elle a confirmé sa volonté d'engager le chantier du démantèlement des éoliennes, avec d'abord celles qui sont en fin d'exploitation, mais aussi avec celles qui causent un trouble anormal du voisinage, et annoncé des référendums locaux sur le sujet.

« En même temps, du nucléaire et des renouvelables »

« Il n'y a pas de stratégie de sortie des énergies fossiles qui passe par le tout nucléaire », a opposé Emmanuel Macron, invoquant l'expertise de l'Agence internationale de l'énergie et de RTE en France. Les nouvelles capacités nucléaires que les deux candidats veulent installer ne rentreront, en effet, en service, au mieux qu'en 2035. Le candidat a rappelé ses annonces faites, le 10 février dernier, à Belfort : construction de six EPR, puis huit supplémentaires, division par deux du rythme d'installation d'éolien terrestre, mais investissements sur le petit solaire, l'agrivoltaïsme et l'éolien en mer.

« Emmanuel Macron, non, on n'est pas obligé de faire à la fois du nucléaire et des EnR », a réagi France Nature Environnement (FNE) sur Twitter, renvoyant aux travaux de RTE, de l'Ademe et de l'association Négawatt, qui ont tous trois mis en lumière la possibilité d'un scénario 100 % renouvelable. « La transition énergétique passe d'abord par la sobriété énergétique », rappelle la fédération d'associations de protection de l'environnement, qui juge complètement utopique de nouvelles capacités nucléaires en 2035.

« Rien de neuf pour Emmanuel Macron, alors que son programme est insuffisant pour respecter l'Accord de Paris. Marine Le Pen a confirmé ses propositions néfastes pour le climat », réagit, de son côté, Anne Bringault, du Réseau Action Climat (RAC), sur le réseau social. La coordinatrice des programmes de ce réseau, qui fédère les associations impliquées dans la lutte contre le changement climatique, déplore l'absence de prise en compte de l'enjeu des transports, pourtant premier secteur émetteur de gaz à effet de serre.

« Une fois encore l'environnement a été réduit à la question du climat qui, elle encore, a été réduite à la question de l'énergie, déplore France Nature Environnement. L'environnement, c'est la base de la vie. C'est garantir un monde vivable. Il mériterait tellement plus, tellement mieux. »

Réactions10 réactions à cet article

 

Et rien sur la chasse !
EM a déjà écrit aux fédérations de chasse qu'il n'y aurait pas de jours non chassés.
C'est ignoré la mission du Sénat pour sécuriser la chasse où à l'issue des auditions des parties prenantes, je pense qu'interviendra de la raison envers les randonneurs mis en danger toute l'année.
Gérard

chercheur en chemins | 22 avril 2022 à 10h34
 
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Belle illustration du résultat catastrophique de cette élection au regard de l'écologie; les deux prétendants au duel final qui ont recueilli plus de la moitié des suffrages exprimés ne sont pas à la hauteur de l'enjeu: le premier a 30 ans de retard, la seconde 60!!!!

BIB57 | 22 avril 2022 à 11h57
 
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Faire l'éloge de Mélenchon et de Jadot ne sert à rien , sauf à voter Macron avec ses conséquences :paupérisation , pollution et misère sociale

Darwin | 22 avril 2022 à 12h34
 
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Et Voter Le Pen avec pour conséquences, suppression des libertés, régime autoritaire, guerre civile + paupérisation , pollution et misère sociale !

mangouste | 22 avril 2022 à 15h33
 
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C'est à se demander comment les politiques s'informent .
Les deux protagonistes se sont montrés aussi nuls l'un que l'autre en matière de protection de la nature -mot qu'ils semblent ignorer -Il est vrai que Macron, lui , sait que les chasseurs sont les premiers écologistes ,bien armés ,au sens propre, pour défendre les alouettes et les grives .
Demain comment choisir entre la peste et le choléra ?

sirius | 23 avril 2022 à 17h14
 
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On ne choisit pas entre la peste et le choléra: on ne vote plus pour ce système qu'il FAUT CHANGER. Ne plus voter c'est ne plus donner de légitimité à celui qui sera élu ,car trop pauvre en voix. Quand le président ou la présidente ne seront plus représentatifs, il faudra bien proposer un autre système de gouvernement, c'est ce que bon nombre de français ont compris en choisissant de s'abstenir puisque contrairement à ce qu'il avait promis, Macron n'a pas voulu valider le vote blanc. Eh bien qu'il aille au diable..

gaïa94 | 23 avril 2022 à 23h41
 
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@gaïa94
On ne choisit pas entre la peste et le choléra mais entre la peste (brune) et le COVID, fut-il sévère, si! Je ne mets pas au même plan un fascisme, fut-il néo, et un libéralisme certes détestable au plan social et notoirement insuffisant au plan environnemental.
Quant à l'idée selon laquelle la faible participation aux élections déstabiliserait le système politique, c'est une douce illusion, comme le résultat des élections locales l'a déjà démontré en France même depuis longtemps ainsi que les européennes (entre 50 et 60% d'abstentions depuis 20 ans, ce qui n'a jamais, à ma connaissance, entaché la légitimité du Parlement de l'UE et des lois qu'il approuve....).

BIB57 | 24 avril 2022 à 18h48
 
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Escamotage des enjeux écologiques qui est susceptible d'expliquer nombre de bulletins blancs ou nuls...

Pégase | 24 avril 2022 à 22h10
 
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BIB57: c'est justement parce qu'il y a des gens comme vous qui trouvent intelligent d'aller donner leur voix à ceux qu'ils combattent que le système perdure, on vous manipule et vous marchez ! Après il ne faudra pas venir pleurer. Macron n'a strictement rien d'un démocrate, il s'agit au contraire de la face cachée de l'ultralibéralisme guidé par un capitalisme débridé qui nous conduit à notre perte. C'est vraiment navrant de voir à quel point les gens manquent de clairvoyance. De plus si les citoyens trouvent normal d'être dirigés par des élus qui gagnent leur poste avec 60% d'abstention, c'est très grave. Et il faut tout faire pour qu'ils prennent conscience que la démocratie n'existe plus dans notre pays. Regardez ailleurs et vous verrez que les vrais pays démocratiques n'usent plus des artifices à la Macron depuis longtemps. On finit par se dire que les français sont vraiment plus c... que les autres.

gaïa94 | 24 avril 2022 à 23h39
 
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L'effondrement des ressources est un processus régulateur naturel à tout excès, et à ce titre, ce qui pose problème aux humains, peut être considéré comme un bienfait écologique; tant que l' environnement reste propice à la vie.
S'il y a un item de la 6ème extinction qui présente un profil d'évolution et une inertie certaine, c'est le réchauffement climatique.
J'ai expliqué la cause anthropique originelle du réchauffement climatique à votre confrère Agnès Sinaï, en commentaire de son article du 5 avril, concluant à demi-mots, qu'il fallait cesser d'importer de l'énergie dans la biosphère, qu'elle soit fossile, nucléaire géothermique, ou solaire non albédo compensé...
L'énergie est une ressource physique dont dépend étroitement la vie. Elle définit notre capacité à transformer, donc à exploiter notre environnement, allant même jusqu'à le détruire, jusqu'à l'anéantissement de tout espoir de retour de la vie sur Terre.
S'il y a une hiérarchie dans l'importance des choses, la Vie sur Terre et donc la protection de l'environnement devraient être celles qui doivent prévaloir et conduire nos pensées
- écologiques holistiques vis à vis de la faune, la flore,
- éthiques pour le devenir du vivant et celui de notre espèce,
- morales pour vivre en société dans la Paix, et nous élever philosophiquement.
Les ressorts économiques anthropocentrés restent donc secondaires et hélas affligeamment politiques au vu des dégâts que cause l' impérialisme néolibéral maltusien.
Il y a URGENCE ECOLO.

Dan ARDUYNNA | 28 avril 2022 à 18h30
 
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