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Les entreprises veulent un prix carbone pour sécuriser leurs activités

Les entreprises privées sont de plus en plus demandeuses de l'instauration d'une tarification carbone, afin de réorienter les investissements vers une économie décarbonée. Certaines intègrent déjà un prix carbone dans leurs stratégies.

Gouvernance  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°349 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°349
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Les appels se multiplient. Début juin, six compagnies pétrolières et gazières mondiales (BG Group, BP, Eni, Royal Dutch Shell, Statoil et Total) ont plaidé en faveur d'une tarification du carbone, afin de "se détourner des options les plus émissives" et de "dynamiser les investissements dans les technologies bas carbone". Fin mai à Paris, lors du Business & Climate summit, les entreprises du monde entier soutenaient la mise en place de "mécanismes de prix du carbone robustes et efficients".

Pour Mats Andersson, PDG du fonds de pension du gouvernement de Suède AP4, et signataire de cet appel,"donner un prix du carbone est absolument crucial : cela enverra le signal juste au marché, aux investisseurs et aux entreprises polluantes. Dans le même temps, cela récompensera les décideurs qui prennent le changement climatique au sérieux. Enfin et surtout, cela poussera plus d'investissements dans les énergies renouvelables et les infrastructures vertes".

Alors que les initiatives régionales et nationales sur la tarification carbone se multiplient, les entreprises craignent des distorsions de concurrence et appellent à des règles du jeu stables, prévisibles et partagées.

12% des émissions mondiales ont un prix carbone

Aujourd'hui, vingt Etats et six régions ou collectivités locales ont instauré une tarification carbone, sous la forme de marché ou de taxe. De nombreuses autres entités publiques y pensent sérieusement. "Les systèmes existants et planifiés couvrent environ 12% des émissions mondiales de gaz à effet de serre" avec un prix moyen de 7$/tCO2, rappelle le rapport Stern Calderon sur la nouvelle économie climatique. Selon ces deux auteurs, "cela permet de favoriser l'investissement dans la faible intensité carbone tout en maintenant des coûts d'action faibles". La transition vers une économie bas carbone nécessite en effet des milliards de dollars d'investissements. L'introduction d'un prix carbone permettrait de réorienter les fonds privés vers les activités bas carbone."La tarification du carbone dépasse désormais le cadre des politiques gouvernementales et devient un outil de plus en plus courant dans les décisions économiques", souligne la Banque mondiale dans l'édition 2015 du Carbon pricing watch. Et ce, même dans les régions où aucune tarification carbone n'a été instaurée.

Quand les entreprises fixent leur prix carbone

Aujourd'hui, au moins 150 entreprises déclarent utiliser un prix interne sur le carbone. Ces sociétés représentent divers secteurs : biens de consommation, énergie, industrie… Leurs prix carbone varient de 6 à 89 $US/tCO2 eq. "Pour de nombreuses entreprises, cela s'inscrit dans la stratégie de gestion du risque, afin d'évaluer l'impact actuel ou potentiel d'un prix du carbone obligatoire sur leurs activités. Mais cela permet aussi de réduire certains coûts et d'identifier les opportunités de revenu dans les investissements bas carbone", analyse la Banque mondiale. En France, Renault, Danone, Vinci, Saint-Gobain, Total, EDF, mais aussi BNP Paribas et la Société générale déclarent avoir fixé un prix interne au carbone, selon le Global corporate use of carbon pricing, publié par le Carbon disclosure project en septembre dernier.

La tarification carbone est utilisée de deux manières par les entreprises. Elle peut permettre d'orienter la stratégie d'investissements. Ainsi, Total prend en compte, depuis 2008 pour tout nouveau projet du groupe, un prix interne de 25€/t CO2.

Mais le prix carbone peut aussi permettre au groupe de réduire ses impacts internes. Par exemple, la Société générale a mis en place une taxe carbone afin de réduire l'empreinte carbone de ses activités. Chaque année, un montant est prélevé auprès des lignes métiers en fonction de leurs émissions carbone, au tarif de 10€/tCO2. En 2014, cette taxe a représenté 3,2 M€. Les revenus de cette taxe sont affectés à des initiatives internes visant à réduire l'empreinte environnementale du groupe, dans le domaine de l'immobilier, de l'informatique, des transports ou de la consommation de papier. En 2014, 34 projets ont été financés, permettant d'éviter l'émission de 2.250 tonnes de CO2, indique le groupe. Parmi ces projets, le passage à l'éclairage LED, le déploiement de triporteurs électriques pour l'acheminement du courrier interne, la rationalisation du matériel informatique ou le remplacement des huisseries dans le réseau bancaire Rhône-Alpes.

Bientôt un prix carbone dans la finance ?

"Les investisseurs commencent également à réaliser que le changement climatique peut impacter les gains financiers de leur portefeuille, ils repensent leurs stratégies et pratiques de placement", note la Banque mondiale. Leurs engagements portent sur un désinvestissement dans les projets charbon et/ou la mesure de l'empreinte carbone de leurs portefeuilles.Il s'agit, pour les investisseurs, d'intégrer le climat dans leur stratégie du risque et de réduire l'impact d'une tarification carbone sur les revenus de leur portefeuille, analyse le rapport Mercer, qui présente aux investisseurs différents scénarios d'exposition au risque climatique de leurs portefeuilles. "Selon le scénario climatique qui se joue [+2°, +4°C…], les rendements annuels moyens du sous-secteur du charbon pourraient chuter entre 18% et 74% au cours des 35 prochaines années, avec des effets plus marqués au cours de la décennie à venir (érosion du rendement annuel moyen entre 26% et 138%)", illustre le rapport.

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