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Production d'eau potable : dans le Morbihan, un exemple de gestion interdépartementale et interrégionale

Inaugurée le 14 avril après sept ans de réhabilitation, la « nouvelle » usine du Drezet, à l'embouchure de la Vilaine, est une pièce maîtresse dans un dispositif plus large destiné à sécuriser la production et la distribution d'eau potable de qualité.

Eau  |    |  C. Lairy
Production d'eau potable : dans le Morbihan, un exemple de gestion interdépartementale et interrégionale

Rebaptisée Vilaine Atlantique, cette usine au carrefour de trois départements (Morbihan, Ille-et-Vilaine et Loire-Atlantique) et de deux régions (Bretagne et Pays de la Loire) alimente en période estivale près d'un million d'habitants, répartis sur un secteur allant de Saint-Nazaire à Vannes, en passant par La Baule, Auray, Redon… En 2024, elle sera également connectée à l'usine de production d'eau potable de Villejean, à Rennes, grâce à la mise en service de l'aqueduc Vilaine Atlantique (AVA), d'une longueur de 90 km environ.

« Point d'importance vitale »

Car, au-delà d'une nécessaire mise aux normes (le site a démarré au début des années 1970), les travaux effectués de 2016 à 2023 poursuivent un autre enjeu : sécuriser la production d'eau potable de qualité. Et surtout, assurer la distribution de cette eau dans une région qui, réchauffement climatique oblige, n'est plus à l'abri d'épisodes de forte sécheresse, et donc d'une fragilisation des approvisionnements. Comme l'a rappelé le préfet du Morbihan, Pascal Bolot, « le mois de mars a [certes] été particulièrement pluvieux, et les réserves se sont bien reconstituées », si bien que, « à ce jour, la configuration est bonne pour, le cas échéant, affronter une fin de printemps et un été secs ». Pour autant, « la vigilance reste de mise » et « il faut affronter la possibilité d'un nouvel été très sec ». Tirant les enseignements de 2022, ajoute le préfet, des travaux ont d'ores et déjà été engagés pour envisager des mesures de restriction d'usage pour les plus gros consommateurs dans le Morbihan et en région Bretagne.

Dans ce contexte, au titre du rôle clé qu'elle joue dans l'alimentation en eau potable à l'échelle régionale (10 à 12 millions de mètres cubes distribués chaque année en Loire-Atlantique, 5 à 6 millions dans le Morbihan et 2 à 3 millions en Ille-et-Vilaine), l'usine a été classée « point d'importance vitale ». Ses accès ont été fortement limités, avec l'installation de protections extérieures (clôture à mailles fines anti-intrusion, portails d'accès sécurisés, systèmes de détection, etc.) et intérieures (détecteurs, badges d'accès, etc.).

Opérationnelle pour quarante années supplémentaires, l'usine pompe dans la Vilaine de quoi produire 90 000 m3 d'eau potable par jour – une capacité qui pourra monter à 110 000 m3, annonce l'établissement public territorial de bassin (EPTB) Eaux et Vilaine, chargé d'impulser et de coordonner la politique de l'eau à l'échelle du bassin versant (11 000 km2, dont 15 000 km de cours d'eau). Cette production est assurée par trois chaînes de traitement (files) identiques, d'une capacité de 1 600 m3/h chacune (ou 30 000 m3 par jour). En période hivernale, la production de deux files suffit à couvrir la demande. La troisième est activée de mi-juin à mi-septembre, et pendant les autres périodes de forte affluence dans cette région très touristique, notamment les ponts du mois de mai. Si le besoin s'en faisait sentir, une quatrième file pourrait être mise en service.

Coordonnés par la branche infrastructures de traitement France du groupe Suez (ex-Dégremont), les travaux de réhabilitation ont impliqué Eiffage Construction, Sarc (pour les canalisations) et Equans Ineo (pour l'électricité). Ils ont été réalisés en plusieurs étapes, sur sept ans donc, de façon à pouvoir construire les nouveaux équipements et démolir les anciens tout en assurant la continuité de service – l'usine n'a jamais été arrêtée pendant les travaux. Grâce à eux, Vilaine Atlantique est devenue une usine de production multi-barrière, avec des techniques de traitement plus modernes – en fin de process notamment, après les étapes plus traditionnelles de clarification (pour abattre la matière organique), d'affinage par charbon actif en poudre (pour éliminer les pesticides et améliorer la qualité gustative de l'eau) et de filtration sur sable (pour traiter la turbidité résiduelle), l'usine a notamment été équipée de nouveaux systèmes de désinfection : à l'ozone et aux UV, contre les parasites, et au chlore, pour garantir la qualité microbiologique finale.

Le projet a représenté un investissement de 22 millions d'euros HT, en majeure partie autofinancé par l'EPTB Eaux et Vilaine – le conseil départemental du Morbihan l'a amorcé avec une subvention de 100 000 euros, l'agence de l'eau Loire-Bretagne a de son côté contribué à hauteur de 6 millions d'euros.

Sur le barrage d'Arzal, concilier protection de la ressource et navigation de plaisance

Dans ses cartons, l'EPTB porte un autre projet d'envergure, d'un montant évalué à 14 millions d'euros HT. Il s'agit d'aménager une nouvelle écluse antisalinité au barrage d'Arzal qui, dans les années 1970, a permis de créer à l'embouchure de la Vilaine la deuxième plus grosse réserve d'eau douce de Bretagne, après le lac de Guerlédan, à la limite du Morbihan et des Côtes-d'Armor. Le plan d'eau en amont du barrage d'Arzal fait aujourd'hui l'objet d'un conflit d'usages entre, d'un côté, le développement du tourisme et de la navigation de plaisance et, de l'autre, la constitution de réserves d'eau douce (50 millions de mètres cubes environ) pour la production d'eau potable. Entre 16 000 et 20 000 passages sont en effet recensés chaque année à l'écluse d'Arzal, l'été le plus souvent. Or les éclusages font entrer de l'eau salée dans la Vilaine, dans laquelle est pompée l'eau traitée par l'usine. Risques associés à ces entrées ? Qu'une trop grande concentration de bromures et de chlorures génèrent des sous-produits toxiques au moment de la potabilisation, et augmentent la corrosivité de l'eau distribuée.

Ce conflit d'usages, l'EPTB espère le résoudre efficacement à l'horizon 2026-2027, avec la mise en service d'une nouvelle écluse antisalinité qui viendra compléter le dispositif existant chargé de renvoyer l'eau salée en aval du barrage, avant qu'elle n'arrive à la prise d'eau.

Un décret Reut très attendu

Conscient de l'importance stratégique de cet équipement pour « éviter la guerre de l'eau » et « exercer une solidarité (…) sans opposer les territoires les uns aux autres », le Morbihan financera 10 % de cette nouvelle écluse, a annoncé David Lappartient, président du Département. La Compagnie des ports du Morbihan portera également 10 % du coût de ce projet, dont la Région Bretagne entend elle aussi « assumer sa part », selon son président, Loïg Chesnais-Girard, rappelant la nécessaire coordination des différents acteurs – au sein notamment de l'Assemblée bretonne de l'eau, qui vise à fixer un cap commun et répondre à de nombreux enjeux, autour de l'économie de la ressource notamment.

Sur ce point, la Région attend avec impatience la publication du décret Reut, en consultation depuis fin mars : « Il y a des enjeux considérables partout en Bretagne, depuis le port de Brest, qui est le plus gros consommateur de la métropole, avec l'utilisation d'eau potable pour nettoyer les carènes de bateaux (…) jusqu'aux énormes capacités d'économies de l'agroalimentaire, se chiffrant en millions de mètres cubes », a souligné M. Chesnais-Girard.

Sur le volet de la qualité aussi, les enjeux sont de taille, avec un travail global de transformation à mener avec le monde agricole, notamment sur la question des pesticides. « Depuis l'Auvergne jusqu'à la Bretagne, tous les présidents de région sont conscients que l'élevage n'est pas notre ennemi, bien au contraire, que si nous voulons garder la qualité de l'eau, il faut garder des prairies, et donc conserver l'élevage, en particulier la production de lait. Il y a un vrai combat à mener. »

Réactions1 réaction à cet article

M. Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne, oublie juste que si l'élevage laitier breton très intensif fait certes appel à des prairies, celles-ci n'ont pas grand chose de naturel (ray-grass = culture d'herbe intensive) et qu'il recourt aussi massivement au maïs intensif cultivé en Bretagne (d'où pesticides entre autres de type S-métolachlore, érosion des sols arables, poursuite de la perte de biodiversité, etc.) et aux tourteaux de soja importés d'Amérique du Sud et du Nord (= pollutions et déforestation importées, maltraitance des petits paysans, etc.). La Région cautionne et subventionne (à oups de centaines de millions d'euros !) également fortement les élevages de porcs et de volailles intensifs, eux en revanche sans aucun lien à la terre, avec les lourdes conséquences désormais bien connues sur la dégradation des masses d'eau. Chic alors : ça promet d'autres usines de potabilisation à inaugurer en grandes pompes !
Le président de la Région Bretagne a cependant raison sur les belles économies d'eau que pourrait réaliser l'agro-industrie bretonne, si omniprésente en Bretagne. Cette industrie a aussi quelques menus efforts à faire du côté des pollutions chroniques et résiduelles de ses effluents... La Région, avec ses centaines de millions d'euros de subventions, dispose là d'un levier d'action bien plus opérant que de beaux discours fleuves !

Pégase | 18 avril 2023 à 10h06 Signaler un contenu inapproprié

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