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Programmation de l'énergie : les scénarios de consommation, grands absents du débat public

L'Etat vient de dévoiler les orientations de la future PPE. Mais "la donnée la plus structurante" manque à l'appel : les scénarios de demande, indispensables pour déterminer le futur mix électrique, seront révélés après le débat public.

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°379 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°379
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Lundi 5 mars, la Commission nationale du débat public (CNDP) a validé les conditions du débat sur la future programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) qui aura lieu du 19 mars au 30 juin. A cette occasion, la CNDP a dévoilé le dossier du maitre d'ouvrage qui "donne la vision qu'a l'Etat des questions qui doivent être traitées par la prochaine PPE et d'après lui soumises au débat". En l'occurrence, l'objectif est "d'interroger les citoyens sur la façon d'atteindre les objectifs fixés par la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte en recueillant leur avis sur ce qui a fonctionné ou non dans la politique de l'énergie, et ce qui pourrait être amélioré", explique le dossier du maitre d'ouvrage.

Des besoins de production déterminés par la demande électrique

La question centrale du débat est "la répartition de la production d'électricité entre filières (le mix électrique) en France", explique le ministère de la Transition écologique, ajoutant que celui-ci "a vocation à se transformer profondément dans les années à venir" pour atteindre trois objectifs clés : 40% d'électricité renouvelable en 2030, la fermeture des centrales au charbon d'ici 2022 et la réduction de la part du nucléaire à 50% à l'horizon 2025. 
La nouvelle PPE "précisera en particulier le cadre de l'évolution du parc nucléaire", explique le dossier.

Pour y parvenir, la PPE s'appuiera sur des scénarios d'évolution de la consommation d'énergie. "Pour satisfaire la demande d'électricité de façon pérenne, le rythme de fermeture des réacteurs nucléaires doit être cohérent avec l'évolution de la demande", rappelle le dossier. Et le ministère de la Transition écologique d'expliquer que "la consommation est la donnée la plus structurante pour dimensionner le mix électrique à moyen ou long terme". En effet, même si les exportations peuvent permettre d'écouler un surplus de production, "les besoins de production envisagés dans les différents scénarios dépendent en premier lieu de la consommation". Ces scénarios de demande seront élaborés par le ministère de la Transition écologique. Mais le débat public devra se dérouler sans ces hypothèses fondamentales, puisque les scénarios ne "seront finalisés qu'à l'été 2018"

Travailler sur les variantes de deux scénarios "enveloppe"

A ce stade, le ministère ne donne donc que des éléments de cadrage et se contente de citer les deux scénarios de RTE qu'il avait placés au cœur des échanges en janvier dernier lors d'une réunion de travail sur le futur mix électrique. Les autres scénarios du gestionnaire du réseau de transport d'électricité ont été écartés d'emblée car ils sont jugés incompatibles avec les objectifs climatiques, explique-t-on au ministère de la Transition écologique.

Le premier scénario (appelé "Ampère") prévoit de réduire la part du nucléaire au rythme du développement des renouvelables. Dix-huit réacteurs nucléaires seraient fermés (en comptant les deux de Fessenheim (Haut-Rhin)) en 2035 et les capacités de production renouvelable tripleraient pour atteindre 149 GW (dont 67 GW d'éolien et 48 GW de photovoltaïque). Le nucléaire représenterait alors 46% du mix électrique. Le second ("Volt") propose de développer les renouvelables au rythme des débouchés économiques. En 2035, 11 réacteurs nucléaires seraient fermés (en comptant Fessenheim), date à laquelle l'éolien atteindrait 50 GW et le photovoltaïque 36 GW. Le nucléaire représenterait encore 56% du mix électrique. Ampère et Volt "constituent des scénarios « enveloppe » dont l'analyse pourra servir de base pour la construction des scénarios qui seront finalement retenus dans la nouvelle PPE", précise le ministère qui "sera à l'écoute des retours du public sur les variantes" de ces deux scénarios.

De nombreuses hypothèses font encore débat

Mais le ministère ne cache pas que "ce choix a été contesté". Certains font valoir que ces deux scénarios ne permettent pas de réduire la part du nucléaire à 50% à l'horizon 2025. En outre, "l'objectif de neutralité carbone ne doit pas être cherché au niveau du secteur électrique seul mais de l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre françaises", avancent les opposants. Ces derniers expliquent qu'une approche globale permet de maintenir des capacités de production au gaz, d'autant que celui-ci peut devenir renouvelable. Mais, pour le gouvernement, "l'objectif de neutralité carbone à l'horizon 2050 est particulièrement ambitieux et va nécessiter des efforts maximums dans tous les secteurs en production comme en consommation". La production électrique doit donc réduire ses émissions de CO2.

Surtout, les hypothèses de demande font encore l'objet de nombreux débats. "Beaucoup d'hypothèses techniques (baisse des consommations des appareils électro-ménagers, taux de pénétration des équipements électroniques...) sont consensuelles, mais il reste certains débats par exemple sur l'évolution du nombre de personnes par foyer", explique le dossier. De même, le rythme de développement du véhicule électrique, de remplacement de chauffage au fioul par des pompes à chaleur ou de développement de l'électricité dans l'industrie sont encore débattus. Autant d'incertitudes qui permettent aux uns d'annoncer une hausse de la demande (EDF) et aux autres de prévoir une baisse (RTE, Ademe et négaWatt). Bref, la question reste ouverte et le public devra donner son avis sur la future PPE sans boussole.

Réactions7 réactions à cet article

 

La PPE doit répondre aux objectifs essentiels posés lors de la LTECV et ne pas se focaliser sur l'électricité mais considérer l'ensemble du système énergétique français:
-consommations/productions/stockages
-importations/exportations/productions nationales locales
-énergie primaire/vecteur/finale
-chaleur/combustibles/froid/électricité
-efficacité/sobriété
avant de passer aux solutions.
La planification de la montée en puissance massive des ENR (électrique, chaleur, combustibles) doit être conjuguée au déploiement massif des réseaux couplés chaleur/gaz/électricité/froid, de la cogénération massive biomasse et gaz, du chauffage solaire, de la suppression du chauffage électrique et de l'arrêt des centrales charbon-fuel; au transfert progressif des transports des personnes et des marchandises vers l'électrique, et de l'individuel au collectif et aux transports urbains doux (vélo, piétons); et par conséquent au repli rapide du nucléaire vieillissant et peu modulable en base pour limiter les risques d'accident nucléaire, économiser les investissements inutiles, abaisser le coût de fonctionnement des réacteurs restants les plus fiables fonctionnant alors à facteur de charge élevé.
L'horizon est 2035 mais il faut raisonner en investissements annuels, en économies d'énergie et d'importation annuelles, et équilibrage des réseaux sans brider les productions renouvelables grâce aux stockages et couplages des réseaux énergétiques. La France sera alors en pointe pour 100% ENR en 2050.

Thierry de Larochelambert | 07 mars 2018 à 18h05
 
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Et encore une fois, l'élément prioritaire de la politique énergétique française, c'est : comment réduire le nucléaire, et uniquement le nucléaire, qu'elles qu'en soient les conséquences. Et on les connaît :
* importation d'éoliennes à des coûts faramineux,
* production d'une électricité de façon imprévisible mettant en danger l'ensemble du réseau national,
* augmentation du bilan carbone, tel qu'observé sur ces dernières années.
La LTECV continue de faire des ravages, dans le paysage et dans les têtes. Pour combien de temps encore ?!

dmg | 08 mars 2018 à 08h51
 
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Le problème qui se pose à la France est son manque d'efficacité énergétique global, dû à la part trop grande du nucléaire dans la production d'électricité (le rendement nominal d'un réacteur PWR n'est que de 33%); à l'absence quasi-totale de la cogénération (rendement > 90%), à la part très pénalisante du chauffage électrique qui conduit à des puissances appelées (chères et importées!) en pointe record (>100 GW!) de la France en Europe et à la fragilisation de son réseau; aux transports routiers (marchandise + passagers) dominants sur le ferroutage, le transport collectif et les transports doux, et aux faibles investissements dans la sobriété (isolation, éclairage) et les ENR.
L'éolien est aujourd'hui au contraire l'énergie la moins coûteuse en investissement, en fonctionnement et la plus efficace en temps de retour énergétique (6 à 12 mois selon les types).
Pour améliorer la compétitivité et l'indépendance de notre système énergétique tout en réduisant nos émissions de GES, il faut donner toute leur place aux ENR de flux (éolien, solaire, hydraulique au fil de l'eau) et de stock (biomasse, géothermie, hydrolien, barrages) en couplant les réseaux d'électricité, de chaleur, de gaz et de froid, ce qui permettra d'arrêter toutes les centrales fossiles (sauf TG méthane) et nécessitera l'arrêt de plus de la moitié des réacteurs nucléaires. L'équilibre du réseau électrique sera fourni par les éoliennes (absorp. réact.), la cogénération biomasse et H2, les STEP, PAC, batteries, etc.

Thierry de Larochelambert | 08 mars 2018 à 16h11
 
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@Th de Larochelambert
Assez de ces discours creux et lénifiants autour des soit-disant renouvelables ! Ils partent tous d'un oubli total des réalités de terrain : les deux-tiers de notre énergie sont produits par des hydrocarbures. C'est là qu'il faut agir, remplacer les hydrocarbures par de l'électricité décarbonée et... des économies bien sûr, mais les lobbys pétrolo-gaziers sont bien trop puissants (lire "carbon democracy", de Timothy Mitchell). Du coup, on choisit de fragiliser notre terme principal de production d'électricité décarbonée pour le remplacer par des intermittentes qui, à haute dose, font courir un risque majeur à l'approvisionnement du pays et doivent être appuyées justement sur des hydrocarbures : voir l'Allemagne. Le reste n'est qu'enfumage, et il est lamentable que les soit-disant écolos, tellement bornés dans leur anti-nucléarisme primaire, emboîtent le pas et se fassent les alliés objectifs des responsables du changement climatique. Tant qu'on ne saura pas stocker l'équivalent de la consommation du pays sur plusieurs semaines, le recours aux intermittentes est suicidaire : un pays tel que la France a besoin d'un socle de production stable et régulable.

dmg | 08 mars 2018 à 18h43
 
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Il est regrettable de lire encore de telles remarques abruptes et sans nuances, agrémentées de procès d'intention en idéologie...
1) Je ne suis pas "écolo", je n'appartiens à aucun mouvement politique et j'abhorre toutes les idéologies, y compris nucléocratique ou écolo-intégriste
2) je ne m'exprime ici qu'en tant que chercheur dans un laboratoire mixte CNRS-Université, physicien et professeur
3) le changement climatique est le plus grand défi auquel notre humanité est confrontée; il engage sa survie.
3) mon analyse n'est pas un "discours creux" mais repose sur des faits scientifiques bien établis que j'ai évoqués
4) les ENR se substituent efficacement aux énergies fossiles (chaleur, combustibles, cogénération, électricité) et c'est l'un des points essentiels de la Transition
5) il ne s'agit pas d'arrêter brutalement des réacteurs nucléaires comme en Allemagne (où le lobby du lignite et la baisse des prix du charbon ont pris le pas sur le gaz), mais de rendre le système énergétique français plus efficace comme les pays scandinaves, en développant massivement les ENR (éolien, solaire thermique et photovoltaïque, biomasse, géothermie, hydrauliques de flux et de stock) ET l'efficacité énergétique ET la sobriété pour éviter d'utiliser des unités d'appoint fossile, tout en fermant progressivement le nombre nécessaire de réacteurs nucléaires
.... suite...

Thierry de Larochelambert | 13 mars 2018 à 18h00
 
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... (suite)
6) les 72% d'électricité nucléaire ne représentent qu'une faible fraction des consommations énergétiques primaires mais abaissent l'efficacité globale du système énergétique français, posent des problèmes de rigidité et de suivi de charge importants (fragilisation des aciers sous pression et irradiation) pour l'injection massive des ENR électriques variables (éolien et photovoltaïque surtout), ne sont plus compétitifs sur le marché européen et grèvent le bilan d'EDF dont les déficits sont payés par les contribuables. Les risques nucléaires sont de plus en plus élevés à mesure que le parc nucléaire vieillit, et les risques d'attentats sur certains points fragiles (La Hague, les piscines de refroidissement) sont considérables. Le problème de la gestion des déchets nucléaires ne fait que se renforcer avec le maintien du parc et du retraitement des combustibles: passer cette question (coûts, fiabilité, sécurité à court et long terme) sous silence est irresponsable.
7) omettre les questions d'inefficacité que posent l'absence de cogénération et l'utilisation forcenée, physiquement irrationnel du chauffage électrique en France depuis des décennies est suspect ou inconscient
8) les ENR ont acquis une maturité extraordinaire et sont plus compétitives que le nucléaire (pour l'électricité) et les fossiles (pour le reste); leur développement est nécessaire pour l'économie, la balance commerciale, l'écologie si elle est correctement planifiée (réseaux décentralisés couplés).

Thierry de Larochelambert | 13 mars 2018 à 18h17
 
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@TdL : Merci de prendre le temps de répondre aux commentaires de façon argumentée, moi qui n'en ait pas le courage en ce moment ça fait tellement de bien de vous lire...

JB | 20 mars 2018 à 07h56
 
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