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Projet Bag'ages : « Il fallait objectiver les effets de plusieurs pratiques agroécologiques »

Adour-Garonne sera le bassin le plus exposé au changement climatique. Parmi les pistes de résilience : sa transition agroécologique. Le projet Bag'ages s'est penché sur les bénéfices attendus. Détails avec Lionel Alletto, directeur de recherche Inrae.

Interview  |  Agroécologie  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
   
Projet Bag'ages : « Il fallait objectiver les effets de plusieurs pratiques agroécologiques »
Lionel Alletto
Directeur de recherche Inrae, membre du conseil scientifique du bassin Adour-Garonne, membre de l’équipe de scientifiques impliqués dans le projet Bag’ages
   

Actu-Environnement : dans quel contexte a été lancé le projet Bag'ages, d'observation des pratiques agroécologiques dans le bassin Adour-Garonne ?

Lionel Alletto : En 2015, l'agence de l'eau Adour-Garonne est venue nous voir avec une demande : essayer d'objectiver les effets de plusieurs pratiques agroécologiques. À l'échelle du bassin, mais nous pouvons l'élargir à d'autres territoires français, la circulation de l'eau se fait de plus en plus rapidement, du fait de l'artificialisation plus forte des milieux, mais aussi de la fréquence et l'intensité des événements climatiques qui conduisent notamment à de l'érosion, des coulées de boues, des décrochements de terrain, etc. L'enjeu pour l'agence était de vérifier si les pratiques agroécologiques pouvaient limiter ces effets à l'échelle du bassin.

Le projet a été lancé en 2016 et s'est terminé en juin dernier. Lors du Forum eau et agriculture du Grand Sud-Ouest, organisé par le comité de bassin, le 18 novembre, quelques résultats majeurs ont été présentés. L'idée est de faire tache d'huile et de mobiliser d'autres acteurs, notamment économiques. Car si nous souhaitons engager massivement une transition agroécologique de nos systèmes, il y aura probablement besoin d'un soutien de type paiement pour services environnementaux pour les exploitations où la performance économique n'est pas au rendez-vous.

AE : Quels ont été les pratiques observées et les travaux engagés lors du projet ? 
LA : Nous avons principalement travaillé sur l'introduction des couverts végétaux, l'utilisation de cultures intermédiaires sur des temps longs et la réduction du travail du sol. Le projet était organisé autour de trois grands ensembles de travaux : le premier a observé sur un réseau de parcelles agricoles leur fonctionnement hydrique (l'infiltration, la rétention de l'eau dans les sols), mais aussi les performances agronomiques, l'activité biologique et les émissions de gaz à effet de serre, notamment la respiration des sols.

 

La seconde tâche avait pour objectif de modéliser à l'échelle de petits bassins versants leur fonctionnement hydrique, mais aussi les transferts d'azote pour essayer de voir si la mobilisation des pratiques agroécologiques permettait de réduire les fuites de nitrates. L'autre enjeu de ce groupe était d'estimer au mieux les biomasses produites et les quantités de carbone restituées à la parcelle en développant des approches par télédétection.

Le troisième groupe de travail s'est penché sur l'évaluation, à l'échelle des exploitations, des performances économique, environnementale et sociale des pratiques agroécologiques. Nous avons comparé un panel de 60 exploitations agricoles engagées à des niveaux différents. Ce que nous voyons, c'est que la performance économique est aussi variable que celle observée sur des systèmes conventionnels.

AE : Avez-vous pu identifier des pratiques « championnes » pour les différents bénéfices environnementaux ?

LA : Concernant le stockage de carbone, l'effet des pratiques est d'autant plus important que l'état initial du sol est « mauvais ». Dans le Sud-Ouest, dans les vallées de la Garonne et de l'Ariège, nous retrouvons des sols hydromorphes de vallée alluviale, les boulbènes, ce sont des zones à maïs. Dans ces territoires, c'est bluffant : les pratiques agroécologiques modifient complément le fonctionnement physique, chimique et biologique du milieu. J'ai en tête l'exemple d'un agriculteur qui depuis vingt ans pratique la diversification des cultures et les couverts végétaux, apporte des fumiers. Le stockage de carbone de ses sols était colossal : entre 600 kg et une tonne de carbone à l'hectare et par an. À l'inverse, sur des sols très riches à la base, nous n'avons pas observé de différences.

 
Concernant le stockage de carbone, l'effet des pratiques est d'autant plus important que l'état initial du sol est « mauvais »  
Lionel Alletto
 

J'ai une hypothèse pour l'expliquer, mais que je n'ai pas encore pu la tester. Sur des sols très riches, comme les terres noires du Béarn, aujourd'hui la monoculture de maïs grain est pratiquée. Et c'est la championne des plantes pour restituer du carbone à la parcelle. Pour rompre avec ce type de monoculture, il faut probablement activer tous les leviers pour contrebalancer cette performance (couvert végétal, diversification et réduction du travail du sol) pour obtenir les mêmes niveaux de quantité de carbone stocké.

AE : Qu'en est-il de la rétention d'eau et l'infiltration ?

 
Les principes clés de l'agriculture de conservation des sols L'agriculture de conservation des sols suit trois principes : une diminution du travail du sol et l'arrêt du labour, l'implantation de couverts végétaux et une rotation diversifiée avec le plus possible d'associations végétales. La réduction du travail du sol et la suppression du labour ont été permises pour un grand nombre d'exploitations grâce à l'utilisation d'herbicides, notamment du glyphosate.
 
LA : Nous avons regardé trois aspects : l'absorption de l'eau par les racines, l'association avec des champignons mycorhiziens, et la rétention en eau. Nous avons constaté que le réservoir utilisable des sols peut être augmenté de 8 à 15 % en pratiquant une agriculture de conservation. La prospection racinaire, et donc la valorisation de ce réservoir, est accrue : les racines empruntent les galeries des vers de terre, des cultures de rente qui sont décomposées, des nématodes, etc. Les mycorhizes contribuent à l'alimentation hydrominérale des plantes.

À l'inverse, le labour ou le travail du sol créent des discontinuités, qui pénalisent les racines.

Autre point important, ce type d'agriculture contribue à améliorer la fréquence de remplissage du réservoir, car la capacité du milieu à être traversé par l'eau, à filtrer l'eau, est améliorée et plus stable dans le temps.

L'enrichissement du sol avec la matière organique est la clef pour une meilleure activité biologique. Concernant la dégradation des phytosanitaires, cela va dans le bon sens, mais ce n'est pas suffisant pour atteindre les objectifs de qualité des eaux. En agriculture de conservation, nous améliorons de 5 à 10 % la dégradation. Les ordres de grandeur ne sont pas les mêmes. Il faudrait dégrader bien plus massivement les phytosanitaires pour régler le problème.

Par ailleurs, la modélisation d'un bassin-versant dans le Gers montre que l'érosion des sols et les pertes en nitrates pourraient être réduites een introduisant des couverts végétaux et des haies.

AE : Avez-vous établi une comparaison entre une agriculture conventionnelle et les pratiques agroécologiques ?

LA : Nous voulions éviter de comparer – au sens de juger –, car chaque système a ses raisons d'exister. Les résultats principaux sur le fonctionnement hydrique sont la stabilité temporelle des propriétés physiques du sol qui conduit à une meilleure infiltration de l'eau. À quantité d'eau équivalente, la productivité est bien meilleure : 150 à 175 quintaux à l'hectare contre 120 avec les mêmes quantités d'eau. Donc, il n'y a pas moins d'irrigation, mais une productivité plus élevée et donc une efficience améliorée de l'eau.

Le projet Bag'ages a été conçu comme un observatoire : nous n'avons pas modifié les pratiques des agriculteurs, nous avons mesuré et observé ce qui se passait en temps réel. L'étape d'après serait d'aller tester d'autres stratégies d'irrigation, avec des agriculteurs prêts à jouer le jeu moyennant une compensation, car c'est un risque qu'ils prennent.

L'idée serait de mobiliser dans un territoire donné les acteurs impliqués sur le bassin-versant pour y faire changer les pratiques de manière cohérente et de documenter les effets.

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