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Premier pas vers une réduction de la pêche en eau profonde en Europe

La Commission européenne a présenté des propositions pour réguler la pêche en eau profonde. Les pêcheries visant exclusivement ce type de pêche pourraient disparaître ce qui ne fait pas le bonheur de la France, visée comme l'Espagne et le Portugal.

Biodiversité  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
Premier pas vers une réduction de la pêche en eau profonde en Europe

La Commission européenne a présenté le 19 juillet de nouvelles mesures pour réglementer la pêche en eau profonde dans l'océan Atlantique Nord-Est. Elle entend durcir le système des autorisations et surtout de supprimer progressivement les engins de pêche qui ciblent spécifiquement ces espèces à savoir les chaluts de fonds et les filets maillants de fonds. "[Ces bateaux] n'auront un avenir que si leur activité est gérée de manière à être durable", prévient la Commission.

"Les autres pêcheries commerciales utilisant les chaluts de fond ne seront pas touchées, les mesures proposées ne concernant que les pêcheries qui ciblent les poissons d'eau profonde", prévient la Commission. La pêche d'espèces d'eau profonde ne sera donc pas interdite puisque ces poissons peuvent être capturés en tant que prises accessoires dans de nombreuses autres pêcheries. Cette mesure serait mise en œuvre dans un délai de deux ans à compter de l'adoption définitive de cette réglementation.

Cette proposition de réglementation a été qualifiée de "décision historique" par plusieurs associations engagées contre le chalutage profond. "Nous félicitons Mme Damanaki [Commissaire européenne en charge de la pêche] pour le leadership dont elle a fait preuve aujourd'hui en proposant une refonte complète de la gestion des pêcheries d'eau profonde et en faisant le premier pas en vue de l'élimination d'une méthode de pêche parmi les plus destructrices actuellement pratiquées", commente Matthew Gianno, conseiller politique auprès du Pew Environment Group et de la Deep Sea Conservation Coalition.

"L'initiative va dans le bon sens, mais le processus de discussion européen est long et la bataille politique ne fait que commencer", analyse pour sa part Hélène Bourges, chargée de campagne Océans chez Greenpeace. En effet, la proposition doit désormais être discutée et adoptée par les Etats membres et le Parlement européen.

Un secteur représentant 1% des volumes de pêche

Les pêcheries en eau profonde dans l'Atlantique du Nord-Est exercent leur activité dans les eaux de l'Union européenne, notamment les régions ultrapériphériques de l'Espagne et du Portugal, ainsi que dans les eaux internationales régies par des mesures de conservation adoptées au sein de la Commission des pêches de l'Atlantique du Nord-Est (CPANE). Selon les données du Centre de Recherche Européen (JRC), 34.334 tonnes d'espèces d'eau profonde ont été péchées en 2008, soit 1% de la pêche effectuée en Atlantique Nord-Est. La commission estime par conséquent que "l'impact d'une élimination progressive des chaluts de fond et filets maillants de fond reste limitée" même si elle reconnaît qu'au niveau local "l'analyse peut être différente".

La France visée et par conséquent opposée

Avec ce projet d'interdiction, la Commission vise principalement les navires français, espagnols et portugais. En France, 180 emplois environ seraient liés aux navires de pêche en eau profonde, des chalutiers pour la plupart, selon les données de la Commission. Quelque 200 poissonneries sont spécialisées dans les poissons d'eau profonde. Les quatre ports dont les activités sont le plus tributaires des pêcheries d'eau profonde sont Boulogne‑sur‑Mer (Pas-de-Calais), Lorient (Morbihan), Concarneau (Finistère) et Le Guilvinec (Finistère).

La validation de ces propositions par l'ensemble des commissaires européens n'a pas été de soi puisque le Français Michel Barnier, commissaire européen au Marché intérieur, a fait bloc prétextant un délai nécessaire à l'analyse des conséquences socio-économiques d'une telle décision. En marge du conseil européen de la pêche qui s'est tenu lundi 17 juillet, le ministre français Frédéric Cuvillier a fait savoir "qu'une éventuelle interdiction de certains engins de pêche, sans discernement, aurait de très lourdes conséquences socio-économiques et ne serait pas acceptable, au regard des efforts déployés par les pêcheurs pour une gestion durable de ces ressources". Les discussions sur cette proposition au sein du Conseil européen seront sans aucun doute tendues.

Les pêcheurs français étonnés et inquiets

 
La flotte française - Euronor : armement basé à Boulogne sur mer comprenant au total 6 chalutiers, 195 salariés (35 à terre, 160 navigants), dont 2 chalutiers spécialisés en pêches profondes.
- Scapêche : armement lorientais (groupe Intermarché) comprenant 17 unités, dont 3 navires récents ciblant de façon importante les espèces profondes et 4 navires plus anciens ciblant pour une partie de leur activité ces mêmes espèces, cela représentant 150 salariés au total (30 à terre, 120 navigants).

La pêche profonde concerne également, mais de manière plus réduite :
- L'armement Dhellemmes: parmi les navires de l'armement, trois chalutiers ciblent en partie des espèces profondes
- Des chalutiers de taille artisanale (16 – 24 mètres) du quartier maritime du Guilvinec et qui sont plus ou moins dépendants de cette pêche.
 
Suite aux propositions de la Commission, les pêcheurs français ont fait part de leur inquiétude et de leur mécontentement : "les pêcheurs français ont été les premiers à alerter sur la nécessité de réglementer la pêche en eau profonde alors que de nombreuses pêcheries faisaient n'importe quoi et aujourd'hui nous sommes les premiers à en pâtir", s'insurge Hubert Carré, Directeur Général du Comité National des Pêches Maritimes et des Elevages Marins (CNPMEM).

Les pêcheurs s'étonnent également de la précipitation de la Commission à prendre de telles mesures sachant que des études scientifiques sont en cours pour évaluer l'état des stocks. L'UE finance en effet actuellement un projet (Deepfishman) qui vise à fournir une évaluation fiable des principales espèces d'eau profonde. "Ces programmes devaient s'achever à la fin de l'été 2012, mais ne serviront à rien puisque leurs résultats n'intéressent pas Mme Damanaki qui préfère ses certitudes à la réalité scientifique", commente le CNPMEM.

Pour les pêcheurs, la gestion des stocks assurée par le CIEM a permis de mettre en place une gestion appropriée qui ne nécessite pas de prendre de telles mesures d'interdiction. "Les avis du CIEM portant sur les stocks du grenadier de roche, de la lingue bleue et du sabre noir, trois espèces pêchées dans les eaux de l'Ouest de l'Ecosse et de la Mer Celtique principalement par des chalutiers français, sont favorables. Ils indiquent qu'elles sont pêchées actuellement à des niveaux durables", plaide le CNPMEM.

Mais la Commission estime que les données sur les stocks disponibles actuellement ne sont pas suffisamment fiables et met en avant le principe de précaution pour justifier sa position. Elle se veut toutefois rassurante : "Si certains stocks ‑ très peu nombreux - devaient, sous l'effet d'une amélioration des résultats scientifiques, évoluer dans un sens positif, les pêcheurs pourront bien entendu voir leurs efforts récompensés", explique-t-elle.

Mais dans tous les cas, elles estiment que les techniques de pêche doivent évoluer : "Une solution consistant à associer des stocks en meilleure condition et des méthodes de pêche plus propres, qui permettent de diminuer sensiblement les captures d'espèces indésirées et dont les effets sur les habitats en eau profonde sont bien moindres a toutes les chances de donner de bons résultats."

Réactions3 réactions à cet article

 

C'est bien là qu'on voit toute l'hypocrisie de notre pays en matière de protection environnementale!

muybien51 | 20 juillet 2012 à 17h28
 
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l'impact social de cette interdiction est bien plus important que celui des seuls marins, les débarquements assurent le travail de centaines de personnes pour le filetage, l'équilibre des ports est menacé car des investissements récents sont à financer. Si l'on peut être inquiet de cette pratique, il faut remarquer qu'elle est résiduelle par rapport aux années passées et sous contrôle. les scientifiques de l'Ifremer en charge du suivi et sans doute les seuls à connaître réellement le sujet et les impacts considère la position de la Commission et des ONGE comme affligeante. En bref l'impact environnemental est limité, la situation des stocks s'améliore vraiment, l'impact social et économique sera localement catastrophique. Le choix d'interdire est-il le bon dans ces conditions. Comme pour la légine, dans les TAAF on a sans doute atteint un point d'équilibre durable qui permet aussi d'assurer un financement des recherches et de la protection des zones. L'enfer est souvent pavé de bonnes intentions.

alain | 24 juillet 2012 à 10h37
 
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Quand on parle des réactions inquiètes des pêcheurs, je ne peux m'empêcher de comparer avec l'agriculture : on nous sort le petit paysan d'Ardèche (ou d'ailleurs), alors que ceux qui tirent les ficelles sont les grosses exploitations et le lobby agro-alimentaire...

dmg | 16 août 2012 à 13h18
 
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