En septembre 2019, la directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), Inger Andersen, estimait que plus du tiers des réductions d'émissions nécessaires pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris pouvaient être effectuées grâce aux solutions fondées sur la nature. Ce concept désigne les mesures s'appuyant sur les écosystèmes pour lutter contre le dérèglement climatique et ses conséquences.
Depuis le lancement de la « Campagne pour un milliard d'arbres » par le Programme des Nations unies pour l'environnement (Unep) en 2007, les projets de reforestation font partie des solutions fondées sur la nature les plus mises en avant. D'autres écosystèmes jouent pourtant un rôle tout aussi important dans la régulation du climat. C'est le cas des écosystèmes littoraux, et en particulier des mangroves.
Un potentiel de captation du carbone supérieur à celui des forêts
À l'échelle de la planète, les mangroves ne représentent que 1 % de la superficie des forêts tropicales mondiales. Ces écosystèmes, qui se développent sur les estrans des régions tropicales, sont pourtant des puits de carbone exceptionnels. Selon une étude parue en 2011, les mangroves ont en effet un potentiel de captation du carbone 3 à 5 fois supérieur à celui des forêts. Chaque année, elles absorbent 13,5 Gt de CO2, soit 14 % de la séquestration océanique.
Les mangroves ont également l'avantage de stocker la majorité du carbone dans le sol plutôt que sous forme de matière sèche. En Indonésie, les mangroves peuvent ainsi conserver sous terre jusqu'à 1 023 tonnes de CO2 par hectare. Un avantage de taille : le carbone piégé dans les sédiments océaniques peut être stocké pendant plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires, selon Justine Delangue, chargée de mission pour l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui s'exprimait à ce sujet au cours le cadre d'une table ronde organisée par EcoAct, I4CE et Climate-KIC le 27 février dernier.
En raison de ce potentiel de captation important, de nombreux organismes, dont EcoAct, mettent aujourd'hui en place des projets de restauration des mangroves, et espèrent ainsi permettre à des entreprises de compenser leurs émissions de CO2. Les mécanismes de compensation, qui offrent aux entreprises la possibilité de « compenser » leurs émissions de gaz à effet de serre en finançant des projets de réduction ou de séquestration à l'international, sont régulièrement critiqués, ses détracteurs l'assimilant à de l'éco-blanchiment. L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) rappelle notamment qu'il est essentiel « d'éviter et de réduire ses émissions » avant toute action de compensation. EcoAct assure quant à elle vouloir accompagner les entreprises dans leurs démarches de décarbonation, et contribuer à la préservation de ces écosystèmes en danger.
Des écosystèmes menacés
La situation est d'autant plus préoccupante que la dégradation des mangroves peut réduire leur capacité de stockage de CO2, voire les transformer en sources de carbone. Selon une étude parue en 2018, la déforestation des mangroves entre 2000 et 2012 a ainsi émis jusqu'à 317 millions de tonnes de CO2 dans l'atmosphère, soit l'équivalent des émissions de la Pologne en 2015. La préservation des mangroves est donc essentielle, selon Justine Delangue. D'autant plus que ces écosystèmes ne se réduisent pas à leur potentiel de captation du carbone : les mangroves abritent également 3 000 espèces de poissons et contribuent au maintien de la biodiversité tropicale. Raison de plus, s'il en fallait, de les protéger.