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“Cultures de protéines végétales : c'est un système gagnant-gagnant pour l'environnement”

L'Europe importe la quasi totalité de ses besoins en protéines végétales alors qu'augmenter ces cultures permettrait de réduire les intrants chimiques. Face à l'appétit chinois grandissant pour les protéagineux sud-américains, la prise de conscience se fait.

Interview  |  Agroécologie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
   
“Cultures de protéines végétales : c'est un système gagnant-gagnant pour l'environnement”
Jean-Paul Denanot
Député européen (S&D)
   

Actu-Environnement : Vous venez de présenter un rapport sur la promotion des cultures protéagineuses en Europe, que la commission Agriculture du Parlement européen a adopté à une large majorité. Quelle est la situation européenne en terme de dépendance aux protéines végétales ?

Jean-Paul Denanot : L'Union européenne importe près de 90% de ses besoins en protéines végétales. La France est dans une moindre dépendance, elle importe autour de 50% de ses besoins. Ce déficit en production de protéines végétales sur le sol européen doit être comblé, pour éviter d'être soumis au bon vouloir des pays exportateurs. Le Brésil, par exemple, multiplie les partenariats avec la Chine, qui préempte progressivement la quasi totalité de la production de soja. Cette situation risque de mettre en péril la production alimentaire européenne, que ce soit pour l'alimentation humaine directement ou pour l'alimentation animale.

AE : Vous soulignez également dans le rapport qu'une augmentation des cultures de protéagineux apporte des bénéfices d'un point de vue environnemental…

JPD : En effet, lorsque l'on cultive des protéines végétales, comme les légumineuses, cela permet de fixer l'azote atmosphérique et d'éviter le recours à des intrants en nitrate. Pour cela, il faut mettre en place un système de production diversifié et augmenter les rotations de cultures. Ne pas cultiver seulement du maïs et du blé, mais aussi des pois, du tournesol, du lupin… Cela nécessite un changement important de pratiques mais c'est un système gagnant-gagnant sur le plan environnemental.

AE : Ce constat est partagé par de nombreux acteurs depuis longtemps. Pourquoi la situation n'a-t-elle pas évolué plus vite ?

JPD : Il y a plus de dix ans que cette question est sur la table ! Mais le sujet a été freiné par les lobbies, les industriels comme Monsanto qui défendent leurs produits. Aujourd'hui, avec le contexte géostratégique, il y a une vraie fenêtre de tir. Les choses ne peuvent plus rester comme ça. Et on le voit, dans cette perspective, les esprits sont beaucoup mieux préparés au changement. La Commission prépare un plan sur les protéines végétales. Je lui présenterai mon rapport prochainement. La présidence bulgare du Conseil en a également fait une priorité.

AE : Quelles préconisations faites-vous pour augmenter ces cultures en Europe ?

JPD : La nouvelle politique agricole commune (PAC) doit accompagner ces changements de pratiques et les agriculteurs qui sont volontaires. Les rotations, les associations de cultures doivent être encouragées à travers les deux piliers de la PAC (paiement couplé volontaire, paiement de verdissement et mesures agro-environnementales). Il faut un vrai plan stratégique pour réduire les importations, notamment de soja, et limiter le recours aux intrants.

Réactions7 réactions à cet article

 

Sujet intéressant. Ca change un peu ! Et je ne dis pas ce uniquement parce que je suis végétarienne. Il serait temps de développer la filière française de soja et de miser sur les légumineuses, top pour le sol et l'alimentation.

La fée des ronds | 22 mars 2018 à 11h30
 
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OK, TOP si ceci devient réalité !
Déjà en 2010, ds un article où il était question de luzerne, là aussi fixateur d'azote de l'air par excellence, un sombre chantage se faisait jour!
"80 % des protéines destinées au bétail européen sont importées chaque année du Brésil, des États-Unis ou encore de Chine. Afin de réduire cette dépendance, l'UE a décidé dans les années 1980, de subventionner la production de fourrage déshydraté, à l'instar de la filière de la luzerne déshydratée.
Des aides aujourd'hui remises en cause dans le cadre de la réforme de la Politique Agricole Commune (PAC)"
Qu'en est-il?
Salutations
Guydegif(91)

Guy | 22 mars 2018 à 17h20
 
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On parle des intrants en azote, pas en nitrates, ces derniers étant la forme assimilable d'azote problématique en cas d'excès d'apports d'azote.

Albatros | 29 mars 2018 à 14h47
 
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Les nouvelles générations sont de plus en plus tentées par l'alimentation végétarienne et les protéines végétales vont donc être de plus en plus demandées à l'avenir. Il serait plus que temps de se préoccuper de leur approvisionnement; pourquoi la France est-elle toujours à la traîne dans ce genre d'évolution ?

gaia94 | 07 avril 2018 à 04h17
 
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La France est "à la traîne" parce que, pour des raisons idéologiques totalement infondées (largement soutenues par Total et les écolos), on bloque les cultures comme le soja ou le colza, dont les tourteaux sont riches en protéines.
Par ailleurs, dans notre bon pays, production et rendement agricoles sont devenus des "gros mots" sous l'influence d'hallucinés, et l'on a sacrifié l'agriculture au profit de Total, du nucléaire et des ventes de Rafale ou de voitures pour signer des accord commerciaux avec des blocs de pays pratiquant une agriculture véritablement dévastatrice...
Bravo et merci.

Albatros | 09 avril 2018 à 10h14
 
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C'est invraisemblable de continuer à importer ces millions de tonnes de tourteaux de soja alors que nous avons les terres pour les cultiver; oui, on préfère favoriser les porte-containers qui sillonnent la planète en polluant et accessoirement en perdant leur cargaison, en cas de tempête, plutôt que de donner la priorité aux agriculteurs; mais nous en avons aussi assez d'être pollués par les intrants chimiques, ceci explique cela.

gaia94 | 10 avril 2018 à 16h12
 
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Il faut savoir utiliser tous les outils à disposition - y compris les produits phytosanitaires (autrement appelés pesticides) - si on veut cultiver les quantités nécessaires.
Interdire a priori les pesticides est une absurdité car cela revient justement à rendre notre pays dépendant d'importations pas très nettes ni très honnêtes. Il faut sans doute revoir les conditions de leurs autorisations, notamment en renforçant et expliquant l'approche de l'analyse des risques/bénéfices. Faire de la pédagogie dans ce domaine est nécessaire : ne pas confondre dangers et risques (ce qui serait un début d'application intelligente de l'indispensable principe de précaution).

Albatros | 11 avril 2018 à 08h52
 
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