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Actu-Environnement

La Déclaration de Berne et Pro Natura ont remis leur Public Eye Awards 2007

Pour la 3e édition consécutive, les ONG ont remis leurs Public Eye Awards. Bridgestone et Novartis sont les grandes gagnantes jugées irresponsables sur le plan social et environnemental alors que la société Eosta a reçu le premier prix positif.

Gouvernance  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
Comme tous les ans, à l'occasion du Forum Economique Mondial qui se tient à Davos en Suisse, un collectif d'ONG mené par La Déclaration de Berne et Pro Natura remet des distinctions aux entreprises qui font preuve d'irresponsabilité sociale ou environnementale. Cette année, les catégories relatives aux prix ont été changées. Elles ne sont plus thématiques mais géographiques : les entreprises multinationales d'un côté, les entreprises suisses d'autre part. La troisième catégorie est un prix « positif ». Alors que l'année dernière les ONG n'avaient pas réussi à identifier une société digne de recevoir ce prix, cette année il a été attribué à une entreprise qui a fait acte de citoyenneté, c'est-à-dire qui a posé des actes montrant sa disponibilité à mieux assumer sa responsabilité sociale et environnementale.
L'appel aux nominations a été lancé en été 2006 à toutes les ONG du monde entier. 40 propositions sont parvenues aux organisateurs : un record. On y retrouve des entreprises habituellement pointées du doigt comme Coca-Cola, Nestlé ou Syngenta et d'autres moins connues du grand public. Sur cette base, une sélection limitée à trois entreprises par catégorie a été retenue pour concourir en vue de l'attribution des prix. Il n'a pas été facile pour les organisateurs de choisir trois cas dans chaque catégorie, a déclaré Oliver Classen, responsable médias et coordinateur du Public Eye Awards. Le choix a tenu compte de l'étendue du comportement des transnationales irresponsables ainsi que de son actualité, a-t-il expliqué.

Ainsi, dans la catégorie «monde», étaient distinguées cette année les sociétés Bridgestone, Ikea et Trafigura. La multinationale japonaise du pneu est accusée d'exploiter depuis les années 1920 au Libéria, l'une des plus grandes plantations de caoutchouc du monde, où règneraient aujourd'hui encore des conditions proches de l'esclavage. Quant à Ikea, la multinationale suédoise du meuble, les ONG lui reproche d'avoir tisser une toile complexe de sociétés offshore, de holdings et de fondations pour échapper au fisc. Enfin, la société Trafigura, domiciliée aux Pays-Bas et responsable de commerce de matières premières, a été choisie pour avoir fait la une des médias lorsque l'un de ses bateaux a déchargé illégalement en août 2006 des déchets toxiques à Abidjan, contaminant plusieurs dizaines de milliers de personnes.
Après réflexion, les ONG ont décidé de remettre le Public Eye Award « monde » à Bridgestone. Alfred Brownell, président de l'ONG Green Advocates, dont le partenaire états-unien avait proposé Bridgestone, se réjouit qu'un signe important ait été posé pour enfin mettre un terme à la culture de l'impunité.

Pour la remise du premier prix de la nouvelle catégorie «Suisse», décerné aux sociétés ayant leur siège en Suisse, les sociétés Novartis, Ruag et Xstrata ont été sélectionnés. Selon les ONG, en demandant l'annulation de la loi indienne sur les brevets, Novartis cherche à limiter l'accès aux génériques à prix abordable en Inde et dans les pays en voie de développement. Si le géant pharmaceutique bâlois parvient à ses fins, ce sera au détriment de la vie de nombreux malades du cancer dans le Sud. Les ONG ont également choisi Ruag, le plus grand fabricant européen de munitions pour armes légères. Selon elles, la société porte sa part de responsabilité dans la mort par des armes légères de plus de 1.000 personnes chaque jour. Les ONG rappellent également que l'entreprise fabrique et vend des armes particulièrement cruelles comme les bombes à fragmentation. Enfin, XSTRATA, un groupe spécialisé dans les matières premières, complète le trio à cause de son projet de transformation d'une gigantesque mine de zinc et de plomb, actuellement souterraine, en mine à ciel ouvert. Pour les ONG, si ce projet se réalise, en Australie dans les Territoires du Nord, quatre groupes d'autochtones vivant en aval de la McArthur River perdront leurs moyens d'existence suite à la dérivation du fleuve et à sa pollution.
Au final, les délibérations ont abouti à la sélection de Novartis comme lauréat du prix « Suisse ». Le groupe a été proposé par l'organisation d'aide contre le cancer indienne CPAA. Pour le directeur de cette ONG, Yogenda Sapru, il ne fait aucun doute que Novartis, par sa politique de monopole en Inde, est coresponsable de la souffrance de dizaines de milliers de malades du cancer.

Pour le Public Eye Positive Award, le jury s'est vu proposer toute une série d'entreprises: Banque alternative BAS, BAER SA, Coop, Eosta, Gebana SA, Jenni Energietechnik AG, Marks & Spencer plc et Pfister Meubles SA. Après avoir soigneusement examiné les nominations proposées, le jury a inscrit les trois entreprises Coop, Eosta et Marks & Spencer plc sur la liste finale pour finalement récompenser la société Coop.
Bioterra, l'organisation suisse pour l'horticulture, la consommation et l'agriculture a proposé le distributeur suisse en raison du rôle pionnier qu'il a joué avec son label écologique «Naturaplan». Le président de Bioterra, Johannes Pfenninger, constate qu'en lançant ce label en 1993, Coop a permis au marché suisse des produits bio de franchir une étape. Depuis lors, le nombre d'exploitations agricoles biologiques a augmenté jusqu'à atteindre aujourd'hui plus de 6000 unités, explique-t-il. Pour Sonja Ribi de Pro Natura, l'impulsion nécessaire à cette évolution a été donnée par la réforme écologique de la politique agricole mais le nombre d'exploitations bio n'aurait de loin pas augmenté aussi fortement si Coop Suisse ne s'était pas lancée résolument dans la commercialisation de leurs produits.

L'entreprise néerlandaise Eosta qui fournit des grossistes et des détaillants en légumes et fruits certifiés biologiques et/ou biodynamiques a été retenu pour avoir développé en 2004 le projet pilote Nature&More : les consommateurs peuvent s'informer, via une plate-forme Internet, sur la provenance et le processus de production de l'aliment qu'ils ont entre les mains.
Marks & Spencer (M&S), géant du commerce de détail britannique, vend depuis tout récemment du coton cultivé au Mali selon des critères bio contrôlés. La société a développé tout spécialement une collection de vêtements en coton équitable. Elle garantit aux producteurs maliens concernés l'achat de leur coton durant les trois prochaines années et se mobilise pour des conditions de production durables. C'est en l'occurrence le volume de coton bio contracté qui a convaincu les ONG.

Réactions1 réaction à cet article

 
Candidat à la 4ème édition !

Et si, l’année prochaine, les ONG françaises proposaient Monsanto aux Public Eye Awards ? Condamné pour publicité mensongère par le tribunal correctionnel de Lyon en 2007*, le géant américain pousse à la consommation de son Round Up, premier désherbant au monde, en le présentant comme «biodégradable» et laissant «le sol propre». Et pourtant, les connaissances scientifiques ont plusieurs fois souligné l’impact sanitaire néfaste de l’herbicide :

1- caractère potentiellement cancérigène mis en évidence par l'équipe de recherche «Cycles cellulaires et développement» du CNRS (Finistère), 2- caractère potentiel de «perturbateur endocrinien» mis en valeur par le département de biologie moléculaire de l'université de Caen (troubles probables de la reproduction, avortements, naissances prématurées…). Son principe actif (glyphosate) est classé «dangereux pour l’environnement» par les autorités européennes et l’association avec les adjuvants retenus aboutit à un produit encore plus nocif que le principe actif seul ! Deux études épidémiologiques nord-américaines avaient déjà tiré la sonnette d’alarme en 1997 et en 2004 à propos du Round Up.

Les promesses vendues par Monsanto ont été de nature à déresponsabiliser le consommateur : usage non restreint des produits, absence de précaution d’usage, pas d’arbitrage avec un produit moins nocif… au détriment de la santé et de la qualité des eaux ! Cela mérite bien une médaille, non ? * action Eau et rivières de Bretagne, et CLCV.

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