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Qualité de l'air : comment faire bon usage des micro-capteurs

L'Agence nationale de sécurité sanitaire affirme que les micro-capteurs ne sont pas comparables aux stations de mesure de la qualité de l'air des associations agréées. Le potentiel de ces dispositifs gagne cependant du terrain.

Risques  |    |  Félix Gouty  |  Actu-Environnement.com
Qualité de l'air : comment faire bon usage des micro-capteurs

Depuis 2020, aérer suffisamment les espaces clos est devenu une nécessité pour lutter contre la propagation du virus de la Covid-19. Pour s'assurer de l'efficacité des aérations, de nombreux établissements publics, scolaires ou commerciaux se sont équipés de micro-capteurs, mesurant en quasi-temps réel la concentration en dioxyde de carbone (CO2), témoin du niveau de confinement des pièces. Néanmoins, ces dispositifs ne se limitent ni à la qualité de l'air intérieur ni à la mesure de ce seul polluant. Certains peuvent estimer la concentration en particules fines (PM10, PM2,5 ou PM1), en monoxyde de carbone (CO) ou en composés organiques volatils (COV), comme le formaldéhyde.

L'Agence nationale de sécurité sanitaire et alimentaire (Anses) a ainsi été saisie pour connaître l'intérêt de leur utilisation pour un suivi plus large de la qualité de l'air, intérieur ou extérieur. Les avantages et inconvénients retenus dans son avis et son rapport, publiés le 1er juillet dernier, ne font pas l'unanimité.

Les limites discutées d'un marché émergent

L'Anses différencie très clairement les micro-capteurs (ou « systèmes capteurs ») des stations de mesure gérées par les associations agréées de surveillance de la qualité de l'air (Aasqa). Selon elle, non seulement ces dispositifs ne mesurent le plus souvent qu'un seul polluant, n'offrant qu'une « vision partielle de la qualité de l'air que l'on respire », mais leurs mesures sont également en « décalage très net » avec les interprétations sanitaires qui pourraient en découler.

Les micro-capteurs (et les applications téléphoniques qui, parfois, les accompagnent) sont conçus de telle sorte à afficher, ou du moins enregistrer, des variations de concentrations à un instant t dans un lieu donné. Les stations de mesure agréées, elles, sont employées dans le cadre de campagnes journalières, mensuelles ou annuelles à un niveau populationnel, en cohérence avec les valeurs guides définies par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). « De ce fait, ces valeurs guides ne sont pas utilisables pour interpréter des concentrations ponctuelles mesurées par les systèmes capteurs », affirme l'Anses dans son rapport. Autrement dit, « les données obtenues via ces outils doivent être correctement interprétées : elles ne traduisent pas un risque éventuel pour la santé de l'individu, mais bien des niveaux d'exposition à certains polluants présents dans l'air », précise Emmanuelle Durand, l'une des coordinatrices de cette expertise pour l'Anses, soulignant notamment que le CO2 ne peut être qu'un indicateur du confinement et non de la qualité de l'air intérieur.

 
Disposer de micro-capteurs offre la possibilité d'alerter d'un dépassement significatif d'un seuil maximal de concentration d'un polluant  
Jean-Gabriel Winkler, Fimea
 
Jean-Gabriel Winkler, cofondateur de Pando2, une jeune pousse spécialisée dans l'installation et l'analyse de données de micro-capteurs, et président de la Fédération interprofessionnelle des métiers de l'environnement atmosphérique (Fimea), ne partage pas exactement cet avis. « Disposer de micro-capteurs offre la possibilité d'alerter d'un dépassement significatif d'un seuil maximal de concentration d'un polluant comme le CO2 ou les particules fines, puis d'agir rapidement en conséquence. » Pour l'intéressé, dont la société a participé avec l'agence Airparif au projet « Aérons » de déploiement de 550 micro-capteurs de CO2 dans les écoles et crèches de la Ville de Paris, l'an dernier, le marché des micro-capteurs rattrape aujourd'hui la réglementation. « Les autorités doivent poser un cadre normatif propre à la métrologie des micro-capteurs, mettre la réglementation à niveau et ainsi permettre une complémentarité avec les mesures traditionnelles des stations agréées en extérieur. »

Un complément aux stations de mesure agréées ?

Cette complémentarité croissante n'échappe justement pas à l'Anses. Les micro-capteurs ont, en effet, l'avantage d'engranger un très grand nombre de données en peu de temps, sur une variété plus ou moins large de polluants distincts et de pouvoir être installés sur une structure fixe ou mobile, en intérieur comme en extérieur. « Nous passons environ 80 à 90 % de notre temps dans un milieu clos, espace dont la qualité de l'air n'est pas prise en compte par les stations des Aasqa », souligne Jean-Gabriel Winkler. Par ailleurs, en moyenne, un facteur 10 sépare leur coût de celui d'équipements nécessaires aux stations de mesure standards, plus onéreux.

Cela étant, ces avantages ne compensent pas le principal défaut de la majorité des micro-capteurs présents sur le marché : la fiabilité des mesures. Celle-ci « dépend beaucoup du polluant », atteste Pierre Pernot, directeur communication d'Airparif et ancien coordinateur d'AirLab. Ce centre de recherche et d'innovation de l'Aasqa francilienne évalue gratuitement, tous les deux ans, l'efficacité d'un certain nombre de nouveaux dispositifs dans l'environnement. « Le CO2 est la mesure la plus fiable, mais si la technologie progresse, elle n'est pas encore aussi fiable que les mesures de référence. De plus, les micro-capteurs ne sont pas autosuffisants : une donnée de bonne qualité demande un traitement, qui est impossible en temps réel. »

En somme, les micro-capteurs gagnent du terrain, notamment celui de la qualité de l'air intérieur, mais ne peuvent pas remplacer les mesures réglementaires. Pour l'Anses, ces dispositifs ne peuvent être considérés à l'heure actuelle que comme « des outils de sensibilisation permettant uniquement [aux utilisateurs privés] de comparer de façon relative et qualitative des niveaux de concentration auxquels ils sont exposés, ou d'identifier d'éventuelles sources de pollution et agir en conséquence pour diminuer leur exposition » ou d'une « opportunité au montage d'expérimentations et d'actions en recherches et sciences participatives dans le domaine de la santé environnementale sur un territoire donné, afin d'améliorer la production de connaissances [en expologie] ».

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