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Actu-Environnement

Qualité de l'air dans le métro : des effets nocifs sont attendus sur la santé du personnel

La présence de particules fines dans les enceintes ferroviaires souterraines fait craindre un risque sanitaire respiratoire et cardiovasculaire pour les travailleurs. L'Anses préconise de réduire l'exposition surtout dans les services de maintenance.

Risques  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com

Si la question de l'impact sanitaire des particules fines de l'air ambiant est assez bien connue, celle des particules présentes dans les enceintes ferroviaires souterraines (EFS) l'est beaucoup moins. Depuis les années 2000, des mesures sont réalisées dans plusieurs stations de transport (RER et métro) à Paris, Lille, Lyon, Rennes et Toulouse. Elles ont mis en évidence des concentrations en PM 10 et PM 2,5 très supérieures à celles mesurées dans l'air extérieur et à celles mesurées dans l'air intérieur des logements. D'où une interrogation grandissante sur leurs impacts sanitaires.

En 2011, à la demande de la Direction générale du travail, de la Direction générale de la santé et de la Direction générale de la prévention des risques, l'Anses a commencé à se pencher sur le sujet. L'Agence nationale de sécurité sanitaire pour l'alimentation, l'environnement et le travail vient de rendre ses conclusions dans un avis daté du 7 septembre.

Des particules différentes de celles de l'air extérieur

 
Ces résultats ne sont pas transposables aux usagers du métro dont l'exposition quotidienne est beaucoup plus intermittente.  
Anses
 
Durant ces quatre ans de recherche, l'Anses a regroupé toutes les connaissances sur le sujet et notamment la source de ces particules. Elle proviennent principalement de l'usure des matériels roulants par la friction roue-frein et le contact roue-rail. Freinage, usure des pneus, remise en suspension des particules émises par les motrices diesel, apport d'air extérieur sont également des sources de pollution. La concentration en PM10 mesurée sur le quai dans les EFS en France se situe entre environ 70 et 120 µg/m3 en moyenne sur 24 heures. Elle atteint plus de 1.000 µg/m3 en valeurs maximales sur une heure selon le réseau ferroviaire et la station. Ces valeurs maximales sont observées le plus souvent entre 2h00 et 5h00 du matin lors des travaux de maintenance de la station.

Ces particules ont une composition différente de celles de l'air extérieur. Elles sont plus riches en fer, en carbone (élémentaire et organique) et contiennent aussi du cuivre, du baryum et d'autres éléments métalliques (chrome, nickel) et minéraux (silicium, calcium). Ces particules sont plus grosses, plus denses et de forme plus variable. Côté toxicité, "les données toxicologiques disponibles suggèrent qu'à concentration massique équivalente, elles sont au moins aussi toxiques à court terme que les particules de l'air ambiant extérieur", ajoute l'Anses.

Les équipes de maintenance très exposées

L'Anses a confronté les connaissances toxicologiques de ces particules aux niveaux d'exposition pour en déduire les risques associés. D'après les données communiquées en 2013 par les exploitants de transport ferroviaire souterrain, environ 28.000 personnes, dont plus de 26.000 en Ile-de-France, travaillent régulièrement dans les sept réseaux d'EFS français. Le personnel dédié à la maintenance des infrastructures est vraisemblablement la catégorie de travailleurs la plus intensément exposée, représentant environ 8.000 individus. Mais la rareté des données d'exposition a conduit l'Anses à réaliser son évaluation des risques pour d'autres catégories de travailleurs : conducteurs de rames, agents de recette, agents de contrôle, agents de manœuvre par exemple.

L'Anses en conclut "qu'une inflammation des voies respiratoires est probable en lien avec une exposition chronique aux particules" et, par analogie avec les risques sanitaires des particules de l'air extérieur, elle en déduit "des effets délétères sur la santé cardiovasculaire et respiratoire pour les travailleurs des EFS".

L'évaluation des risques sanitaires présente néanmoins des "incertitudes notables" selon l'Anses. L'agence prévient également que ces résultats ne sont pas transposables aux usagers du métro dont l'exposition quotidienne est "beaucoup plus intermittente".

Recommandations pour les services de maintenance

Identifiés comme étant les travailleurs des EFS les plus à risque, "le personnel de la maintenance doit bénéficier de mesures de réduction d'exposition", selon l'Anses. L'agence recommande en particulier de remplacer les moteurs thermiques utilisés dans les opérations de maintenance, de rechercher de nouvelles techniques permettant de limiter l'utilisation du freinage mécanique, de réduire les phénomènes de friction par l'optimisation du matériel roulant ou encore de transférer en surface les ateliers de maintenance lorsque l'activité le permet. La ventilation des stations et des tunnels, la climatisation et la filtration de l'air des cabines de conducteur doivent aussi être étudiées.

Mieux connaître l'exposition des travailleurs est également crucial tout comme la toxicité de ces particules. En attendant la définition d'une valeur limite d'exposition à long terme relative à ce type d'aérosol, l'Anses recommande au gestionnaire de risques de renforcer le dispositif de surveillance de la qualité de l'air sur l'ensemble des réseaux afin de pouvoir évaluer l'efficacité des mesures d'amélioration. L'Anses suggère également d'envisager une révision des valeurs limites d'exposition professionnelle (VLEP) pour les poussières réputées sans effet spécifique.

Réactions2 réactions à cet article

 

Qu'en est-il du risque pour les utilisateurs qui y passent en moyenne 2h par jour?

vanille | 14 septembre 2015 à 16h31
 
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@ Vanille

Bonjour,

Dans son avis l'Anses précise que "les résultats de risque chez les travailleurs ne sont pas transposables aux usagers du métro dont l’exposition quotidienne est beaucoup plus intermittente."
Il faudrait refaire une évaluation des risques spécifiques pour les voyageurs. Ce n'est pas prévu à ma connaissance.

Florence Roussel Florence Roussel
16 septembre 2015 à 09h45
 
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