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Qualité de l'eau potable à la Réunion : entre espoir et résignation

MAJ le 22/09/2021

Près de la moitié des Réunionnais sont alimentés par une eau pas toujours conforme aux normes sanitaires. L'UFC-Que Choisir a décidé de lancer une action collective pour dédommager – dans un premier temps – les abonnés de cinq communes.

Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
Qualité de l'eau potable à la Réunion : entre espoir et résignation

Un traitement de potabilisation insuffisant ou absent pour 80 000 abonnés au service d'eau potable en France : c'est la situation surprenante à laquelle doivent faire face, depuis cinq ans, les communes réunionnaises de Sainte-Marie, Saint-André, Salazie, Saint-Benoît et Les Avirons. Celles-ci sont confrontées à une eau régulièrement non conforme, notamment en raison de la présence de bactéries fécales, selon l'association de consommateurs, l'UFC-Que Choisir. « Cette situation oblige les abonnés à consommer quotidiennement de l'eau en bouteilles ou à acheter des équipements coûteux alors que, pour leur part, ils s'acquittent de leur obligation en payant leurs factures d'eau », a indiqué l'UFC-Que Choisir.

Un jugement d'ici trois ans

L'association a décidé de lancer une action de groupe en juin à l'encontre de la Cise Réunion (filiale du groupe Saur), le distributeur de la ressource pour ces communes, afin d'obtenir le remboursement des bouteilles, des factures d'eau… mais aussi espérer faire bouger les lignes. « Nous sommes dans la phase de mise en état : chacun échange ses arguments, explique Raphael Bartlome, directeur adjoint à l'action politique, chargé du service juridique de l'UFC-Que Choisir. Nous attendons un jugement vraisemblablement d'ici deux ans et demi à trois ans. »

Une première action qui pourrait être suivie par d'autres. Car ce problème de distribution d'une eau potentiellement non conforme toucherait près de la moitié des Réunionnais. « 46 % des abonnés sont alimentés par des réseaux ne garantissant pas une sécurité sanitaire suffisante, du fait de l'absence de traitement de clarification des eaux d'origine superficielle avant désinfection, ont ainsi dénoncé les rapporteurs de la commission d'enquête sur la mainmise sur la ressource en eau par les intérêts privés publiée cet été. Néanmoins, une partie des abonnés (31 %) bénéficient d'une alimentation mixte. Ces modes d'interconnexion permettent de substituer, par des apports souterrains, les ressources superficielles lorsque celles-ci sont dégradées, réduisant ainsi le risque sanitaire en diminuant la fréquence et l'intensité des non-conformités. Enfin, 5 % des abonnés sont alimentés par des réseaux pour lesquels le risque sanitaire est avéré (détection de parasites pathogènes) ou permanent (absence de désinfection). »

   
Carte du risque sanitaire de l'eau distribuée à la Réunion en 2020 © ARS Réunion
 
   

Face à ce constat, l'agence régionale de santé océan Indien (ARS OI) a classé les réseaux d'eau de l'île en trois classes en fonction de l'adéquation du traitement avec la qualité de l'eau brute prélevée : risque avéré, risque potentiel, risque maîtrisé. Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Plusieurs éléments expliquent la situation réunionnaise.

Lancement d'un plan eau potable en 2016

« La Réunion souffre d'un retard structurel important en matière de capacité de traitement des eaux potables, explique, quant à elle, la Saur. Cette situation locale est due à des particularités historiques, géographiques et géologiques de l'île de Réunion. Elle touche tous les acteurs de l'eau sur l'île, publics comme privés, et les collectivités locales tentent d'y remédier depuis de nombreuses années. »

En effet, pour tenter d'améliorer la situation, la préfecture et l'ARS ont mis en œuvre un plan d'action pluriannuel 2016-2022 visant la construction d'usines de potabilisation de l'eau, avec des subventions mobilisables par les collectivités (70 millions d'euros de crédit pour financer environ 100 millions de travaux). Selon l'ARS, depuis le lancement du plan eau potable, 17 usines de potabilisation ont été mises en service. Le plan souhaite porter la part des abonnés bénéficiant en continu d'une eau de qualité potable à 85 % en 2022. Cette proportion est en 2021 de 47%. « Cise Réunion ne peut améliorer la gestion de l'eau sur l'île que si de nouvelles usines de potabilisation peuvent être construites, C'est aux collectivités de prendre la décision des investissements et des mises en conformité des infrastructures de l'eau, estime la Saur. Le groupe est confiant dans le fait que cette procédure permettra de clarifier une situation historiquement complexe

Les collectivités compétentes pour la gestion de l'eau potable et de l'assainissement ont également été invitées à signer un contrat de progrès, faute de quoi l'État ne mobiliserait plus de crédits d'investissement. Et plus récemment, le Plan de relance a prévu une aide à la rénovation des réseaux d'eau et d'assainissement pour les territoires d'outre-mer : 50 millions d'euros seront mobilisés pour l'ensemble des territoires.

Les besoins financiers sont toutefois conséquents. Lors d'une audition accordée à la commission d'enquête sur la mainmise sur la ressource en eau par les intérêts privés, la préfecture de La Réunion a rappelé que les besoins d'investissement pour les services d'eau et d'assainissement de l'île s'élevaient à environ 1 milliard d'euros pour les quinze prochaines années.

Un déficit de personnels pour certaines intercommunalités

Si des coups de pouce financiers existent, sur le terrain, toutefois, d'autres difficultés ralentissent les actions. « Il existe, concernant la gestion de l'eau, une véritable faiblesse, a pointé Bernadette Le Bihan Ardon, présidente de la Société réunionnaise pour l'étude et la protection de l'environnement – Réunion nature environnement (Srepen-RNE) auditionnée par la commission d'enquête sur la mainmise sur la ressource en eau. « Les intercommunalités souffrent d'un déficit de personnel et, peut-être, de problèmes d'organisation. (…) La commission d'attribution des chantiers de l'office de l'eau devra prochainement distribuer 42 millions d'euros. Or ces crédits ne seront pas nécessairement donnés aux communes qui en ont le plus besoin, mais à celles qui seront "prêtes". Il se trouve qu'une intercommunalité, que je ne citerai pas, estime ne pas pouvoir avancer, faute des moyens requis pour procéder à des recrutements. »

 
Les cinq autorités organisatrices de la Réunion Avec la loi Notre, depuis le 1er janvier 2020, la Réunion a réduit à cinq le nombre de ses autorités organisatrices : la communauté d'agglomération du Sud (Casud), la communauté intercommunale du nord de la Réunion (Cinor), la communauté intercommunale de la Réunion Est (Cirest), la communauté intercommunale des Villes solidaires (Civis) et le Territoire de la côte Ouest (TCO). La délégation de service public a été choisie par 80 % des communes de l'île. Deux entreprises se partagent le marché : la Cise Réunion (filiale de la Saur) et Veolia eau.
 

Autre élément de contexte : depuis le 1er janvier 2020, avec la loi Notre, le paysage institutionnel dans le secteur de l'eau a été simplifié : désormais cinq autorités organisatrices ont en charge l'eau potable. Leurs situations s'avèrent différentes en fonction de leur date de prise de compétence, leur mode de gestion et les moyens dont elles disposent. « Je représente une commune où l'eau est gérée en régie. Les régies souffrent d'un profond manque de moyens humains et matériels, a souligné Sonia Albuffy, vice-présidente chargée de l'eau et de l'assainissement de la communauté intercommunale de La Réunion Est (Cirest), lors de son audition. De plus, les agents manquent de formation et de compétences. Au sein des communes de Salazie, Bras-Panon, Saint-André et Saint-Benoît à l'inverse, les interventions lourdes devant être effectuées sont prises en charge par des délégataires qui disposent des moyens humains et matériels requis. »

Pour la Cirest, les compétences ont été transférées le 1er janvier 2020, la communauté espère dégager des marges de manœuvre supplémentaires à l'avenir. « Cette première année a été pour l'essentiel consacrée à la réalisation de diagnostics au sein des différentes communes. Initialement, aucun budget n'était disponible : depuis lors, toutefois, des financements ont été obtenus, a complété Sonia Albuffy. L'heure est à la réorganisation des équipes et au traitement des situations les plus urgentes. Quoi qu'il en soit, les marges de progression sont considérables. Aussi des progrès ne manqueront-ils pas d'être réalisés. »

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