"Si l'intégration de questions environnementales semble se développer dans un certain nombre de démarches de filières, (…) le niveau d'ambition global et d'investissement de celles-ci est encore à relever pour répondre aux défis environnementaux ", estime une étude que vient de publier l'Ademe.
L'enjeu est pourtant de taille. "La phase de production agricole compte pour environ 40 à 90% du total des impacts des produits alimentaires", rappelle l'Ademe, dans son étude.
Le Grenelle de l'environnement 1 avait tenté de développer l'intégration de ces questions à travers la certification environnementale des exploitations agricoles, lancée en juin 2011. Démarche volontaire sans incitations financières, cette approche ne fait toutefois pas l'unanimité. Autre outil potentiel, l'affichage environnemental des produits alimentaires rencontre également des difficultés dans sa mise en œuvre.
L'étude coordonnée par l'Ademe s'est précisément penchée sur les obstacles et leviers jouant dans la mise en place de pratiques agricoles vertueuses pour l'environnement pour les acteurs de la chaîne agro-alimentaire. Elle s'est appuyée pour cela sur l'analyse de 39 initiatives et des entretiens avec différents porteurs de projets.
Impliquer l'ensemble des acteurs
La première condition pour accélérer l'évolution des pratiques agricoles, selon le rapport : impliquer l'ensemble des acteurs de la chaîne agro-alimentaire. "Ce type de dynamique collective apparaît indispensable pour répondre aux enjeux du projet agro-écologique porté par les pouvoirs publics", assure l'étude.
Le document conseille ainsi de co-construire et négocier les instruments de coordination entre l'ensemble des acteurs pour favoriser leur acceptabilité. "Le défaut de pertinence technique ou économique des instruments de coordination constitue en effet une des principales raisons de rejet ou de déficit d'engagement de la part des agriculteurs", relève t-il.
Autre condition : le cahier des charges sur les objectifs environnementaux doit s'adapter aux contingences locales, tenir compte des aléas climatiques et s'intégrer dans une approche pluriannuelle. Les démarches devront également s'inscrire dans la durée pour accompagner les transformations, selon le rapport.
La valorisation financière des efforts pour l'environnement s'avèrerait également clef. "La valeur éventuellement créée à l'aval par la mise en place de ces pratiques innovantes doit être en partie redistribuée à l'amont ou la risque de risque sécurisée", développe l'étude.
Le document préconise également de former les acteurs, aussi bien en amont (techniciens qui accompagnent les agriculteurs) qu'en aval (équipes d'achats).
Il pointe le besoin d'outils de traçabilité performants pour mesurer les performances environnementales effectives. Le rapport souligne en outre que ces derniers structurent et facilitent la remontée d'informations sur l'ensemble de la filière.
L'étude souligne également le rôle moteur des filières dans la prise en compte de l'environnement en agriculture qui reste à encourager.
Un besoin de transparence des démarches
"Le déficit d'accès aux principaux documents supports et outils de coordination, qui traduit d'ailleurs la sensibilité concurrentielle du secteur agro-alimentaire, a limité la finesse de l'analyse possible dans le cadre de cette étude, déplorent toutefois les auteurs du rapport, une plus grande transparence de ces démarches contribuerait à améliorer leur connaissance, mais aussi leur crédibilité".