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Actu-Environnement

“Il est possible d'être un producteur d'énergies non renouvelables de manière progressiste et soutenable”

La politique de l'Alberta connaît un virage sans précédent. Cette province canadienne, premier producteur mondial de sables bitumineux, vient d'adopter un plan de taxe carbone, d'énergies renouvelables et de sortie progressive du charbon, mais n'entend pas renoncer à la manne asphaltique. 02 décembre 2015

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“Il est possible d'être un producteur d'énergies non renouvelables de manière progressiste et soutenable”
Rachel Notley
Premier ministre de la Province de l'Alberta (Canada)
   

Actu-environnement : A la veille de la COP de Paris, suite à votre élection récente à la tête de l'Alberta, vous avez lancé le Plan Climat & Carbone de la Province. S'agit-il d'une révolution énergétique ?

Rachel Notley : Compte tenu de l'histoire et des mentalités de la Province, ce plan est vu comme révolutionnaire en matière de politique environnementale pour la Province. En effet, le Plan Climat & Carbone de l'Alberta va mettre en place une taxe carbone dès 2017 (20$ CAD par tonne de CO2, puis 30$ CAD en 2018), un plafond d'émissions de CO2 pour les mines de sables bitumineux (maximum de 100 mégatonnes), la fin programmée du charbon d'ici 2030 - c'est un point essentiel du programme -, la réduction de moitié des émissions de méthane, le soutien accéléré du développement des énergies renouvelables (30% de la production énergétique de la province d'ici 2030). Sans conteste, cela représente une bascule importante pour l'Alberta.

AE : Vous avez adopté cet ambitieux programme environnemental, notamment la sortie du charbon pour produire de l'électricité avant 2030. Mais, récemment, les maires de nombreuses villes de l'Alberta vous ont écrit pour vous alerter sur les risques économiques de ce Plan. Que leur répondez-vous pour les rassurer ?

RN : Les lettres auxquelles vous faites référence sont surtout venues d'un groupe de collectivités préoccupées par la sortie du charbon. Mais notre plan met l'accent sur la transition juste de l'économie du charbon vers celle des énergies renouvelables et sur des méthodes plus efficientes de production du gaz naturel. C'est avec une grande satisfaction que j'ai vu des patrons de l'industrie du pétrole et du gaz se joindre à notre initiative, de même que des dirigeants des mouvements de la société civile, y compris des environnementalistes. Cette mobilisation iimportante manifeste un large consensus en faveur d'une réorientation des politiques énergétiques de la Province. Celles-ci vont contribuer à protéger la santé de nos concitoyens tout en ouvrant de nouvelles opportunités à la croissance économique.

AE : Le nouveau Premier ministre du Canada, M. Justin Trudeau, est-il enclin à soutenir votre politique ?

RN : Notre plan a été introduit peu de temps après son élection, et je ne doute pas du soutien du gouvernement fédéral à l'innovation technologique et aux défis industriels que cela représente. Nous espérons entretenir une coopération renforcée pour soutenir la diversification énergétique et obtenir le soutien des autres provinces en faveur du pipeline trans-Canada. Il est trop tôt pour dire si le gouvernement fédéral nous accordera son soutien financier, cependant notre plan est de réinjecter directement dans l'économie le produit de la taxe carbone pour soutenir la transition technologique que nous appelons de nos vœux.

AE : Q'attendez-vous de la COP 21 ?

RN : A ce stade, nous nous concentrons sur la mise en œuvre de notre plan très ambitieux pour faire baisser les courbes d'émission de gaz à effet de serre en Alberta. Ceci représente un changement significatif par rapport aux politiques antérieures. La COP sera un succès dès lors que de plus en plus de juridictions mettront en œuvre des plans pour changer leurs trajectoires d'émission. Quant au caractère contraignant des objectifs, je laisse au Premier ministre le soin d'en décider. Et je me consacre à notre plan en Alberta.

AE : Le cours du baril de pétrole américain est sous les 50 dollars US depuis un an et demi. Le cours du baril de pétrole canadien est encore plus bas. Or, le coût de production d'un baril issu des sables bitumineux de l'Alberta est au-dessus de 60 dollars US. L'agence de notation Moody's estime que ces bas prix du pétrole vont encore durer plusieurs années. Cette situation a engendré 100.000 pertes d'emplois en Alberta en 2015 et, peut-être, la faillite de sociétés pétrolières qui produisent à perte. Comment comptez-vous faire face si cette situation dure ?

RN : Ce sera un défi pour nous, c'est certain. Quoiqu'il en soit, il nous faut diversifier notre économie, d'où la redirection immédiate des recettes du Plan Climat & Carbone dans l'économie de la Province afin de soutenir l'adaptation technologique des industries et soutenir les ménages les plus modestes. Au final, je vois ces mesures comme un véritable plan de relance. Celui-ci pourrait s'avérer de circonstance, en particulier en termes de création d'emplois.

AE : Le Président Obama a rejeté le projet de pipeline Keystone XL. En réponse, le nouveau Premier ministre Justin Trudeau est favorable à un projet de transport ferroviaire du pétrole issu des sables bitumineux de l'Alberta vers le port américain de Valdez en Alaska. Approuvez-vous ce nouveau projet ?

RN : Nous sommes en faveur du développement de pipelines trans-Canada, aussi bien à l'est qu'à l'ouest, car nous devons acheminer nos produits vers les marchés. C'est notre priorité, et nous espérons rallier le soutien des maires des collectivités concernées. Nous allons prendre des mesures en faveur de l'efficacité énergétique des installations de production d'énergie, afin de démontrer qu'il est possible d'être un producteur d'énergies non renouvelables et de le faire de manière progressiste et soutenable. Le monde a encore besoin d'énergie non renouvelables, donc la question est d'en devenir fournisseur de la manière la plus efficace possible.

AE : La sortie des énergies fossiles de l'Alberta demeure donc une utopie ?

RN : Nous nous engageons à réduire significativement la production électrique à partir du charbon. Mais le monde a encore besoin d'énergies non renouvelables, la question est de les produire de manière responsable.

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