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Radon, encourager la dynamique de prévention du risque

Lors d'une conférence internationale à Paris, les Etats engagés dans un programme de gestion du risque radon ont partagé leurs expériences. Le nécessaire passage à des dynamiques locales repose sur une diversité de moyens et d'acteurs.

Risques  |    |  Camille Saïsset  |  Actu-Environnement.com
Radon, encourager la dynamique de prévention du risque

Près de 200 personnes venues d'Europe, d'Afrique, du Canada et de Russie se sont retrouvées les 11 et 12 avril derniers à Paris, pour partager les retours d'expérience de pays engagés dans un programme national de gestion du risque radon tel que l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) le recommande. Placée sous le patronage de cette agence des Nations Unies, la Conférence internationale "Radon & Société, de la connaissance à l'action" fut organisée par l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) et l'autorité de radioprotection norvégienne.

La cartographie nationale, une base de référence pour les pouvoirs publics

Etablir une cartographie des zones les plus exposées au radon à l'échelle d'un pays, basée sur une moyenne nationale du risque radon, est une recommandation pour la mise en œuvre d'un programme national. En France où l'obligation des pouvoirs publics porte sur certains établissements recevant du public (ERP), le Pays de Montbelliard Agglomération (PMA) par exemple a pris en charge les écoles situées sur son territoire dans le cadre de la deuxième campagne décennale initiée en 2011 par l'Agence régionale de santé (ARS) de Franche-Comté. Situé dans l'Arc Jurassien, région favorable à la diffusion du radon, le PMA avait au préalable impulsé un dépistage gratuit de l'habitat privé dans le cadre d'une Opération Programmée d'Amélioration de l'Habitat (OPAH). Pour réduire les coûts et encourager la dynamique, il a formé les inspecteurs de son service d'hygiène et de sécurité publique auprès de l'IRSN, et obtenu l'agrément ASN pour la mesure.

Dans la salle, un norvégien met en garde. "Nous savons que le radon est partout, plus dangereux d'un endroit à l'autre, selon la sensibilité de chacun, de l'espace habité dans la maison... En publiant des cartes, les gens ne se sentent pas concernés par le risque s'ils n'habitent pas ou ne travaillent pas dans une zone à risque. Attention, la cartographie du risque radon génère un faux sentiment de sécurité !"

 
L'ISO 11665, une norme dédiée à la mesure du radon et de ses descendants à vie courte Fin 2012 ont été publiées les normes ISO 11665-1 à 11665-8 relatives à la méthode de mesure de la concentration volumique de radioactivité alpha potentielle due au radon et à ses descendants à vie courte. Le radon est un gaz chimiquement inerte émis par désintégration spontanée de l'uranium, du thorium et du radium présents dans les sous-sols cristallins (granite, pegmatite). La chaîne de désintégration – qui aboutit à un plomb stable - comporte des éléments chimiquement actifs, émetteurs de particules alpha déposant une énergie considérable dans les cellules en cas d'inhalation ou d'ingestion. Il s'agit notamment du polonium 210 (demi-vie de 138jours) et de ses isotopes 218 et 214 émetteurs alpha de période très courte.
Echappé du sous-sol avec une densité plus lourde que l'air, le radon présente un risque radiologique direct à l'inhalation reconnu, en lien avec l'apparition du cancer du poumon. En tant que gaz rare, il n'est pas capable de combinaison chimique, mais peut s'infiltrer dans divers constituants de poussières ou organiques, tant dans les poumons que dans la nourriture, avec lesquels son descendant polonium se combine chimiquement pour agir éventuellement sur d'autres organes... Le radon peut aussi s'échapper des matériaux de construction du bâtiment (béton, stériles miniers) qui contiennent souvent du thorium. Cela fera l'objet de la norme ISO 11665-9 et suivantes.
 
"Les cartes publiées servent d'orientation aux pouvoirs publics, à déployer le programme de dépistage gratuit sur les zones à risque fort et aussi à conseiller aux entrepreneurs d'informer leurs employés sur les risques encourus", a précisé Jane Bradley de l'Agence de Santé Publique du Royaume-Uni. Dans ce pays où l'identification de telles zones date des années 80-90, l'incitation au dépistage gratuit a concerné 28 millions d'habitations et permis d'obtenir 570.000 résultats (concentration volumique à l'intérieur de l'habitation supérieure à 1.000 Bq/m3 dans 66% des cas). "Nous avons considéré qu'il s'agissait bien plus d'un problème de santé publique que de radioprotection", a déclaré Jane Bradley. C'est aussi le cas en Bretagne, où la deuxième campagne décennale de l'ARS Bretagne accompagne la campagne de sensibilisation des habitants du territoire de Concarneau Cornouaille Agglomération (CCA), portée par l'association nationale de défense des consommateurs et usagers (CLCV) du Finistère, dans un département qui compte 1.500 ERP. Retenue à un appel à projet de l'Institut national du cancer pour le soutien aux études et actions menées pour améliorer la prévention, le dépistage et la détection précoce des cancers, l'association dispose de 7.000 dosimètres alpha. "Sur les 1.568 dosimètres retournés et analysés, 70 présentent une concentration supérieure à 1.000 Bq/m3 et 328 entre 300 et 1.000 Bq/m3, ce qui fait 300 remédiations à mener", précise Patrick Debaize, retraité du Centre d'Etudes Techniques de l'Equipement (CETE) de l'Ouest, où il fut chargé d'une étude sur la santé dans le bâtiment.

Déployer la dynamique locale au-delà de la cartographie nationale

La ville de Nantes mène également depuis 2008 un dépistage de l'habitat privé dans les quartiers situés sur le Sillon de Bretagne, zone granitique marquée par l'exploitation de mines d'uranium. Les habitants volontaires concernés possédant une pièce de vie en rez-de-chaussée se voient attribuer un "kit de mesure" qui sans cela leur coûterait quelques dizaines d'euros. Et aux vues des résultats, les logements à plus de 700 Bq/m3 se voient proposer un diagnostic gratuit des travaux à réaliser. "Une fois sur trois, le ménage procède à ces travaux", constate Fabrice Guyard, de la mission Santé publique de la ville de Nantes.

En Suisse, la notion de "zones à risque" n'existe plus et le radon est considéré comme un problème de qualité de l'air depuis 2009. Dans le Canton de Neufchâtel, où l'obtention d'un permis de construire est soumise au respect de 400 Bq/m3 depuis 2003, la ville de Chaux-de-Fonds - seule ville suisse à avoir la compétence radon - accompagne les futurs propriétaires comme les actuels. A bientôt 10.000 habitations mesurées, elle va jusqu'à prêter du matériel pour montrer l'efficacité d'actions de remédiation.

En Suisse, un label de construction dit "radon" stipule une concentration volumique inférieure à 100 Bq/m3. En Norvège, où il revient aux propriétaires d'effectuer la mesure et de nouveaux travaux si besoin, avec des matériaux garantis sur 25 ans, la campagne menée dans le district de Hval en Norvège en 2009 a permis d'identifier 32 habitations à plus de 1.000 Bq/m3. Mais seuls 5 des 13 propriétaires ayant accepté un diagnostic ont réalisé les travaux. "Dans aucun cas nous avons atteint la nouvelle valeur de 100 Bq/m3 recommandée par l'OMS", témoigne Åse Berg, du laboratoire Miljø. En France, un projet de loi vise à établir des normes pour l'habitat privé, avec une valeur limite de 200 Bq/m3 dans les logements neufs. "Si elle est mesurée à la réception, comment la garantir sur le long terme ? Un système de ventilation nécessite de la maintenance et peut très vite dériver !", interroge un représentant du Centre Scientifique et Technique du Bâtiment. En outre, "Comment attribuer une valeur juridique à une auto-mesure basée sur la pose d'un dosimètre qui n'est pas scellé ? Je ne connais pas d'autre domaine où ça existe !", s'étonne une représentante du ministère en charge du Logement. De toutes façons, de nouvelles normes dans le logement ne sont plus d'actualité depuis le Plan d'investissement pour le Logement.

Encourager la constitution d'un réseau de personnes ressources

L'Office Fédéral de Santé Publique suisse (OFSP) mise de son côté sur la formation de diagnostiqueurs/consultants radon au sein des Grandes Ecoles et dans le cadre de la formation continue d'abord ouverte aux architectes et ingénieurs puis aux installateurs de systèmes de ventilation et aux chauffagistes. En Bavière (Allemagne) le ministère de l'environnement ouvre cette année une formation certifiante en expert radon destinée aux architectes, juristes, professionnels du bâtiment et de l'immobilier. Ceci, en réponse à la forte demande d'information et d'aide à la remédiation ; un dynamisme expliqué, entre autres, par l'intérêt pour les bâtiments à faible consommation d'énergie où la concentration volumique moyenne en radon est de 50 Bq/m3.

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