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Haut Conseil pour le Climat : « reconstruire comme avant, coûte que coûte, n'est pas approprié »

Dans les débats qui entourent le plan de relance économique, le Haut Conseil pour le Climat veut se faire entendre. Il prône un fléchage des aides vers les filières bas-carbone et une planification de la neutralité carbone dans les secteurs soutenus.

Gouvernance  |    |  Florence Roussel  |  Actu-Environnement.com
Haut Conseil pour le Climat : « reconstruire comme avant, coûte que coûte, n'est pas approprié »

La sortie de crise n'en finit pas de faire parler d'elle. C'est au tour du Haut Conseil pour le Climat (HCC) de se prononcer sur ce qui devrait être mis en place pour assurer une relance verte. Dans un rapport publié mercredi 22 avril issu d'une auto-saisine, les 13 membres de cette instance indépendante alertent sur l'importance d'un soutien économique compatible avec l'objectif de neutralité carbone de la France. « La réponse du Gouvernement à la crise sanitaire du Covid-19 doit soutenir la transition bas-carbone juste pour renforcer notre résilience aux risques sanitaires et climatiques », prévient le HCC dans son rapport spécial, intitulé « Climat, santé : mieux prévenir, mieux guérir ».

Tout est lié, estiment les experts : « La crise actuelle rappelle de façon brutale notre fragilité, notre manque de préparation et de prévention, et met en évidence nos vulnérabilités. Ces dernières sont la conséquence de choix politiques qui ont conduit à des modifications écologiques, sociales et économiques majeures. Les causes structurelles de l'épidémie sont aussi les causes du changement climatique notamment la pression insoutenable que nous exerçons sur les milieux naturels. Nous devons donc remédier aux causes profondes de cette situation », argumente Corinne Le Quéré, climatologue franco-canadienne et présidente du HCC.

La probabilité d'un rebond carboné est majeure

Pour le HCC, il est donc essentiel de placer la neutralité carbone au cœur des plans post crise du Covid-19 et d'accentuer les stratégies d'atténuation des émissions de carbone et d'adaptation. « Il ne faut surtout pas compter sur la baisse de 30 % des émissions de CO2 observée pendant le confinement. Elle n'est pas durable car elle n'est pas le résultat d'un changement structurel », prévient Corinne Le Quéré. Cette pause ne représentera qu'une baisse de 45 millions de tonnes de CO2, soit 5 à 15 % d'ici la fin de l'année avec une forte incertitude due au déroulement du deuxième semestre.

La probabilité d'observer un rebond est donc très élevée, à l'image de ce qui est advenu au lendemain de la crise financière de 2008. Les émissions mondiales de CO2 liées à l'énergie et au climat avaient baissé de 1,4 % en 2009 avant d'augmenter de 5,9 % en 2010 (-4,2 % en 2009 et +3,4 % en 2010 pour la France). Le Haut conseil estime même que la relance post 2008 est à l'origine des écarts observés aujourd'hui entre les objectifs de la stratégie bas-carbone française et la réalité, notamment dans le secteur des transports. « L'Urgence climatique n'est en rien retardée par la crise du Covid, estime Mme Le Quéré. Avant la crise, les émissions françaises baissaient de 1,1 % par an mais c'était déjà deux fois moins que prévu. Il faut utiliser les investissements post-Covid pour accélérer cette réduction et reprendre le bon rythme ».

 
Notre façon de sortir de la crise aura des conséquences énormes pour la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre  
Corinne Le Quéré
 
Surtout que les incertitudes restent nombreuses sur les conséquences comportementales de la crise sanitaire : que restera-t-il des nouvelles habitudes de transport, de télétravail, de circuits de distribution courts, de solidarités de proximité ? « Notre façon de sortir de la crise aura des conséquences énormes pour la réduction de nos émissions », estime la présidente du HCC. Pour le Haut Conseil, il est donc essentiel de s'assurer que les mesures budgétaires et fiscales seront subordonnées à des perspectives compatibles avec la transition bas-carbone.

18 recommandations

À l'heure du vote d'un deuxième projet de loi de finances rectificative prévoyant 20 milliards d'euros d'aides publiques à plusieurs secteurs économiques, le HCC recommande de conditionner les investissements à l'adoption de plans précis pour l'atteinte de la neutralité carbone dans les secteurs concernés. « Plus ces plans seront précis, plus les contraintes seront claires avec des critères d'évaluation nombreux, et plus elles ont de chance d'être effectives », explique Corinne Le Quéré. Pour l'aviation par exemple, la climatologue estime que cette contrainte pourrait prendre la forme d'une stratégie détaillée pour atteindre la neutralité carbone, d'autant plus que pour ce secteur le challenge est de taille : « L'aviation est un secteur difficile car il n'a pas de solution technologique pour atteindre cette neutralité carbone. Les technologies évoluent lentement à cause de la sécurité aérienne. C'est un secteur dépendant de la compensation carbone. C'est le seul secteur où une diminution de la demande faciliterait l'atteinte de la neutralité carbone. Il faut donc réfléchir à comment et à quel niveau on souhaite faire repartir ce secteur. Il faut un plan détaillé avec une discussion ouverte et publique ».

Le HCC propose 18 pistes pour assurer une relance verte et non pas grise. Il espère être entendu rapidement mais ne cache pas ses craintes : « Dans l'urgence, le risque est de retourner assez rapidement sur ce que l'on sait faire, nos méthodes d'avant, car c'est rassurant. Or, il faut canaliser les efforts vers les pratiques à neutralité carbone ; mais ça ne va pas se faire de soi », prévient Corinne Le Quéré. La volonté politique devra être d'autant plus marquée.

Réactions2 réactions à cet article

 

Effectivement, la neutralité carbone tout comme l'ensemble de la transition écologique ne va pas aller de soi : le MEDEF et l’Association française des entreprises privées (AFEP) sont à la manoeuvre en France et en Europe pour pousser les gouvernants à remettre à plus tard les mesures allant en ce sens. Idem pour le Green Deal de l'UE, qui n'est déjà plus une priorité. Ce n'est pourtant pas comme si nos dirigeants ne disposaient pas de toutes les compétences du GIEC, de l'AFB, d'études et projections nécessaires pour chiffrer sérieusement le coût de la stratégie "business as usual" !
Et pourtant, la résistance au changement et la cupidité l'emportent allègrement sur la lucidité.
Savoir que le pdg d'Amazon a accru de 24 milliards de dollars en 1 tout petit mois sa fortune personnelle grâce au Covid-19 (et au détriment de la sécurité sanitaire de ses employés), faisant jouer ainsi à plein une opportunité commerciale, en fait très certainement fantasmer plus d'un.

Pégase | 22 avril 2020 à 16h09
 
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Pégase: la cupidité l'emporte allègrement sur la résistance au changement car si le MEDEF flairait des opportunités en or dans un quelconque domaine économique non encore développé, il s'engouffrerait dans la brèche avec la rapidité de l'éclair, et ce ne sont pas les millions de salariés qu'il mettrait sur le carreau qui l'empêcheraient de dormir! Malheureusement (ou heureusement) les changements d'économie vont tous dans le sens de plus de partage, de régulations financières, de participation collective etc...qui seraient clairement mis en évidence à travers ces plans précis d'atteinte à la neutralité carbone: une horreur en somme, pour le MEDEF. Je lisais récemment un encart du patronat stipulant qu'il ne fallait pas que les gens s'habituent au calme, à la tranquillité, à voyager moins, à consommer moins, comme le confinement le leur a appris. Les patrons se fichent de la qualité de vie pour leurs contemporains, ils peuvent s'évader facilement,eux, dans de petits paradis préservés auxquels nous , pauvres citoyens moyens, ne pourront jamais accéder.

gaïa94 | 04 mai 2020 à 17h53
 
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