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Pollutions du Delta du Niger : Shell doit ''nettoyer la zone et régler la note''

Selon Amnesty, Shell, responsable de marées noires en 2008 à Bodo dans le Delta du Niger, n'a toujours pas versé de compensations aux communautés locales. L'ONG appelle la compagnie à débloquer plus d'un milliard de dollars pour la dépollution.

Biodiversité  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com
Pollutions du Delta du Niger : Shell doit ''nettoyer la zone et régler la note''

Un nouveau rapport de l'ONG Amnesty international publié ce jeudi 10 novembre revient sur la responsabilité du géant pétrolier anglo-néerlandais Shell dans les déversements d'hydrocarbures d'août et de décembre 2008 près de la ville de Bodo, en pays Ogoni au Nigéria qui compte 69.000 habitants. Ces deux marées noires consécutives ont résulté de fissures dans un oléoduc, propriété de Shell, déversant "4.000 barils par jour" pendant plusieurs semaines avant d'être stoppés, selon l'ONG et contaminant la terre et les cours d'eau autour de Bodo.

Trois ans plus tard, la compagnie pointée pour son inaction

Or, plus de trois ans après les deux catastrophes, les sites ne sont toujours pas nettoyés et la population n'a pas perçu d'indemnisation, s'indigne Amnesty alors que les habitants ont eu et continueraient de subir "des dommages importants", notamment pour l'agriculture et la pêche. Ce qui entraîne "des pénuries alimentaires et une hausse des prix" dans la région. La communauté locale connaît "une violation des droits humains et des conséquences environnementales alors que des dizaines de milliers d'habitants de Bodo sont impactés", a rappelé hier Francis Perrin, vice-président d'Amnesty international France au cours d'un point presse.

''La catastrophe de Bodo aurait pu être évitée ; elle reste en outre d'actualité en raison de l'inaction de Shell. Il est temps pour cette entreprise multimilliardaire de reconnaître sa responsabilité, de nettoyer la zone et de régler la note'', a déclaré de son côté Aster van Kregten, spécialiste du Nigeria de l'ONG.

Cette étude de l'ONG intervient alors que début août dernier, le Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue) a dénoncé dans un rapport les impacts de cinquante ans d'exploitation pétrolière de Shell dans le delta du Niger. Les Nations Unies prévoient pas moins de trente ans de nettoyage afin de restaurer le milieu naturel au pays Ogoni ! Suite au rapport du Pnue, la compagnie anglo-néerlandaise avait alors reconnu en août sa responsabilité dans les déversements de pétrole intervenus en 2008 et 2009 dans la région. Si Shell évalue le volume total des fuites de 2008-2009 à environ 4.000 barils…, les ONG chiffrent elles à 200.000 barils le déversement dans le Delta !

Shell assure encore que la plupart des fuites survenues sur le site d'exploitation sont le résultat, dans les trois quarts des cas, de sabotage et raffinage clandestin. Ce que conteste le vice-président d'Amnesty France : ''Il n'y a pas eu de sabotage mais bien des équipements défectueux !'' Le groupe pétrolier souligne aussi qu'il lui est parfois difficile d'accéder aux zones polluées pour les nettoyer, du fait des bandes armées, et rappelle qu'il n'est pas le seul actionnaire de sa filiale au Nigéria Shell Petroleum Development Company (SPDC) : la société publique nigériane NNPC en détient 55%, Total 10% et Eni 5%.

Shell devant la justice britannique

Devant les retards accumulés par l'entreprise, la communauté de Bodo, soutenue par des ONG, a décidé il y a quelques mois de porter l'affaire devant la justice britannique pour obtenir enfin des compensations et une dépollution des zones ''adéquate''. Le système judiciaire nigérian n'ayant ni la capacité ni la volonté de traiter ce genre de problème, pointe Amnesty. Si une législation environnementale est en vigueur au Nigéria, ''elle n'est toujours pas appliquée dans le delta du Niger'', a déploré M. Perrin.

Mais il existe ''un espoir que la situation à Bodo puisse être résolue grâce au système judiciaire britannique", souligne Amnesty. Alors que Shell vient de reconnaître sa responsabilité dans les marées noires devant cette juridiction, les négociations progressent enfin en vue ''d'un paiement sur les compensations qui va intervenir'', espère Francis Perrin. De son côté, Shell assure qu'il versera des "dédommagements adéquats dont le montant est actuellement l'objet de procédures légales au Royaume Uni''.

Plusieurs milliards de dollars nécessaires

A l'instar du Pnue dans son rapport, Amnesty demande la mise en place d'un fonds de restauration de l'environnement dans lequel Shell débloquerait "un versement initial'' d'1 milliard de dollars (soit environ 722 millions d'euros) afin d'amorcer le nettoyage du Delta du Niger. Mais il faudra que la compagnie pétrolière injecte ''encore plusieurs autres milliards de dollars par la suite'', a prévenu le vice-président d'Amnesty France.

Devant l'impuissance notamment de l'agence nigériane pour la détection et la réaction aux déversements accidentels de pétrole (NOSDRA) à faire appliquer les règlements en vigueur, l'ONG réclame la création d'un organisme de contrôle indépendant et doté de ressources suffisantes. Elle appelle aussi au renforcement des organismes de régulation au Nigéria avec à la clé des sanctions vis-à-vis des compagnies pollueuses, et la mise en place d'une commission d'enquête sur le respect par Shell de la législation. Le rapport demande aussi aux groupes pétroliers de réaliser une étude "transparente" de toutes leurs pratiques courantes dans le delta du Niger. "Les gouvernements des pays producteurs de pétrole et de minerais sont naturellement et juridiquement les premiers responsables en matière de violation des droits humains sur leur territoire. Les entreprises et les gouvernements des pays où elles ont leurs sièges sociaux ont aussi leur responsabilité", estime Amnesty. Alors que ce n'est pas encore le cas aujourd'hui, l'adoption de normes internationales ''pourrait contribuer à mieux réglementer les activités des multinationales et permettre aux victimes d'obtenir réparation'', préconise l'ONG.

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