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Pesticides : le manque de données alerte l'Anses

L'Agence de sécurité sanitaire déplore des données lacunaires sur l'impact des pesticides sur les travailleurs agricoles, dans leur processus d'homologation notamment. Elle pointe des politiques de prévention limitées à la protection individuelle.

Agroécologie  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com

L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a rendu public le 25 juillet son rapport d'expertise collective sur l'exposition des travailleurs agricoles aux pesticides. Sa diffusion se faisait attendre après sa présentation aux ministères de tutelle en avril dernier.  Les ONG environnementales (Générations futures, Phyto-victimes, le réseau Alerte des médecins sur les pesticides et le WECF) dénonçaient le report de sa présentation aux parties prenantes, initialement prévue pour octobre 2015 puis annoncée pour juin 2016, en s'interrogeant sur "la partialité de l'Anses". Une note de commentaire, rédigée par deux des experts, a causé ce report, justifie aujourd'hui l'Agence.

Ce rapport tant attendu est le fruit de cinq ans de travaux. Dès 2011, l'Anses s'était autosaisie dans le but d'"identifier, évaluer et caractériser" les expositions aux pesticides des travailleurs agricoles. Main d'œuvre familiale, salariés permanents ou occasionnels, employés d'entreprises de travaux agricoles ou de travaux de désinsectisation, tous sont concernés. Les pesticides étudiés regroupent les produits phytopharmaceutiques (insecticides, fongicides, herbicides) les biocides (désinfection du matériel et des bâtiments, protection des grains, etc) et les médicaments vétérinaires (antiparasitaires).

Les risques mal documentés et sous-estimés

Plus d'un million de professionnels du secteur agricole en France sont "potentiellement exposés", prévient l'Agence, tout en pointant le manque de données disponibles sur ces expositions. De février à avril 2014, l'Anses avait pourtant lancé un appel à contributions pour recueillir plus de données issues des agences européennes, des associations, des scientifiques, des industriels et particuliers. En juin 2013, l'étude collective coordonnée par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) avait notamment mis en évidence les risques liés aux pesticides pour plusieurs pathologies (cancers, maladies neurodégénératives, malformations du fœtus…).

Pourtant des données existent : celles utilisées dans le cadre de l'homologation des produits précédant leur mise sur le marché. Mais elles "sont pour certaines produites par des organismes non indépendants ayant un intérêt économique à la vente de pesticides", relève l'Agence. Ces données "sont pour la plupart la propriété des industriels qui les ont financées, elles ne sont pas accessibles et n'ont pas donné lieu à une validation scientifique par des pairs". Or, les exigences de confidentialité (données administratives, secret statistique...) pour les données de l'homologation "sont parfois interprétées de façon excessive, empêchant de traiter correctement les enjeux de santé publique", alerte l'Agence.

Par ailleurs, les données sur les expositions associées aux caractéristiques individuelles des travailleurs agricoles (âge, sexe, statut) sont également "mal documentées" et peu prises en compte, "alors qu'elles peuvent être associées à des risques de santé spécifiques (par exemple femmes en âge de procréer et risques pour le fœtus, personnes en situation de précarité avec un accès aux soins limité)".

De même, les "multiples" tâches réalisées sur les exploitations restent "peu documentées et/ou peu considérées" dans l'évaluation des risques, en particulier celles qui résultent de contact avec des végétaux, animaux ou surfaces traités. Dans certains domaines d'activité (notamment élevage et utilisation de biocides), aucun recensement systématique des situations exposantes n'a été identifié. Peu de connaissances existent sur les caractéristiques et les effets potentiels des combinaisons de pesticides utilisés sur une même exploitation, pour les différentes activités (traitement des cultures, des animaux, des bâtiments, du matériel).

L'Anses souligne aussi qu'aucun des tableaux de maladies professionnelles du régime agricole "n'apporte d'éléments de connaissance" de ces expositions. Seuls quatre tableaux du régime agricole concernent les pathologies chroniques en lien avec une exposition à des pesticides.

L'Anses prône l'open data industrielles

Or, la disponibilité des données est "indispensable au progrès des connaissances relatives aux risques pour ces travailleurs et au renforcement de leur prévention", souligne l'Anses. Les travaux à mener doivent "renforcer" la description des expositions "réelles" ainsi qu'apporter des connaissances sur les expositions à des mélanges de pesticides, recommande-t-elle.

L'Agence plaide pour l'évolution des méthodes d'évaluation dans les procédures d'homologation afin de "les harmoniser entre les trois types de pesticides" (produits phytopharmaceutiques, biocides et médicaments vétérinaires). Avec pour objectif de "s'assurer qu'elles ne sous-estiment pas les expositions, qu'elles s'appuient sur des données validées scientifiquement" et de rendre public "l'ensemble des données utilisées dans le processus d'évaluation".

Sans attendre des nouvelles données disponibles, l'Anses insiste sur la diminution du recours aux pesticides afin de prévenir tout risque. Le plan national Ecophyto vise la réduction de moitié de leur usage : un objectif initialement prévu pour 2018 puis repoussé à 2025 car le recours aux produits phytopharmaceutiques avait augmenté (+ 5 % en moyenne entre 2009 et 2013). L'Anses recommande de revoir la stratégie du plan Ecophyto "en mettant en œuvre dès maintenant sans attendre 2020 une réelle politique d'accompagnement des acteurs à la réduction d'utilisation des pesticides : fondée sur la recherche d'une moindre dépendance des systèmes de culture et de production aux pesticides permise par des stratégies de reconception de ces systèmes."

L'Anses critique aussi les dispositifs d'autorisation des pesticides et de prévention des risques qui sont en grande partie centrés "sur quelques déterminants matériels" de l'exposition relevant du comportement individuel des travailleurs (port d'équipements de protection individuelle (EPI), mesures d'hygiène). Or, les EPI "qui ont montré leurs limites, ne doivent être considérés que comme le dernier recours après toutes les autres mesures de prévention", prévient l'Agence. Elle préconise donc de privilégier les mesures de prévention et de protection générales et ou collectives "relatives par exemple à l'organisation du travail".

L'Anses appelle également à renforcer, "dans un cadre indépendant", la formation des utilisateurs sur les dangers et la sécurité des pesticides. Ces formations ne visent qu'une partie des personnes pouvant être amenées à manipuler les produits.  L'Agence alerte sur les conflits d'intérêts potentiels lorsque le conseil et la formation sur l'utilisation des pesticides sont liés à la vente de ces produits.

Réactions1 réaction à cet article

 

Photo choc ou intox sur les conditions d ' application des produits phytosanitaires ????
Vous dites :" Elle préconise donc de privilégier les mesures de prévention et de protection générales et ou collectives "relatives par exemple à l'organisation du travail" "
Effectivement quand on voit la photo qui illustre votre article il y a des progrès à faire mais je doute que cette photo soit prise en France ou les pratiques d ' application ne correspondent pas du tout à celle de votre illustration .

balxha | 28 juillet 2016 à 13h09
 
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